A la découverte de la vallée de BONNAN entre Roussayrolles et Milhars

 

Prenant sa source à 500m à l’Est de ROUSSAYROLLES au lieu dit « la Mère de Dieu », le BONNAN arrose de larges champs avant de s’engager dans un profond défilé rocheux et déboucher dans le fond de vallée pour traverser des prés sur une distance de 3 km avant de se jeter dans le CEROU juste en aval du moulin de La Garenne. Ce ruisseau s’est enrichi au cours de son trajet de l’eau de nombreuses sources et cascade situées de part et d’autre de ses rives.

Contrastant avec ce fond verdoyant de la vallée, les pentes et les sommets des deux versants à 300 m d’altitude en moyenne, s’apparentent au maquis méditerranéen, sur un sol décapé, très caillouteux, portant des genévriers, des buis ou alaternes, avec de nombreux taillis de chênes pubescents.

Le point de vue depuis la falaise de Roque Pépi à 380 m d’altitude (accessible par Darasse ou Les Clauzels ) est magnifique sur l’ensemble de la vallée et le rocher de LEXOS.

 

BONNAN est une vallée historique, puisqu’elle a hébergé des populations depuis des temps immémoriaux, ce qui explique la quantité de vestiges  encore existants tels que les tombes néolithiques, les dolmens qui dominent les coteaux, les traces romaines, la verrerie de Jean COLLOMB (1409) puis de son fils en 1473 relayé  par Antoine et Arnal GARNIER et Jacques GUIRAL en 1475.

 

Nous remarquerons à plusieurs endroits le bâti de consolidation soit des rives du ruisseau, soit des prés, soit du chemin. Le bâti existant dans cette vallée est le témoignage d’une vie et d’un chemin de passage vers le Rouergue, le Quercy, l’Albigeois et le Gaillacois. (l’église de Roussayrolles a une vénération pour Saint Jacques). Jusqu’en 1882, le chemin pour se rendre à ALBI depuis Milhars, passait par ROUSSAYROLLES ou SAINT MICHEL de VAX, TONNAC, FRAUSSEILLES, NOAILLES, Côte de Mascrabières. (Route départementale N°1 d’ALBI à CAHORS selon décret du 7 janvier 1813)

 

Dans le haut de cette même vallée nous trouvons les restes de la canalisation en terre cuite datée du 17 ème siècle qui alimentait en eau le lac du « parc » près du château, ainsi que les vestiges de trois barrages et de nombreuses déviations qui irriguaient les champs. Partout l’eau fut base de vie et le nombre de sources qui jaillissent est surprenant. De nombreuses cressonnières y avaient pris place.

Juste avant la fin de la boucle pédestre du fond de la vallée, nous découvrons « la cascade » aux multiples calcifications et dont le siphon qui l’alimente lui permet de se déverser à la côte 240 que par forte pluie. Elle forme une cascade de tuf déversant sur 40 m de hauteur. Un petit puits de 6 m de profondeur, creusé dans les grèzes fait jaillir en source vauclusienne un ruisseau souterrain très étroit.

 

Sur le parcours qui s’engage dans le défilé juste après « la cascade », nous trouvons les restes d’une cuve en grès, travail inachevé de celui qui l’avait entrepris.

 

Sur le chemin qui conduit à ROUSSAYROLLES, dans un virage, gisent les restes du prieuré de « La Madeleine » signalé en 1288 comme une fondation par les religieux de CHANCELADE en Périgord ( qui possédaient aussi le prieuré de St Eutrope à Alzonne) et en 1642 sur une carte du diocèse d’ALBI. On remarquera qu’un grand nombre de léproseries étaient placées sous l’invocation de Sainte Madeleine en Limousin, en Rouergue et même dans le Tarn. La dévotion à Saine Madeleine remonte à la période 650-1100.

La chapelle fut démolie peu après la Révolution et est demeurée à l’état de ruine. Cependant il a été rapporté que des offices religieux étaient pratiqués dans cette chapelle avant 1914 et qu’au XIXème siècle un pèlerinage se tenait le 22 juillet. ( il semble que des constructions d’habitation existaient autour de cette chapelle dont un moulin à eau en limite des communes de Milhars et Roussayrolles.) Vers 1920, les pierres en grès de cette chapelle ont été empruntées et descendues pour construire une grange que l’on peut voir en contrebas quand on remonte le Bonnan par le défilé depuis l’embranchement après la cascade.

 

Un peu plus haut en limite de commune avec Roussayrolles et sur le flanc est, se trouve un ancien cimetière, bien tracé dans le sol avec les emplacements (au moins 4) et les restes de sarcophages dont l’origine est Mérovingienne. Un sarcophage provenant de ce cimetière existe dans sa partie inférieure chez le propriétaire de la parcelle voisin du château.

 

En face de ce cimetière, sur le versant opposé, se dressent les ruines d’une bâtisse dite « le monastère » qui dominent tout le vallon. ( Y a t’il eu réellement un monastère ou bien une grange dépendante du monastère des Bénédictins ou Augustins de Saint Antonin ? Ces derniers possédaient bien des prés dans la vallée de Bonnan).

« Le monastère » possédait une pisciculture puisque les restes d’un mur longeant la rive et d’un bâti formant barrage ont été identifiés et datés du 14 ème siècle ( moines Augustins). En contrebas de la ferme des Clauzels, ce sont 3 barrages qui avaient été réalisés sans trace de bâti de moulin. L’un de ces barrages a pu servir de prise d’eau à la conduite chargée d’alimenter le lac dans le parc du château de Milhars ( au niveau de Combesourbié) au 17 ème. Cette conduite constituée de buses en terre cuite passait le long du travers pour déboucher à Bournazel ( actuel château d’eau) puis le parc.

 

« Le monastère » de BONNAN au lieu dit  « la forêt » de GREZELLES, culmine à 351 m d’altitude et nous laisse voir aujourd’hui ses pans de murailles, des escaliers, de solides baies, une magnifique arcade vers l’Est, le four à pain et un point de vue exceptionnel laissant rêveur le passant.

La création de monastères et couvents s’est développée à partir du Xème siècle dans le cadre des défrichements et de l’ouverture des forêts. Les moines Bénédictins installés à Saint-Antonin à partir de 763, travaillaient des terres dans la vallée de Bonnan. Il est probable que les constructions existantes sont les restes de ce qui constituait des « granges » pour ces moines défricheurs. En 1208 les moines et/ou les vicomtes de Saint Antonin ont des droits sur des terres de la vallée de BONNAN et alentours (les BORDES, Les CLUZELS, ROUSSAYROLLES, PEYRALADE…)

Vers 1208 le masage del Cluzel et ses appartenances jusqu’à ROUSSAYROLLES, cinq masages proche de BONNAN, l’église de PECHRODIL appartiennent à l’église de Saint-Antonin et au Roi.

 

Après la disparition des moines Bénédictins à Saint-Antonin en 1090, ce sont les moines suivant la règle de Saint Augustin qui leur succède en 1099. La croisade contre l’hérésie cathare conduit à la disparition de la vicomté et des moines en 1227. Saint Louis favorisa alors la réorganisation du monastère par des religieux suivant comme leur devancier la règle de Saint-Augustin. Ils relèvent alors directement du Saint Siège. Une bulle du Pape Eugène IV de l’an 1444 accorde aux chanoines la dîme du safran sur les terres qu’ils cultivaient de leurs mains. La guerre de cent ans et l’adoption de la religion réformée chassa définitivement les moines Augustins de Saint-Antonin vers 1600 ( En 1561 les Huguenots rasèrent l’église et détruisirent les reliques ). Au cours de ces périodes de trouble, il semble que leurs biens soient revenus à la congrégation monastique de la Chancelade en Périgord et qui avait participée à la fondation du Temple de VAOUR vers 1170. On les retrouve possesseur de l’église de Saint-Vincent de Varen à une dizaine de km. Les moines de la Chancelade appartenaient à l’ordre des Augustins créé au IVe siècle et qui connut un grand développement au cours des XIe et XIIe siècle en ayant pour mission l’office paroissial, l’enseignement et l’hospitalité. L’abbaye du XIIe siècle existe encore à Chancelade.

On rappellera l’important rayonnement des Augustins de la Chancelade en Périgord sous l’autorité de l’abbé Alain de Solminihac (1636 -1659, chanoine régulier vêtu d’une soutane violette; il fût évêque de Cahors vers 1630) et qui fit un foyer de profonde spiritualité. Farouchement hostile au protestantisme et au jansénisme, il réunissait les prélats voisins dans sa résidence de Mercuès pour l’établissement d’une pastorale commune.

 

Vers 1650, François II de CAZILLAC-CESSAC fit refaire entièrement les bâtiments de la bâtisse dite du « monastère » au lieu dit « la forêt » la transformant en ferme pour y installer une famille d’agriculteur/éleveur.

 

 

Le bâtiment Sud du monastère a été habité jusque vers 1936  (en fait, il est probable que l’habitation ait été abandonnée après le grand incendie de 1928) par une famille d’employés agricoles chargés de l’élevage de brebis. Délaissé après la guerre, il ne fut jamais réoccupé, ni entretenu par son propriétaire; c’est ainsi qu’il se trouve désormais livré au sort de la nature.

 

Ce « monastère » est situé sur une propriété de plus de 300 ha reconstituée vers 1931 par  Monsieur ESSER résident monégasque. Sur cette propriété provient un lot de 120ha qui a été acheté à un italien, M. Augusto BARGIACCHI., dont la famille exploitait la forêt pour la fabrication du charbon de bois et qui le détenait d’une vente de 600 ha par la famille ROUX de FENEYROLS en 1923 eux mêmes détenant ce lot depuis 1770 d’une vente de Madame Anne de FOUCAUD veuve de Monsieur REY de SAINT GERY ancien propriétaire du château de MILHARS. Avant la vente, Mr ROUX de FENEYROLS avait fait couper tous les noyers et vendus comme bois d’œuvre. Ensuite Augusto BARGIACCHI fit couper tout le bois et vendit la terre à M. ESSER pour y faire de l’élevage.

L’arrivée de familles italiennes ( CORRIERI fermiers de M. ESSER) aux Clauzels vers 1934 permit le développement de la production de charbon de bois dans la forêt de Grézelles. Les équipes de charbonniers se renforcèrent par l’arrivée d’émigrants espagnols vers 1925 qui vivaient dans des cabanes au fond de la vallée de BONNAN.

 

L’autre lot de 210 ha dit de « la forêt » qui comprenait le « monastère » et Roquereine (château de la Prune) eut des propriétaires successifs dont les derniers furent le comte de PUYSEGUR (1870), une société de chasseurs Montalbanais (1920) et Louis GILBERTAS (1925) qui le vendit en 1929 à M ; ESSER ( chirurgien esthétique) résident monégasque. Une fois tout le bois coupé, cette propriété fut destinée à l’élevage. Les propriétaires vendirent le château de Roquereine et six ha de bois du côté de Marnaves au peintre « abstrait » d’origine Russe, André LANSKOY, en 1958. (Raymond GRANIER, vieilles pierres : Roquereine 1981). Ce domaine est en fait le reste d’un ensemble que réunissait le château de Roquereine et qui faisait partie du patrimoine des seigneurs de Milhars.

 

Un grand incendie en été 1928 dévasta toute la forêt de BONNAN et qui se reconstituera depuis cette date. Une famille d’italiens fabriquait du charbon de bois et habitait à La Madeleine.

 

On peut remarquer l’enclave départementale du Tarn et Garonne de la rive gauche de l’Aveyron en face de la sortie du pont suspendu de Féneyrols et jusqu’aux Clauzels. Ce territoire faisait partie de la paroisse de Saint Amans rattachée à Féneyrols. L’église de Saint Amans fut démolie lors de la construction de la voie ferrée en 1850 ( au niveau de l’ancien passage à niveau désaffecté)

 

La vallée est classée aujourd’hui en Z.N.I.E.F.F. (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique ).                                                                          

Cette zone à la limite des causses et des gorges de l’Aveyron est le terrain de chasse privilégié des circaètes Jean-le Blanc, un grand rapace diurne à l’envergure respectable de 160 à 180 cm qui profite des richesses de la forêt de Grézelles.

 

ROUSSAYROLLES :

L’histoire de ce village se confond avec celui de TONNAC. En effet, au IXème siècle le monastère d’AURILLAC possédait anciennement le lieu de Tonnac ( comme VAILHOURLES (12), VAREN (82), PUYCELSI (81) et SAINT SULPICE (81), dont les romains (implantation romaine à signaler à « la Clavillières ») et avant eux les Celtes, avaient occupé les environs. Tonnac fut le centre d’un district étendu comprenant une dizaine de localités sous sa juridiction dont Roussayrolles. En 1180, l’abbé Pierre céda au comte de Toulouse tous ses droits seigneuriaux sur Tonnac et ses dépendances.

Vers 1208 le masage del Cluzel et ses appartenances jusqu’à ROUSSAYROLLES, cinq masages proche de BONNAN, appartiennent à l’église de Saint-Antonin et au Roi.

 

Vers 1250, la famille d’Anduze eut des droits seigneuriaux à Tonnac notamment des droits de passage qui étaient levés à Tonnac, Vieux, Alayrac. Au XVIIème siècle, l’église de St Pierre de Tonnac n’appartenait plus à l’abbaye d’Aurillac ; elle avait alors pour annexe Notre-Dame de Roussayrolles et dépendait du doyen de Varen.

A partir du XIIIème siècle, Roussayrolles était (une des jurades ) sous la juridiction des consuls de Cordes et les droits de péage sur les hommes et les animaux, levés par Bertrand d’Anduze au territoire d’Orsairoles (endroit des ours), furent le sujet de vives contestations entre le seigneur et les habitants de Cordes qui s’en disaient affranchis.

Vers 1590 il y avait un petit fort tenu par les Saint-Antoninois et le diocèse promet 200 écus à Jean BOURGUET, notaire à Milhars, s’il le fait remettre à la Ligue ou s’il le fait raser. En décembre 1590 il reçoit la somme promise et le fort est rasé.

                                                                                              Jean-Paul MARION - Août 2007 

 

 

 

 

 

 

Sources :

Les Cahiers Tarnais – Voyages et paysages -  La vallée de BONNAN – Louis BERTHUEL

Raymond GRANIER. vieilles pierres : Roquereine - 1981.

La Dépêche du Midi  - Balade au cœur de la vallée de Bonnan – Mercredi 18 mai 2005

Histoire de l’abbaye de Saint Antonin par M. l’abbé V. LAFON – 1881

Verriers - Revue du Tarn - Tome 15 - N° 1 et 2 - 1898 - Charles PORTAL – page 69

Revue du Tarn - Tome 14 - N° 2 et 3 - 1897 - Charles PORTAL – page 108

Etude statistique, historique et monumentale du Tarn - canton de Cordes et Vaour – Elie ROSSIGNOL

Charbonniers italiens du département du Tarn – Daniel LODDO et Aimé MUCCI – La TALVERA 1999

Histoire de Saint-Antonin – Jean DONAT – Sté des amis du Vieux Saint Antonin - 2007

 

 

CIRCUITS DE RANDONNEE – DECOUVERTE DE LA VALLEE

 

- Proposition n°1 : www.milhars.com/tourbonnan2.htm

 

- Proposition n°2 : www.milhars.com/tourbonnan3.htm