LES DYNAMIQUES INTERCOMMUNALES DANS

LA RECONVERSION DU BASSIN HOUILLER DE CARMAUX

 

 

Mémoire de recherche - Sciences Po Bordeaux - mai 2003
étudiant : Matthieu MARION   direction : Jean DUMAS, Professeur de géographie à l' IEP

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SOMMAIRE
 INTRODUCTION « Quand il faut tourner la page... »
 CHAPITRE 1La reconversion du Carmausin : de la dispersion au projet commun
 I ) Un Comité de Bassin : pourquoi ?
 A ) Les difficultés de la programmation locale et les enjeux du redéploiement carmausin.
 1 ) La mobilisation tardive et l’ émiettement des initiatives impulsées par les élus locaux.
 2 ) La multiplicité des organismes de développement et des structures intercommunales.
 B ) De l’ emploi à l’ aménagement du territoire : le Comité de Bassin constitue une structure polyvalente et adaptée à la conjugaison de plusieurs actions.
 1 ) « L’ effet loupe » du Comité de Bassin.
 2 ) Autour du Député est née une logique de consensus entre les acteurs
 II ) La fragilité des liens au sein du tissu intercommunal
 A ) Les stratégies du Comité de Bassin d’ Emploi.
 1 ) Impliquer les collectivités locales en tant que maîtres d’ ouvrage .
 2 ) Développer des partenariats optimisant financièrement et techniquement la reconversion.
 3 ) Apporter la crédibilité nécessaire à une action de grande ampleur.
 B ) Quel avenir pour le Comité de Bassin  ?
 1 ) Les dangers de « l’ impossible ubiquité du député ».
 2 ) Des relais pour une flexibilité des missions du Comité de Bassin.

CHAPITRE 2 : Une reconversion de site mêlant actions économiques et politiques
 I ) Les potentialités d’ une intercommunalité de projet.
 A ) La naissance d’ une idée collective.
 1 ) Un cratère lunaire dans un écrin de verdure.
 2 ) Des élus aux revendications précises afin de « tourner la page du charbon ».
 3 ) « Tous à vos mines » où l’ illustration du Comité de Bassin en tant qu’ agitateur d’ idées.
 B ) Un projet brillament porté par la dynamique intercommunale.
 1 ) Le SID, maître d’ ouvrage.
 2 ) Le SID, clef du consenssus politique carmausin.
 3 ) Le SID, interlocuteur du pouvoir central et partenaire économique crédible.
 II ) De la Découverte à Cap’Découverte : les limites d’ une intercommunalité de projet.
 A ) Une intercommunalité au service de la rentabilité de Cap’ Découverte.
 1 ) Sports, Mémoire, Spectacles : un projet modelé par les représentants de la population.
 2 ) Le paysage français des parcs de loisir et les particularités de Cap’ Découverte justifient la nécessité d’ adopter une rigueur économique et de gestion.
 3 ) L’ intercommunalité de projet comme garant de la logique économique
 B ) Les risques supplémentaires des projets associant action politique et économique
 1 ) Le premier pari : créer un pôle touristique rentable avec des flux secondaires vers toute une région
 2 ) Le second pari : communiquer malgré un chantier interminable
 3 ) Les ratées d’ un projet mêlant fortement le volontarisme politique à la nécessité d’ opérer rapidement un retour sur investissement

CHAPITRE 3 : L’ industrie en action grâce à la modulation de la dynamique intercommunale

I ) Un système « d’ Agence » pour le redéploiement économique local.
  A) Des enjeux justifiant l’ association communes - Houillères .
 1) La nécessaire revalorisation du territoire.
 2 ) Repenser l’ action publique et économique après la mono-industrie.
 3 ) Une Agence pour mobiliser les Houillères et les communes
  B) L’ ADIRAC : le partenariat communes-entreprises-Houillères au service du redéploiement industriel.
 1) Travailler l’ image du « grand bassin » pour attirer les industriels et responsabiliser les élus locaux.
 2 ) Les soutiens financiers constituent le « nerf de la guerre ».
 3) Une dynamique de réindustrialisation entretenue l’ abri des circuits administratifs et municipaux traditionnels.
  II ) Des capacités d’ action à améliorer grâce à la modulation du partenariat communes - Houillères - PME.
  A) L’ illusion d’ un relais en provenance des communes du bassin.
 1) Une relation entre communes - ADIRAC marquée par les ambiguïtés et les promesses non-tenues.
 2) La dispersion communale : une source de retard et d’ incohérences territoriales pour réaliser « Le Grand Bassin ».
 B) Réindustrialiser efficacement nécessite une modulation des dynamiques intercommunales au grès de l’ action économique.
 1) L’ impuissance des partenaires de l’ industrialisation face à la logique bancaire.
 2) Le cycle de vie des entreprises l’ efficacité variable des acteurs de l’ industrialisation

CHAPITRE 4 : La difficile capitalisation des atouts de l’ intercommunalité de projet pour agir en faveur de l’ emploi

I ) Le saisissement de la réalité sociale comme fondement de « l’ intercommunalité de projet social » .

A ) La définition progressive de stratégies d’ action au sein d’ un marché du travail  critique.
1 ) La révélation tardive d’ une zone d’ emploi sinistrée.
2 ) Un bassin d’ activité déstructuré et une culture à reconstruire.
3) Les enjeux sociaux et les priorités d’ action face au chômage.

B) Vers la création d’ un système local d’ insertion
1 ) La nécessaire création de ressources économiques et relationnelles.
2) La construction d’ un projet de territoire.
3) Le Plan Local d’ Insertion par l’ Emploi en tant que dynamique intercommunale de projet social
II ) L’ obstacle immuable des problématiques territoriales dans la définition d’ une intercommunalité de projet.
A) La conjugaison des points forts de la dynamique intercommunale
1) La concertation dans l’ élaboration et dans l’ action garante d’ une limitation du conflit économique / politique
2 )   Vers une modulation de l’ action des collectivités territoriales au sein du PLIE
B )  Le PLIE rappelle la fragilité d’ une intercommunalité de projet adossée à un bassin géographiquement et socialement marqué.
1 ) L’ intercommunalité de projet social victime d’ une problématique territoriale persistante.
2) Les élus locaux apparaissent comme la clef de voûte des capacités d’ action d’ une intercommunalité de projet.

CONCLUSION« S’il te plaît, dessine-moi une intercommunalité de projet »

INTRODUCTION
« Quand il faut tourner la page... »

Le lundi 8 juillet 1991, les mineurs de Carmaux descendent vers Albi, version locale du parcours syndical Nation-République. La décision était dans l’ air depuis la veille du week-end. Le 22 juin, Charbonnages de France venait d’ annoncer 344 suppressions d’ emplois sur 600 et une production annuelle de 200 000 tonnes, moitié moins que la quantité prévue par le plan initial. Ces mesures étant censées réaliser 1,4 milliard d’ économie . Les ouvriers qualifiés avaient été réquisitionnés, les chalumeaux, les cisailles et les croisillons de fer aussi. Sur la route d’ Albi, les bulldozers ont fait leur travail guère plus nerveux qu’ un pare-brise qui écrase un moustique : les mineurs ont repris le chemin de Carmaux en laissant sur la nationale les carcasses de cinq cars de C.R.S. . Evoquer une telle manifestation n’ est pas anodin car elle symbolise sûrement la dernière page de l’ histoire du charbon à Carmaux. La dernière page d’ un livre qu’ on a fermé pour se replonger dans un second où tout reste à écrire.

Dans le bassin carmausin, l'exploitation du charbon remonte au XIIème siècle . Découvert sur les bords du Cérou, une petite rivière traversant Carmaux, il est d'abord recherché par les laboureurs propriétaires du sol. A la fin du XVIIème siècle, la noblesse et les groupements de propriétaires se réservent les exploitations, ce qui favorise l'évolution des techniques d'extraction. Au XVIIIème siècle, l'emploi du charbon se généralise en Europe, et il apparaît indispensable au Gouvernement de réformer le droit minier pour éviter l’ exploitation anarchique. Ainsi, l'arrêt de 1744 définit des règles afin de limiter les abus. Il réaffirme l'entière propriété du Roi sur le sous-sol français, ainsi que les devoirs des exploitants envers la sécurité et les conditions de travail des charbonniers. En 1752, le Conseil du Roi accorde, pour une durée de vingt ans, une concession, prorogée par la suite à deux reprises, au Chevalier Gabriel de SOLAGES : celui-ci peut alors extraire et vendre le charbon de Carmaux sans craindre la concurrence. En 1810, toute concession devient une propriété perpétuelle, disponible et transmissible. Cela permet au fils du Chevalier, François-Gabriel de fonder alors une société en nom collectif, « l'Entreprise des Mines et de la Verrerie de Carmaux, de SOLAGES, père et fils ». A cette époque, les mineurs sont une centaine, dont la moitié travaille au fond. De 1822 à 1832, en raison de la demande des fonderies, le nombre de mineurs augmente de 189 à 270 personnes. Le chemin de fer reliant Carmaux à Albi et des agrandissements successifs font que les effectifs augmentent rapidement : il y a 2 000 mineurs en 1880 et presque 3 500 en 1900, pour une population de 11 000 âmes. La production atteint les 500 000 tonnes. Le XIXe siècle, avec la révolution industrielle, voient en France la naissance des mouvements revendicatifs             ( réduction du temps de travail, hausse des salaires, droit à la sécurité, et aux assurances sociales  ). La grève des mineurs carmausins de 1892 a une large répercussion nationale. Pour la première fois, un Maire socialiste est élu à Carmaux, Jean-Baptiste CALVIGNAC. Malgré l'opposition de la compagnie, il pourra exercer son mandat. Par ailleurs trois associations syndicales voient le jour entre 1883 et 1914. Les deux conflits mondiaux entraînent la croissance des besoins en charbon mais aussi des pertes humaines, ces dernières étant compensées par l'arrivée de mineurs étrangers. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la France doit se reconstruire, elle engage la "bataille du charbon" pour produire davantage. La mine réquisitionnée échappe à la famille de SOLAGES pour devenir la concession des Houillères de Carmaux. Après la nationalisation des houillères en 1946, les mines carmausines intègrent les « Houillères du Bassin d'Aquitaine » ( HBA ), puis, en 1969, les « Houillères de Bassin du Centre et du Midi » ( HBCM ). De plus, le premier plan établi par Jean MONNET (1946-1952) met Carmaux sur la voie de l'apogée de sa production charbonnière. Mais en 1958, la politique énergétique française est reconsidérée du fait de la compétitivité des charbons d'importation et de celle d'autres sources d’énergie, comme le gaz naturel et surtout le pétrole. Le marché du charbon diminue, l'équipement hydroélectrique se développe, ses débouchés traditionnels dans les transports et les industries disparaissent. Déjà, il y a plusieurs décennies que le charbon français représente moins du dixième de nos besoins énergétiques. En 1978, cette source d’ énergie n’ en a même pas couvert 7% et le bassin houiller du Centre-Midi, dont dépendent les Houillères d’ Aquitaine, n’ en a couvert que 1,5% environ . Il a fallu importer du charbon étranger : anglais, belge, allemand puis polonais, américain et même africain. Le déclin du secteur charbonnier à Carmaux sera progressif mais inéluctable, entraînant la fermeture des puits. Pour redonner un avenir au charbon, le projet d'une extraction à ciel ouvert est lancé en 1975. Celle-ci ne se réalisera effectivement qu’ à partir de 1984. D’ ailleurs en 1991, l’ hebdomadaire « le Nouvel Observateur » n’ hésitait pas à décrire ainsi le bassin : « Un trou en forme d’ entonnoir aux parois d’ argile, de schistes et de grès, avec au fond du charbon... c’ est Carmaux ! Un trou d’ anthologie minière et budgétaire ». En effet, les années 1990 ont vu la tonne de charbon produite à Carmaux revenir pratiquement au double du prix du marché mondial car les coûts d’ enlèvement des terres avant d’ arriver au charbon ont rapidement été multipliés par deux ( soit 183 millions d’ euros ). Aussi, après des plans sociaux ( 344 suppressions d’ emplois sur 629 ), des révisions du projet (abandon du projet de seconde fosse à La Tronquié et diminution de la production annuelle de 50% à 200 000 tonnes ) et des projections à 15 ans prévoyant des pertes avoisinant les 4 milliards de francs , l’ exploitation de la mine à ciel ouvert de Carmaux s’ est définitivement interrompue en 1997. Le 3 mars, les Houillères ont sollicité l’ autorisation de renoncer aux permis d’ exploitation de mines et l’ extraction s’ est officiellement arrêtée le 30 juin. Cependant, par le mécanisme de fin de chantier, les pelles mécaniques ont continué à extraire du charbon pandant encore un an. Les communes ouvrières de l’ agglomération ont perdu plus de 10 000 habitants et 6000 emplois au cours des 30 dernières années du XXème siècle. Cette double hémorragie a profondément transformé le bassin carmausin en un territoire vieillissant, en pleine désintégration économique et sociale, où le chômage culmine à des sommets comparables à ceux des bassins sidérurgiques et miniers du Nord ou de l’ Est de la France. L’ exclusion sociale et professionnelle alimentant une atonie généralisée au gré du processus de déisndustrialisation. Les jeunes et les femmes ont été les plus touchés  et les mécaniques de solidarité qui faisaient hier la cohésion sociale du Carmausin ont été reléguées aux souvenirs.

A la fin du XXème siècle , le Carmausin porte toujours en lui les vestiges de ce passé. L’ action publique est indissociable d’ une « passivité jacobine ». Cette attitude est liée à la dépendance à l’ égard de l’ Etat qui a développé une culture locale d’ accoutumance à la manne séculaire dispensée par la mine. Cette passivité est doublée d’ un certain égoïsme local par rapport à l’ environnement départemental. Ces éléments sont indispensables pour comprendre les enjeux de la reconversion qui a révélé tout au long des années 1980 et 1990 l’ incapacité de l’ Etat à mettre en oeuvre sa propre politique de décentralisation et à impulser « par le haut » le redéploiement économique et social. Aussi, les tentatives menées par les collectivités locales afin de mener une reconversion depuis le bassin ont été le fruit de cette tradition jusqu’ en 1995, mêlant :
- la dispersion des initiatives entreprises par les communes
- l’ absence de « vision élargie » du Carmausin vers le Ségala rural au Nord ou le pôle tertiaire Albigeois au Sud
- les rivalités inhérentes au bassin du fait d’ inégales capacités financières, de la division socialistes/communistes, ruraux/urbains, Albigeois/Carmausins ou bien d’ un poids démographique différent.

De telles initiatives sont condamnées à rester stériles car une reconversion comprend plusieurs fronts. Pour la mener, il faut tout d’ abord accepter de tourner la page et admettre définitivement que « le charbon de repartira pas ». C’ est d’ ailleurs le principal obstacle à surmonter, si tant est qu’ il puisse l’ être un jour chez ceux qui ont connu la mine. Ensuite, reconvertir un bassin est, nous le verrons, la prise en compte d’ éléments aussi divers que la géographie, l’ histoire, l’ image, le dynamisme lié aux politiques publiques, le potentiel économique ou encore le sentiment de sa population. L’ atout carmausin a été l’ élection en 1993 d’ un Député qui a pu faire le lien entre les volontés locales et les décisions nationales. Terres historiques du socialisme, ancienne circonscription de Jean JAURES, la 1ère circonscription du Tarn a élu l’ ancien Ministre Paul QUILES . Sa profession de foi affichait déjà à l’ époque une volonté d’ agir en rappelant qu’il « avait demandé à Charbonnages de France d’ engager des études sur la reconversion future du site charbonnier de la Découverte. Ces études qui seraient soumises aux élus et à la population. Bien évidemment, le site ne serait jamais transformé en décharge ». En guise d’ impulseur, Carmaux a donc su choisir une personnalité ayant « ses entrées » auprès des Ministères. Il ne restait plus qu’ à définir une stratégie d’ action à même de fédérer les énergies : le nouveau Député adopta la dynamique intercommunale.

Traditionnellement, un conseil communal n’ est rien d’ autre que l’ instrument que se donne une communauté de citoyens pour agir. S’ il y a un socle de missions intangibles, la commune est contrainte, par nature, de s’ adapter aux exigences de cette communauté qui varient avec le temps. La commune et ses habitants font eux-mêmes partie de communautés plus vaste comme le département, la région et l’ Etat. Au fil des politiques de décentralisation, les missions ont évolué et les responsabilités politiques des élus se sont complexifiées. Aussi, pour fédérer les élus locaux autour d’ un projet de reconversion à une échelle intermédiaire entre la commune et le département, il a fallu bâtir une architecture originale grâce au système des établissements publics de coopération intercommunale        ( EPCI ). Une fois passées du papier à la réalité, ces structures constituent des agences de développement puissantes dotées de spécialistes pointus. Mais, si l’ intercommunalité est désormais un fait social, économique et politique incontournable dans l’ Ouest, le Nord et l’ Est de la France, en Midi-Pyrénées le mouvement a été plus récent et inégalement réparti. De plus, créer cette dynamique au sein d’ un ancien bassin houiller ne fait que cumuler les difficultés. Certains observateurs  ont en effet comparé les dynamiques territoriales du Tarn Nord-Est à « la tectonique des plaques » décrite par WEGENER. Les ensembles territoriaux ( Carmausin, Ségala et Albigeois ) ont une fâcheuse propension à s’ éloigner les uns des autres. C’ est ce qu’ illustre un aperçu sur les aires de chalandise et le bassin de vie quotidien des Carmausins . Celles-ci sont complètement orientées vers le Nord et quasi-déconnectées de l’ Albigeois au Sud. Nous reviendrons à plusieurs occasions sur les phénomènes identitaires propres au bassin. La meilleures façon de l’ illustrer est de rappeler un dicton que prononcent encore bon nombre de grands-parents albigeois :  « Socialiste Carmausin, tout pour moi, rien pour le voisin ». On mesure ainsi d’ autant plus le chemin à parcourir pour arriver à créer des synergie dans un tel climat.

Aussi, cette présentation appelle les interrogations suivantes : comment des architectures intercommunales se sont-elles mises en place sur le Carmausin pour oeuvrer en faveur de la reconversion ? Cela suggère une analyse au sujet de leur fonctionnement  et des capacités d’ action de ces organismes : association d’ élus ou véritable maîtres d’ oeuvres ? Vitrine politique ou semi-entreprise ? Lobby ou acteur du développement ? Il serait alors intéressant d’ élargir le cas carmausin à une réflexion plus globale sur l’ intercommunalité de projet en se demandant s’ il existe vraiment un modèle en la matière .

Pour répondre à ces questions et ainsi mener une réflexion à propos de l’ intercommunalité de projet s’ inscrivant dans un ancien bassin d’ activité mono-industriel, nous étudierons le cas carmausin à travers les quatre volets majeurs de sa reconversion :
1. La définition d’ un projet global fédérateur par le Comité de Bassin.2. Le réaménagement de l’ ancienne mine à ciel ouvert de la fosse Sainte Maire par le Syndicat Intercommunal de la Découverte.3. La ré-industrialisation par l’ Agence de Développement Industriel de la Région Albi Carmaux.4. L’ action en faveur de l’ emploi.

Nous tenterons ainsi de démontrer qu’ il peut exister un cheminement vers un équilibre entre les identités territoriales et les modalités de l’ action. Une architecture intercommunale peut prétendre capitaliser un maximum d’ éléments qui lui permettront de concrétiser l’ action pour laquelle elle a été crée.

– CHAPITRE 1 —
LA RECONVERSION DU CARMAUSIN
DE LA DISPERSION AU PROJET COMMUN

La formule est connue de tous : « l’ union fait la force ». Pourtant, rien ne prédisposait le Carmausin à connaître une logique partenariale entre ses communes et encore moins à devenir, à l’ aube du IIIème millénaire, un pôle touristique et technologique. Le Comité de Bassin constitue une structure intercommunale d’ opportunité. C’ est à dire qu’ elle est là avant tout pour fédérer et constituer le « bras institutionnel » du Député Paul QUILES. Elle est donc une matrice car elle constitue « l’ agitateur d’ idées » de la reconversion, structure à l’ origine d’ autres structures. Elle est aussi un produit puisqu’ elle est là pour fédérer les énergies et crédibiliser la reconversion. Mais une structure pour un Homme et un Homme pour une structure tendent à tisser des liens fragiles qui font que le Carmausin n’ a plus droit à l’ erreur.

I ) Un Comité de Bassin : pourquoi ?
Ce titre s’ inspire de la manchette de la plaquette de présentation du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn ( CBENT ) qui était parue quelques semaines à peine après sa création . Cette structure innovante devait s’ imposer par la suite comme un formidable agitateur d’ idées. Elle a été le moteur du développement d’un bassin carmausin économiquement sinistré par la fermeture des Houillères et a permis de concrétiser et financer les ambitions du Député. C’ est d’ ailleurs ce même titre qu’ a repris cinq ans après ce dernier pour introduire le premier bilan de l’ action menée par cette structure . Alors pourquoi un Comité de Bassin ? Les réponses sont multiples et trouvent leurs origines dans une donnée fondamentale : les enjeux d’ une reconversion sont multiples. Ils ne peuvent être véritablement saisis et réalisés que dans le cadre d’ une structure qui fédère les énergies. La principale tendance à combattre est en effet l’ émiettement des projets associé à la passivité de l’ action publique. Cette attitude est le fruit des identités fortes et de l’ omniprésence de la mono-industrie qui ont caractérisé le bassin pendant des dizaines d’ années. Créés par le Ministère du Travail en 1982 avec comme objectif le développement de l’ emploi grâce au dialogue entre les acteurs socio-économiques et les élus, 130 Comités de Bassin sont apparus en France. C’ est dire la vitalité d’ une telle institution, génératrice de dynamiques intercommunales pour surmonter les multiples enjeux de la reconversion.

A ) Les difficultés de la programmation locale et les enjeux du redéploiement carmausin.
En travaillant sur la notion de « territoire » , Bertrand RACINE  a établit un certain nombre de traits communs au Carmausin. Parmi ceux-ci, il développe sa vision d’ un « territoire en miettes ». Cela se vérifie plus particulièrement quand il évoque l’ action publique. Cet émiettement constitue en fait les fondations du Comité de Bassin car Paul QUILES est le premier à reconnaître que la principale motivation qui l’ a poussé à agir dès le milieu des années 1990 a été l’ inefficacité du tissu politique local. Passif et éclaté, ces dysfonctionnements s’ expliquent et l’ attitude des élus n’ est que le résultat de l’ histoire du bassin.

1) La mobilisation tardive et l’ émiettement des initiatives impulsées par les élus locaux.
Un bassin minier se démarque économiquement, sociologiquement et politiquement à l’ égard d’ autres espaces. En l’ occurrence, l’ omniprésence des Houillères et de l’ Etat-providence s’ est longtemps traduite par un manque d’ autonomie, de dynamisme et de solidarité des élus. Or, dans ses travaux, Bertrand RACINE développe sa thèse du « territoire Carmausin oublié de la décentralisation ». Jamais impliqués à propos des mutations énergétiques ( abandon du charbon au profit du nucléaire ), élus au sein d’ une région qui n’ arrivait qu’ au seizième rang pour les investissements de l’ Etat inscrits au quatrième Plan, il a fallu attendre la fermeture de la mine pour voir la politique d’ aménagement du territoire produire des effets dans le Carmausin. A partir de 1984, le fait d’ avoir confié la mission au Commissaire de la République de coordonner les actions de l’ Etat, des Houillères et des collectivités territoriales au sein du « pôle de reconversion d’ Albi-Carmaux » ( aide et modernisation des entreprises, emploi et formation ) n’ a fait qu’ accentuer la culture centralisatrice du bassin houiller. Aussi, las d’ attendre des dynamiques décentralisatrices, les élus carmausins se sont efforcés de combler le retard et de s’ approprier un processus de développement qui leur échappait. Paradoxalement, ces mêmes élus sont les premiers à souligner la dispersion et l’ éclatement des actions. Elles sont une source de concurrence municipale et de blocage des projets. De plus, à cet émiettement s’ ajoute une participation extrêmement timorée de la population. Après les dernières mobilisations des mineurs contre la fermeture de la mine en 1993, le Carmausin est revenu au stade de la « démocratie-délégation », la population s’ exprimant uniquement par le vote en attendant des élus locaux qu’ ils prennent des décisions. Cet état de fait est caractéristique d’ un bassin houiller où les associations ne sont pas en mesure de prendre le relais des syndicats des mineurs. En effet, ces structures jouaient un rôle d’ intermédiaire entre les citoyens et les élus. Les syndicats ont vu leur influence réduite au gré des reclassements satisfaits et des revendications entendues au sein du pacte charbonnier. Mais la multiplication des acteurs de la reconversion a elle aussi contribué à cette dispersion.

2 ) La multiplicité des organismes de développement et des structures intercommunales.
Paradoxalement, à l’ omniprésence des Houillères sur la vie quotidienne des mineurs de fond et à son influence sur l’ animation de la vie locale a succédé une prolifération d’ organismes.  Cette multiplication des acteurs de la reconversion, à la fois concurrents et complémentaires, a favorisé la dispersion de l’ attention des élus ainsi qu’ une inflation d’ études. Le tout sans générer une démarche fédératrice ou permettre de définir une logique de projet commun. Il en est ainsi des six organismes  intégrés comme maîtres d’ ouvrage au sein du projet de redéploiement économique du Carmausin. C’ est le Comité de Bassin, nous allons le voir plus loin, qui a dû jouer un rôle fédérateur pour conjuguer les capacités d’ action :
- de l’ Agence pour le Développement Industriel de la Région Albi-Carmaux ( ADIRAC )- de la Direction Régionale de l’ Industrie, de la Recherche et de l’ Environnement ( DRIRE )- de la Direction Départementale de l’ Equipement ( DDE )- de l’ Agence pour l’ Aménagement du Tarn Economique ( AGATE )- de la société d’ économie mixte du Tarn ( SEM 81 )- du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn
A ce premier groupe de partenaires s’ est ajouté un nombre croissant de structures intercommunales . Ceci a entraîné une illisibilité pour le citoyen et les élus, le tout dans un contexte caractérisé par la disparition de la mine, la fin de l’ Etat-Providence, la construction européenne, l’ émergence de la région et la décentralisation. Ainsi, malgré l’ image d’ imbrication de « poupées russes », le principe de subsidiarité est complexe. D’ autant plus dans un contexte de prolifération de structures et non de clarification. On note deux structures majeures en la matière avant la création du Comité de Bassin:
- l’ Association de pays du Ségala-Tarnais  s’ est constituée en 1982, regroupant elle-même 2 communautés de communes ( le Ségala Carmausin  et Val 81 autour de Valence d’ Albi ) et régie par une charte intercommunale depuis 1985 ( la Charte 85  ) à laquelle toutes les communes n’ ont pas nécessairement adhéré )
- le district urbain de Carmaux  créé en 1964 avec Saint-Benoît de Carmaux et Blaye-les-Mines. Ceci leur interdit de participer à la Communauté de communes du Ségala Carmausin car la loi ne permet pas à une commune de relever de deux intercommunalités à fiscalité propre.
Le dynamisme apparent de ces deux groupements dissimule en fait des faiblesses structurelles liées à l’ émiettement et une différence d’ approche entre ruraux et urbains. De par des besoins réels en matière de gestion de l’ eau, de l’ environnement et de transports scolaires, le démarche intercommunale du Ségala apparaît mieux ancrée par rapport à celle du Carmausin. De plus, un sentiment identitaire fort chez les habitants des communes carmausines a longtemps contribué à la dispersion et à la divergence des ambitions ou des stratégies. D’ ailleurs, l’ intercommunalité a souvent été associée à un saupoudrage stérile. Le quotidien La Dépêche du Midi rapportait en 1989 de telles conceptions en rappelant que « si se fiancer est une chose, se marier en est une autre. Aussi, il faut garder l’ autonomie des communes »

B )  De l’ emploi à l’ aménagement du territoire : le Comité de Bassin constitue une structure polyvalente et adaptée à la conjugaison de plusieurs actions.
L’ année 1995 est une année-clef. Elle constitue un tournant dans la perception des potentialités du Carmausin aux yeux des acteurs du développement local. En effet, les derniers espoirs relatifs au « redémarrage du charbon » se sont envolés dès que les Houillères ont annoncé l’ arrêt définitif de l’ exploitation à ciel ouvert dans un délai de deux ans. C’ est bien entendu le drame humain lié aux suppressions d’ emplois qui a dans un premier temps servi de catalyseur à la mobilisation des collectivités locales. Mais, et ce sera un élément essentiel tout au long de notre étude, cette volonté de se regrouper a été entretenu par la diversité des champs que recoupe la reconversion d’ un bassin mono-industriel. En effet, à l’ emploi sont liées autant de données telles que l’ enclavement géographique, la difficulté des élus à animer leur territoire et à s’ associer autour d’ intercommunalités de projets. A cela doit s’ ajouter un redéploiement industriel organisé en partenariat entre les communes et les Houillères qui n’ a véritablement pris de l’ importance qu’ au fur et à mesure que la mine perdait son hégémonie. Ces phénomènes se sont conjugués pour contribuer à l’ émergence dans un premier temps du Comité de Bassin et dans un second temps à la définition d’ objectifs précis et variés en matière de redéploiement économique.

1) « L’ effet loupe » du Comité de Bassin.
Paul QUILES ouvrait son éditorial de la première lettre d’ information du Comité de Bassin  en rappelant « le drame national qu’ avait et continuait de constituer le chômage ». Pas étonnant, donc, que l’ emploi apparaisse comme la préoccupation majeure de tous les acteurs économiques d’ un Carmausin traumatisé par l’ abandon de l’ exploitation charbonnière. Par le terme d’ « acteur » on regroupe les pouvoirs publics, les responsables locaux, les élus, les chefs d’ entreprises et les syndicalistes. Aussi, dans un arrêté du 9 novembre 1994, le Préfet de département du Tarn a reconnu l’ existence du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn et fixé ses limites géographiques. Cependant, un tel territoire qui s’ étend sur seize cantons et deux communes  reflète moins une réalité économique, sociale et géographique qu’ une conjugaison d’ opportunités dans la valorisation d’ une zone en difficulté. Le Nord du Tarn avec ses trois pôles économiques que sont le Gaillacois ( secteur primaire avec la viticulture et un tissu industriel dynamisé par l’ agglomération toulousaine ), l’ Albigeois ( majoritairement tertiaire ) et le Carmausin  (mono-industriel sinistré) ne peut être analysé comme une triptyque économique présentant un  tissu industriel et des handicaps uniformes. Au contraire, les échanges entre les trois pôles sont inégaux et Albi constitue un aimant vers lequel sont d’ une part organisées les migrations pendulaires quotidiennes et au sein duquel sont d’ autre part concentrées les énergies. S’ il y a bien une chose qui est au coeur de cette logique de bassin d’ emploi, c’ est la recherche prioritaire d’ une « péréquation» entre une commune économiquement en difficulté ( Carmaux ) et d’autres qui peuvent lui apporter une dynamique (Albi en particulier). En effet, et nous reprendrons ici les propos tenus par le Maire du Garric : « le meilleur atout de Carmaux c’ est Albi ». Dans la présentation du bassin effectuée par Jean-Bernard BLAZY , ce sont les équipements de l’ Albigeois qui sont mis en avant afin de donner une image moderne du bassin Carmausin. C’ est notamment le cas en matière éducative ( délocalisation de l’ Ecole des Mines en 1993, pôle universitaire pluridisciplinaire, classes préparatoires aux grandes écoles, pôle technologique du lycée technique Rascol...) et touristique. Cet « effet loupe  » correspond donc au fait de prendre appui sur le maximum de ressources disponibles au sein du Tarn Nord pour les mettre au service de la revalorisation du Carmausin. Le tableau suivant doit permettre d’ illustrer cette logique du « tous pour un » et donc le biais qui a été introduit au sein du CBENT. En outre, et cela est une conséquence paradoxale, ce tableau démontre aussi la perversité de cette stratégie qui a poussé à élargir au niveau du bassin des problèmes que celui-ci ne rencontrait absolument pas. C’ est ce que laissent sous-entendre ces quatre premiers projets proposés dès 1995 .
Or, on ne peut pas mener une action en faveur du Carmausin en se concentrant sur un objectif unique d’ emploi. Comme nous l’ avons évoqué en introduction de ce chapitre et comme nous le démontrerons tout au long de notre étude, reconvertir un bassin industriel est indissociable d’ actions variées. En la matière, l’ éditorial de Paul QUILES dans la plaquette de présentation du CBENT révèle déjà des missions élargies et de larges ambitions. Il cite notamment en exemple d’ autres Comités de Bassin ( 130 à travers la France en 1995 ) et évoque la nécessité de retravailler « l’ image » du bassin en « redonnant des perspectives » et en « rompant avec un climat de morosité qui entrave les initiatives ». Cela explique donc pourquoi l’ on est passé de la notion de bassin industriel à celle de bassin d’ emploi pour agir plus efficacement sur le Carmausin. Cela éclaire ensuite les ambiguïtés sur la dénomination de la structure étudiée qui est officiellement un « Comité de Bassin d’ Emploi  », de vie et de formation mais qui constitue concrètement un « Comité de Bassin » qui a parmi ses missions une action menée en faveur de l’ emploi.

2 ) Autour du Député est née une logique de consensus entre les acteurs.
Déplorant l’ absence d’ efficacité des acteurs économiques et politiques agissant de façon isolée et donc souvent incohérente, le Député du Tarn voyait alors une réelle opportunité d’ action grâce à une structure dont l’ objet serait de faire travailler ensemble des acteurs. Même s’ ils s’ opposent par ailleurs, ils ont alors l’ occasion de devenir des partenaires autour d’ une même idée : refuser la fatalité. L’ assemblée générale constitutive du 13 juin 1994 a été la conclusion de plusieurs mois de discussion entre les différents partenaires. Aussi, la structure de son conseil d’ administration reflète le consensus établit entre ces derniers.
- un collège d’ élus ( 12 membres )
- un collège d’ employeurs ( 12 membres )
- un collège de représentants des syndicats ( 12 membres )
- un collège des membres actifs ( 12 membres )
Le principe de fonctionnement d’ un Comité de Bassin permet donc d’ associer des partenaires de diverses origines pour définir ensemble des projets. Cette synergie se fonde sur une analyse commune de la situation et des besoins. Pour se faire, le CBENT s’ efforce d’ utiliser les moyens des différents organismes qui le composent. Il impulse, il coordonne mais il ne réalise lui-même qu’ en dernier ressort. Autrement dit et pour reprendre la métaphore de Paul QUILES, on est en face d’ un « agitateur d’ idées » confiant à des maîtres d’ ouvrage le soin de porter le développement. On ne peut pas comprendre le redéploiement économique du carmausin sans se représenter le Comité de Bassin comme la structure fédératrice des énergies, une sorte de « Brain Trust » dont la mission principale a été d’ établir un programme d’ action en faveur du Carmausin s’ appuyant sur les atouts du Tarn-Nord. Le CBENT s’ est donc engagé avec le concours des services de l’ Etat à élaborer un « Projet de redéploiement économique du Carmausin ». Après un an de travail intense, le Comité de pilotage mis en place en novembre 1995 a élaboré six axes prioritaires d’ intervention ( le désenclavement routier, l’ aménagement de zones d’ activités, la mise en valeur économique de la Découverte, la valorisation de l’ habitat, le développement du tissu économique local et la mise en oeuvre des actions de développement ). Autour de ces six axes, quatorze actions ont été définies . Chacune d’ entre elles faisant l’ objet d’ un diagnostic de la situation initiale, d’ une réflexion sur les objectifs poursuivis, la maîtrise d’ ouvrage et le plan de financement souhaitable . On peut donc se représenter l’ organisation de la reconversion du bassin houiller de Carmaux par une pyramide :
- Comité de bassin d’ emploi
- Comité de pilotage ( planification )
- six axes de redéploiement
- quatorze actions de reconversion
- maîtrise d’ ouvrage
( syndicat intercommunal de la Découverte, P.L.I.E, mission Antiope, etc. )
L’ intérêt d’ une telle structure pour les communes est triple. Tout d’ abord, comme le rappelle Jean-Bernard BLAZY, le mode de fonctionnement du Comité permet de transcender les clivages et les individualismes entre collectivités locales. Il a ainsi été possible sur le Carmausin de dépasser le vieux clivage socialistes/communistes. L’ alliance autour de projets vitaux constitue une première source de pacification. L’ absence de pondération des voix en fonction du poids démographique de chaque commune en est une autre. Ensuite, le fait d’ avoir scindé le conseil d’ administration en quatre collèges de « même poids » ( ils sont composés chacun de douze personnes ) fait du Comité de Bassin une «semi-intercommunalité de projet ». On obtient ainsi une souplesse de fonctionnement. D’ une part en se dégageant des pressions politiques des élus locaux grâce au mélange équitable des acteurs du redéploiement. D’ autre part en court-circuitant le cheminement traditionnel de la décision intercommunale qui manque souvent d’ audace. Enfin, le Comité permet de fédérer les communes à deux niveaux. Tout d’ abord lors de la prise de décision ( le haut de la pyramide ) et ensuite lors de la maîtrise d’ ouvrage ( le bas de la pyramide ). C’est sûrement là ce qui fait tout l’ intérêt d’ un Comité de Bassin puisqu’il permet aux communes d’ agir en pleine connaissance de cause, sans leur imposer en bout de course un syndicat intercommunal qui ne correspondrait pas à leurs attentes. Le tout en favorisant les échanges et la communication entre les différents partenaires.

II ) La fragilité des liens au sein du tissu intercommunal.
Paul QUILES ne s’ en cache pas, à la question « Que serait devenu le Carmausin sans votre intervention ?», la réponse est toute aussi vive:« rien...ou presque ! ». Les collectivités locales auraient sans doute continué à mener des actions individuellement, au gré de leurs capacités financières, de leur ambition et de leur ouverture sur l’ extérieur. Le Comité de Bassin constitue la négation de cet esprit. A la dispersion il substitue la fédération de même qu’ il institutionnalise les projets. Cela est un gage de crédibilité pour nouer des partenariats et trouver des financements. Mais aussi, cela peut permettre à un ancien Ministre de présenter les actions menées sur le Carmausin auprès du pouvoir central. Pourtant, si ce volontarisme du Député est la clef des dynamiques carmausines, il est paradoxal. L’ ubiquité d’ un seul acteur est un atout pour coordonner mais elle peut aussi à terme constituer un blocage du dialogue et ne faire du consensus politique qu’ un voile.

A) Les stratégies du Comité de Bassin d’ Emploi.
Selon le vieil adage, quand une situation économique et sociale est en crise, toute solution, tout soutien et tout porteur de projet sont « bons à prendre ». Seulement, il est nécessaire qu‘ un cadre précis puisse donner de l’ ampleur aux dynamiques de dialogue et de négociation pour atteindre les objectifs fixés. C’ est le but du projet de redéploiement économique du Carmausin que nous venons d’ évoquer. De son analyse apparaissent trois points incontournables afin de permettre l’ aboutissement d’ une telle reconversion.

1) Impliquer les collectivités locales en tant que maîtres d’ ouvrage.
Comme nous l’ avons vu, reconvertir un espace économique nécessite une action complexe. Elle mobilise des moyens humains et financiers qui dépassent les capacités des communes minières. Le principal danger pour un bassin houiller sur la voie du déclin est constitué par un cercle vicieux où au manque de moyens financiers s’ enchaîne une absence de réflexion au sujet de l’ avenir et donc un enfoncement continu du territoire qui voit ses jeunes actifs partir et qui perd son dynamisme économique et social. Par son projet de redéploiement économique, le CBENT a cherché à casser un tel cercle, d’ une part en intégrant les communes dans la définition de ce projet, d’ autre part en établissant un programme de partenariats pour mener à bien celui-ci. Plusieurs dynamiques se présentent alors. Tout d’ abord la commune peut prendre en charge elle-même une maîtrise d’ ouvrage. C’ est une option exceptionnellement envisagée étant donnée la difficulté d’ assumer seul certaines opérations mais c’ est par exemple la cas en matière de désenclavement routier avec l’ application de nouveaux plans de dessertes urbaines pris en charge par la mairie de Carmaux. Ensuite, il est nécessaire d’ inscrire le projet de redéploiement dans le cadre des répartitions de compétences Etat / région / département / commune tel qu’ il est notamment issu des lois de décentralisation. Ainsi en matière de désenclavement routier on retrouve une répartition traditionnelle des compétences, le plus souvent associée avec les communes traversées par les axes routiers. Enfin et surtout, des intercommunalités peuvent être sollicitées. Ces dernières peuvent déjà exister et cela permet de s’ appuyer sur des compétences géographiquement ciblées comme pour l’ aménagement de zones d’ activités ( District urbain de Carmaux et Communauté de communes du Ségala Carmausin ) ou pour l’ élaboration d’ un programme local de l’ habitat ( District urbain de Carmaux ). Dans le cas contraire, rien n’ empêche au Comité de Bassin de constituer la matrice d’ une intercommunalité « ad hoc ». C’ est par exemple le cas du Syndicat Intercommunal de la Découverte . Sa création est notamment liée au projet de ré-aménagement de l’ ancienne mine à ciel ouvert. Il est intéressant de multiplier les maîtres d’ ouvrage car c’ est un moyen de porter juridiquement et financièrement le grand nombre d’actions proposées. En l’ occurrence, trois options sont envisagées pour permettre aux différentes intercommunalités d’ agir :
- 1er cas de figure : le District, la Communauté de communes ou le Syndicat mixte prend la maîtrise d’ ouvrage et fait réaliser l’ opération par un maître d’ ouvrage délégué
- 2ème cas de figure : le District, la Communauté de communes ou le Syndicat mixte prend la maîtrise d’ ouvrage, établit une convention avec l’ une ou les autres structures pour compléter le financement, et fait réaliser l’ opération par un maître d’ ouvrage délégué
- 3ème cas de figure : une communauté « ad hoc » prend la maîtrise d’ ouvrage d’ une opération seule et fait réaliser l’ opération par un maître d’ ouvrage délégué
Afin qu’ il y ait une harmonisation de la politique d’ aménagement globale du Carmausin, il est alors indispensable qu’ il existe un lieu où se règlent les problèmes de stratégie. A cet égard, le Comité de Bassin s’ est lui-même reconnu une mission d’ animation et de coordination définie grâce à un système de convention passée avec chaque maître d’ ouvrage intercommunal. L’ intérêt financier de ces montages intercommunaux est réel puisque si on prend l’ exemple du désenclavement routier, le financement des communes a été en moyenne de 15 %, soit deux fois moins que les parts respectives de la région et du département .

2) Développer des partenariats optimisant financièrement et techniquement la reconversion.
La logique d’ un Comité de bassin s’ appuie sur le bilan des atouts et des faiblesses d’ un espace donné. Or, une telle approche pousse à une utilisation maximale des éléments et des personnes à même de faciliter ou valoriser le partenariat. Deux options peuvent alors se présenter pour permettre d’ intégrer des partenaires. Tout d’ abord, dans le cadre de la reconversion d’ un ancien bassin houiller, il est fondamental de s’ assurer du soutien de Charbonnages de France. Jean-Bernard BLAZY se souvient qu’ en 1995, il n’ existait pas plusieurs alternatives pour obtenir un financement massif des Houillères. « Il fallait voir grand et faire preuve d’ ambition ». Avec du recul, on peut penser que cela a été une stratégie payante. Financièrement, tout d’ abord, puisque sur les neuf actions dont le coût avait été chiffré en 1995, cinq ont bénéficié d’ un financement principalement assuré par le FIBM ( Fond d’ Industrialisation des Bassins Miniers créé en 1984 ). Cette recherche de subventions de la part du groupe nationalisé et de la part de l’ Union Européenne a d’ ailleurs fait l’ objet d’ une création de poste de chargé de Mission. Techniquement, ensuite, puisque le Syndicat Intercommunal d’ aménagement de la Découverte a su utiliser les compétences des Houillères pour remettre en état la mine à ciel ouvert, et cela dans le cadre du code minier qui fait obligation d’ assurer une telle opération. Mais, dans ce cas, cette réhabilitation a été encadrée par la volonté d’ aménager la fosse Sainte Marie afin que celle-ci devienne plus tard un pôle de loisirs. C’ est une chose tout à fait symbolique d’ un point de vue plus « humain » puisque les dernières poignées de mineurs de Carmaux ont ainsi elles-mêmes oeuvré à leur reconversion. Chose en apparence futile mais en réalité tout à fait essentielle. En effet,  tout projet de reconversion ne peut être conçu autrement qu’ en association avec les populations locales dont le sentiment peut être la meilleure comme la pire des promotions. L’ association avec la population est notamment complétée par celle avec les acteurs économiques locaux. D’ une part avec l’ Agence de Développement Industriel de la Région Albi Carmaux ( ADIRAC ) pour organiser le lancement d’ un concours international d’ idées à même de mettre en valeur économiquement La Découverte. D’ autre part avec les Chambres consulaires pour dynamiser l’ artisanat et le commerce sur le Carmausin. Il ressort donc de cette analyse la capacité du Comité de Bassin à répartir des missions en fonction des compétences et des points forts de chaque partenaires. Il ne s’ en tient pas qu’ à la simple nature des acteurs. Pour l’ illustrer on peut revenir sur les deux derniers exemples que nous avons pris : Pourquoi l’ ADIRAC dont la mission principale est la ré-industrialisation du bassin Carmausin n’ a-t-elle pas été choisi pour superviser la relance de l’ Artisanat et du Commerce ? La réponse est simple. Le point fort de l’ ADIRAC est la communication. En effet, l’ agence cherche à valoriser le Grand Albi et à élaborer des stratégies de prospection pour attirer les industriels vers le Carmausin. C’ est dans l’ intérêt du CBENT de s’ appuyer sur cette compétence tout en laissant le soin à la Chambre Consulaire des Artisans et Commerçants  le soin d’ utiliser son réseau et sa connaissance précise des marchés locaux de consommation quotidienne et occasionnelle afin de la valoriser.

3 ) Apporter la crédibilité nécessaire à une action de grande ampleur.
On peut interpréter l’ idée de crédibilité de deux façons. On peut la considérer de façon verticale, c’ est à dire dans les relations entre le bassin et le pouvoir central afin d’ obtenir des financements, des partenariats et une promotion élargis. On peut aussi la considérer de façon horizontale comme la capacité pour des partenaires dans un premier temps puis des maîtres d’ ouvrage dans un second temps de travailler ensemble pour mener à bien une mission. En l’ occurrence, ici, une reconversion. Deux vecteurs se dessinent dans notre étude. Tout d’ abord, beaucoup d’ élus reconnaissent le rôle central du Député pour impulser la réflexion puis concrétiser les actions. Président du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn et de ses « progénitures » ( Syndicat Intercommunal de la Découverte, Syndicat Mixte pour l’ Aménagement de la Découverte, Plan Local pour l’ Insertion par l’ Emploi ), sa personne constitue un lien coordonnant chaque activité tout en l’ inscrivant dans le sens défini auparavant. Ensuite, les mêmes élus reconnaissent l’ importance du réseau constitué par un ancien Ministre au sein de l’ Administration et de la Haute Administration française et européenne. C’ est pour eux un moyen d’ inscrire assurément les efforts menés sur le Tarn dans le cadre des politiques d’ aménagement du territoire et des contrats de Plan. Paul QUILES reconnaît que son intervention a permis de briser la dispersion des projets. Il admet aussi avoir été essentiel pour expliquer la dynamique carmausine auprès du Premier ministre et du Ministre de l’ aménagement du territoire afin d’ inscrire la reconversion du bassin houiller dans deux Comités Interministériels d’ Aménagement du Territoire ( CIADT ) entre 1995 et 2000. Le CBENT aura donc constitué un outil au service des projets portés par un homme politique, inscrivant ceux-ci dans le cadre de la dynamique intercommunale et des partenariats.

B ) Quel avenir pour un comité de bassin ?
Comme nous l’ avons vu, une telle structure s’ inscrit dans un cadre géographique vaste. Cela lui permet à moyen terme de diversifier ses missions, de se redéployer à côté du « gros morceau » qu’ est la reconversion et de continuer à agir. Il faut cependant relever plusieurs défis. Le premier est le cumul des risques liés à l’ omniprésence d’ une personne comme le Député de la première circonscription du Tarn dans chaque structure émanant du Comité de Bassin. Le second est de définir un avenir cohérent cette architecture, notamment en s’ interrogeant sur l’ « effet loupe ». Il n’ apparaît pas évident de concilier des actions ciblées avec une action plus générale en faveur de tous les territoires. D’ où l’ apparition progressive d’ un relais d’ action grâce au Pays afin de transférer les actions globales à celui-ci pour que le Comité se concentre sans discrimination sur des points précis de développement.

1) Les dangers de « l’ impossible ubiquité du député ».
Cette formule décrivant la fonction parlementaire est empruntée à l’ ouvrage écrit par MM Paul QUILES et Yvan LEVAÏ à propos de la dite fonction représentative . Le Député tarnais reconnaît lui même le paradoxe d’ une reconversion qui ne tient qu’ à une personne. Cette dernière étant à la fois à l’ origine et à la tête des différents éléments qui fondent l’ architecture du redéploiement. Il serait difficile de conseiller à un Député d’ un autre bassin en crise de suivre l’ exemple tarnais si ce même parlementaire ne disposait pas de réseaux et de relations privilégiées avec les sommets du pouvoir ou les grandes entreprises . Autrement dit, une personne intégrée dans les arcanes du pouvoir central est un atout incontestable. Cependant, cette même personne peut aussi être elle-même la cause de ses pires difficultés. En effet, le fait d’ assurer une continuité entre les structures collectives de la reconversion crée un effet d’ omniprésence, pour ne pas parler d’ hégémonie. Le tout est organisé selon des relations hiérarchiques. Ces dernières instituent un climat particulier où les interlocuteurs à même d’ influencer celui qui est au sommet sont surtout des homologues ( élus locaux, secrétaires généraux, chargés de mission... ), autrement dit un nombre restreint de personnes. De plus, si on considère qu’ une influence en la matière est proportionnelle au poids démographique représenté par chaque partie, cela restreint d’ autant plus le nombre de conseillers potentiellement influents. Cet état de fait peut être illustré en citant un portrait du député dressé par une plaquette d’ information consacrée à la reconversion de La Découverte  : « Paul QUILES va de l’ avant. Croise-t-il quelques sceptiques, qu’ il les foudroie d’ un de ces regards qui ne souffrent la moindre contestation, le moindre soupçon d’ opposition. Et on finit par le suivre. Pas uniquement par crainte, mais parceque l’ ancien Ministre possède aussi une force de persuasion propre à fédérer les énergies ». Cette situation a plusieurs conséquences. Tout d’ abord, elle réduit la notion de partenariat. Si celle-ci donne une image officiellement sauve par le fait que « tout a été voté à l’ unanimité entre les communes », elle ne fait que masquer l’ inclinaison des plus petites d’ entre elles à l’ égard des élus les plus influents. Paul QUILES les compare à de « petits commerçants toujours insatisfaits quand on implante un supermarché à côté d’ eux ». Serge ENTRAYGUES, Maire de Saint Benoît de Carmaux, reconnaît s’ être plusieurs fois plié à l’ opinion générale pour ne pas entraver la bonne marche d’ une reconversion incarnant enfin l’ union des communes. Ensuite, elle instaure un faux-climat de confiance. En effet, si une idée vient d’ un individu qui associe à son nom la réussite dans l’ action et le sauvetage de la région, qui peut se permettre de la contredire ? En guise d’ exemple on peut citer la question du réinvestissement dans le pôle de loisirs Cap’Découverte. Robert RAFFANEL, Maire du Garric, attend d’ être associé à moyen terme à la prise de décision au sujet de cette question qui est, nous y reviendrons, la clef de la réussite et donc de la pérennisation économique d’ un parc à thème. Pour le Député, il est pourtant exclu à court et moyen terme de réinvestir dans Cap’ Découverte. Cela tient au fait que, pour son créateur, cette modalité de la reconversion de la fosse Sainte-Marie n’ est en rien un parc comme Disneyland Paris ou le Futuroscope mais un pôle de loisirs dont l’ accès gratuit doit permettre aux visiteurs de se rendre sur le site à la fréquence qu’ ils souhaitent. S’ il en est ainsi pour son créateur, on perçoit progressivement une mise au diapason de ses homologues ( par exemple les Maires tendent à ne plus employer le terme « parc à thème » pour lui substituer «  pôle de loisirs » ). Cela en dépit d’ une image de « parc d’ attraction » largement diffusée au sein de la population et particulièrement des anciens mineurs. En effet, malgré les opérations de communication, l’ opinion tend à ne pas chercher la subtilité des définitions. Si à moyen-long terme, le parc ne trouvait pas son public cela justifierait donc les craintes avouées de Paul QUILES de n’ avoir pas assez tissé de fils entre les communes et sa personne et d’ avoir porté un projet seul, garantissant ainsi une crédibilité indispensable mais fragile

2 ) Les relais envisageables pour une flexibilité des missions du Comité de Bassin.
En 1999, la plaquette relative au cinquième anniversaire du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn  annonçait « qu’ après avoir redonné des perspectives au Carmausin, le Comité devait maintenant devenir le lieu où se définit et s’ organise une véritable politique d’ aménagement et de développement durable fondée sur la complémentarité et la solidarité des territoires ruraux et urbains du nord du Tarn ». L’ emploi des deux termes soulignés signifiait ainsi la fin de la première et quasi-exclusive mission de la structure : la reconversion du bassin houiller de Carmaux. Ainsi, après l’ « effet loupe » Carmausin, la logique géographique « naturelle » du cadre d’ action restait toujours à construire en 1999. Pour se faire, le Comité de Bassin a exprimé dès 2000 la volonté de s’ inscrire dans une démarche de Pays visant à mener une action collective fédérant les communes, les groupements de communes, des organismes socioprofessionnels, des entreprises et des associations autour d’ un projet commun de développement. Ce « Pays de l’ Albigeois et des Bastides » associe le Ségala, le Carmausin, le Causse Nord-Ouest, les Monts d’ Alban, le Villefranchois et le Réalmontais à l’ Albigeois . Il a été reconnu le 8 mars 2002 par la Commission Régionale d’ Aménagement et de Développement du Territoire ( CRADT ) comme périmètre d’ étude. C’ est ainsi l’ occasion de trouver un relais à l’ action déjà entreprise. Ceci afin de permettre au CBENT d’ acquérir une flexibilité. Il peut ainsi choisir de se concentrer sur des missions précises sans discriminer les autres territoires en l’ absence d’ actions globales. Ces dernières pouvant s’ inscrire désormais dans le cadre des missions du Pays. Il peut aussi mener des actions plus transversales comme l’ illustrent les deux exemples suivants. Tout d’ abord on peut évoquer la Mission Antiope mise en oeuvre dans le cadre d’ un partenariat départemental et européen afin de sensibiliser les petites et moyennes entreprises aux Nouvelles Technologies de l’ Information. Paul QUILES considérait ainsi dès la fin 1999 que « cette transition vers la société de l’ information représentait un réel potentiel économique que les bassins industriels du Tarn devaient savoir développer » . Elle s’ inscrit dans le cadre du développement du tissu industriel du territoire. Ensuite, le Pacte Territorial pour l’ Emploi ( le PTE ) constitue une seconde mission globale. Ce travail a eu pour objet d’ améliorer la connaissance locale du marché de l’ emploi et de ses opérateurs ou encore d’ examiner la capacité des territoires à agir en faveur de l’ emploi. Autrement dit c’ est dans ses fonctions d’ analyste de la vie locale et dans celui d’ agitateur permanent d’ idées que semble se pérenniser le Comité de Bassin.
Cette structure aura donc avant tout mis ses capacités d’ action au service d’ un projet unique. C’ est moins ce biais que la fragilité du tissu intercommunal ainsi créé qui constitue une menace potentielle pour l’ avenir de la reconversion. Après l’ étude de cette « tête pensante », il est nécessaire de se pencher sur le « corps » de l’ architecture intercommunale carmausine. Le premier « bras institutionnel » étudié est d’ ailleurs « la main courante ». En effet, aux yeux des Carmausins, le Syndicat Intercommunal de la Découverte incarne à lui seul l’ action concrète en matière de reconversion.

– CHAPITRE 2 —
UNE RECONVERSION DE SITE MELANT
ACTIONS ECONOMIQUES ET POLITIQUES

Les dynamiques intercommunales à l’ origine du réaménageant de l’ ancienne mine à ciel ouvert sont largement considérées comme un exemple d’ intercommunalité de projet. Fédérées autour du projet porté par Paul QUILES et le Comité de Bassin, les communes ont su faire entendre leurs voix au sein du Syndicat Intercommunal de la Découverte ( SID ) pour constituer un maître d’ ouvrage à la mission périlleuse. En effet, celle-ci constitue la « dernière chance » du bassin Carmausin. Elle doit en plus surmonter les incompatibilités entre les logiques politiques et économiques

I) Les potentialités d’ une intercommunalité de projet.
A partir de 1985 et en conservant 650 mineurs, Carmaux a bénéficié d’ un surci au prix d’ un effectif diminué de 2000 personnes grâce à la technique de la mine à ciel ouvert . A l’ annonce de la fermeture de La Découverte par les Houillères de Bassin du Centre et du Midi ( HBCM ) au début de 1995, aucun élu n’ a pu imaginer que l’ histoire se referme sur ce trou de 1,3 km de diamètre et profond de 220 mètres. Cela aurait laissé la région s’ enliser dans un déclin économique après avoir puisé dans le charbon fortune et réputation. Les communes du Carmausin, associées au sein du Comité de Bassin ont ainsi envisagé en quelques mois d’ accompagner la fermeture de la mine. Elles ont participé très tôt au projet de reconversion de site pour bâtir une architecture intercommunale. Ambitieuse et intelligemment encadrée par les collectivités locales, la reconversion de La Découverte menée par le SID apparaît aux yeux des élus comme une réussite. Ce syndicat intercommunal a su s’ affirmer comme la clef du partenariat politique et de la négociation avec le pouvoir central pour mener à bien la réalisation et le financement du réaménagement de la fosse Sainte Marie.

A) La naissance d’ une idée collective
Le projet est né dans une salle de la Préfecture. Après l’ annonce officielle de la fermeture de la mine à ciel ouvert programmée pour 1997, les Houillères ont proposé à l’ Etat et aux collectivités locales un « plan d’ abandon des travaux miniers ». Les HBCM se sont ainsi  conformées au code minier qui prévoit d’ assurer la protection de l’ environnement et la mise en sécurité du site à long terme. Au delà de ces exigences réglementaires et afin d’ étudier les possibilités de valorisation économique du site, les élus, les syndicalistes et des chefs d’ entreprises regroupés au sein du Comité de Bassin se sont retrouvés avec les représentants de l’ Etat un jour de décembre 1995. La décision de lancer un concours d’ idées européen précédé d’ une vaste campagne de communication a été prise au cours de cette réunion. On peut considérer que la volonté de rebondir a été précoce et a accompagné la fin de l’ extraction. Les acteurs principaux du redéploiement ont su se regrouper mais aussi s’ entendre à propos du devenir de leur région. Déjà à l’ époque, les premières voix s’ élevaient pour transformer le site en circuit automobile. Certains bruits circulaient alors à propos d’ une expertise du site conduite en hélicoptère par Alain PROST . Dans son rapport final du 28 novembre 1996 relatif au projet de redéploiement du Carmausin, le Comité de Bassin trace de façon assez précise les grandes lignes d’ un projet phare, à la fois par son ampleur, ses enjeux et sa valeur symbolique : celui du réaménagement de la Découverte. Cet appel à projets reposait sur un postulat : le Carmausin devait se redéployer vers d’ autres secteurs. Même si on n’ en était qu’ au stade de l’ idée, l’ essentiel était que les communes sollicitées soient motivées et adhérent au volontarisme du Député. Et si possible « pour faire quelque chose de grand à la fosse Sainte Marie », se souvient Mr BLAZY. En effet, de l’ ampleur du projet dépendrait l’ implication les Charbonnages de France, et notamment leur appui technique et financier.

1) Un cratère lunaire dans un écrin de verdure
La contemplation du « trou » de Carmaux appelle les superlatifs : large comme les deux premiers arrondissements parisiens, assez haut pour escamoter les deux tiers de la tour Eiffel. Avec un diamètre exceptionnel de 1 100 mètre et ses 300 mètres de fond, ce cratère de type lunaire est d’ une puissance visuelle rare. Ses pentes d’ argile rouge striées de calcaire blanc dominent le trou sombre du houiller autour d’ un écrin de verdure de 750 hectares. Selon les estimations de Mr MICHEL  du début du creusement en 1985 à l’ arrêt de l’ exploitation le 30 juin 1997,  les mineurs de Carmaux ont évacué autant de terre que les Egyptiens bâtissant le barrage d’ Assouan. En 2000, cela faisait de la fosse Sainte Marie le plus grand trou creusé par l’ Homme en Europe occidentale. Reboucher un tel site aurait été impensable. D’ autant plus que les 90 millions de mètres cubes de terre extraits des entrailles de la terre constituent un terril impressionnant, lui aussi partie intégrante de la campagne environnante.

2 ) Des élus aux revendications précises afin de « tourner la page du charbon »
La volonté des élus d’ un bassin houiller qui acceptent la fin de l’ exploitation charbonnière est double. D’ une part, elle est concrète et économique pour réindustrialiser leur territoire. D’ autre part, elle est plus subjective et relative à l’ image du bassin ou de leur ville. Autrement dit, tout projet de reconversion dans lequel sont impliquées des communes est indissociable de certains caractères symboliques. Tout d’ abord, il s’ agit de sortir de l’ image sombre d’ une cité houillère avec sa mono-industrie associée à des activités polluantes. Dans son rapport, Mr MICHEL relève le caractère « incontestable » des nuisances de l’ exploitation à ciel ouvert. Il évoque les bruits ( soixante décibels même en zone industrielle constituent un seuil très élevé ), les poussières, les odeurs, les vibrations, la circulation d’ engins de toutes sortes, les ruissellements polluants et le travail continu de jour et de nuit. D’ ailleurs, la commission qu’ il préside reprend les termes du Commandant COUSTEAU à propos de l’ exploitation à ciel ouvert : « Paysage ravagé - composition physique et chimique du sol modifiée - conséquences dramatiques de la pollution de l’ eau - création de déserts ». Ainsi, il s’ agissait pour l’ ancien Préfet Alain RONDEPIERRE, Paul QUILES et les autres élus locaux de donner désormais autour de La Découverte une image nouvelle, plus « écologique ». Par exemple le projet d’ un pôle « technologie de l’ environnement » reposait sur un concept fort : sur les anciens lieux les plus polluants ( l’ ancienne cokerie et le lavoir ), une centrale de cogénération serait crée . Autrement dit, un dispositif à haut rendement énergétique générant de nouvelles activités autour de la Découverte. Le second volet de l’ image repose sur le passage d’ une économie fondée sur le secteur primaire avec l’ activité du sol et du sous-sol à une industrie de pointe grâce à la ré-industrialisation du bassin et une émergence du tertiaire de loisir. La réflexion menée au sein du Comité de Bassin et le projet final constituent le reflet de cette intériorisation par les élus locaux que le charbon « ne repartirait pas » et qu’ en l’ occurrence il faudrait tourner la page.

3 ) « Tous à vos mines » où l’ illustration du Comité de Bassin en tant qu’ agitateur d’ idées.
C’ est à Jean-Marc RAYNAL  qu’ est confiée, en septembre-octobre 1996, la mission de placer sur la rampe de lancement le concours international d’ idées concernant la valorisation économique de La Grande Découverte. Le Comité de Bassin a encadré ce concours. Il y a consacré près de deux millions de francs ( 300 000 euros ) dont les trois-quarts pour indemniser les projets et le quart restant pour les études de définition. Il a orienté les projets proposés afin que ceux-ci s’ inscrivent dans les secteurs des loisirs, du sport, de la culture, de l’ industrie, de l’ agriculture et de la santé. En effet Mr RAYNAL s’ est appuyé sur plusieurs enquêtes menées à l’ échelle européenne. Il en a tiré les leçons en considérant qu’ il ne pourrait être question en général et donc sur Carmaux de polyvalence d’ activités sur des anciennes friches minières. Ensuite, la population locale et régionale a été constamment informée au sujet de l’ avancement du projet. Enfin, le Comité de Bassin s’ est autorisé à identifier les projets créateurs d’ emplois, financièrement crédibles et forts d’ un potentiel de notoriété pour valoriser le site de la Grande Découverte. Il s’ en est inspiré pour définir des orientations précises. Il a ainsi parfaitement rempli son rôle d’ agitateur d’ idées et a su très tôt impulser la reconversion. On verra combien cela a été décisif afin de mettre rapidement sur pied un projet cohérent et donc à même de trouver des financements publics et des partenaires économiques privés. L’ autre grande Découverte de la région, celle de Decazeville dans l’ Aveyron n’ a pas suivi le même chemin. Malgré les protestations des derniers mineurs, cette mine de charbon à ciel ouvert se sachant condamnée ne s’ est contentée que d’ un championnat de feux d'artifice organisé annuellement autour de sa fosse . Ceux qui croient encore à la vocation industrielle de l'ancien bassin minier refusent une vocation ludique du trou, d’ autres veulent préserver la nature sauvage de l'Aveyron. De plus, une transformation en lac apparaît trop dangereuse aux yeux des derniers mineurs. Tout ceci bloque toute réflexion quant à un réaménagement. De plus, Paul QUILES n’ oublie pas le sentiment résolument sceptique des Decazevillois à l’ égard de son projet. D’ ailleurs, ce dernier s’ est très vite construit. Le concours international d’ idées « tous à vos mines » a été officiellement lancé le 31 octobre 1996. Il s’ est traduit par 250 demandes de dossiers au départ. A la fin de la période de réception des candidatures, on a compté une cinquantaine de postulants. Le 3 février 1997, le Comité de Bassin a annoncé officiellement son choix de dix candidats. L’ absence de précipitation a d’ ailleurs été saluée par le quotidien « La Tribune »  pour qui « les validations techniques, l’ attention portée aux montages financiers et plus généralement l’ aménagement global et concerté entre communes peut constituer un cas d’ école en matière de valorisation économique ». L’ originalité et la dimension du site a séduit de grands concepteurs de renom. Ainsi, Paul QUILES considère « que [ le Comité de Bassin ] a su prendre les spéculateurs d’ idées à leur propre jeu. En lançant ce concours à l’ échelle européenne, [ il ] en a fait rire certains qui disaient « Vous n’ avez pas d’ idées ». Mais ils ont vu après coup la masse d’ entreprises qui retiraient des dossiers ».

B ) Un projet brillament porté par la dynamique intercommunale
Selon un ordre chronologique des choses, en octobre 1997, la maîtrise d’ ouvrage a été confiée au SID . Cela constitue la prise d’ autonomie du projet de à l’ égard de sa structure d’ origine : le Comité de Bassin. Cette nouvelle entité de coopération intercommunale regroupe les représentants de six communes du Carmausin directement concernées ( Blaye, Cagnac, Carmaux, Le Garric, Saint-Benoît, Taïx ). Une telle dynamique intercommunale joue donc un triple rôle d’ intermédiaire. Tant dans le cadre de la maîtrise d’ ouvrage que pour la cohésion politique et de la crédibilité économique à l’ échelle nationale qu’ il peut apporter.

1 ) Le SID maître d’ ouvrage
Dans un premier temps, le Syndicat Intercommunal de la Découverte s’ est inspiré du verdict émis par le comité collégial réunissant une trentaine de personnes ( Préfet, élus, DRIRE, ADIRAC, Chambres consulaires, syndicats...) à propos du concours international d’ idées. Sur cette base, il a ensuite fait travailler un bureau d’ études et ainsi fait émerger de grands thèmes. A l’ automne 1997, quatre thèmes ont ainsi été retenus ( les loisirs, le sport, les spectacles et la mémoire ) autour d’ un concept : « La Découverte : Vivre les loisirs autrement ». Tel le chef d’ entreprise, le SID constitue une cellule dotée de pouvoirs qui oriente et impulse l’ activité de reconversion du site. Il chapeaute d’ autres structures et cela a le mérite de constituer une véritable capacité d’ action. Ainsi, Paul QUILES déclarait  en 2001 que « dès le 1er janvier 2002, les Houillères auraient opérées un transfert de propriété des 60 hectares de la mine au syndicat intercommunal de la Découverte qui en prendrait le relais. Tout cela pour un peu plus d’ un franc symbolique ».
L’ objet du SID comporte 3 grands axes :
- Réaliser ( ou faire réaliser ) :
- toutes les études liées à la valorisation de la zone
- l’ acquisition, l’ aménagement et la rétrocession ( vente, location... ) des terrains  inclus dans le périmètre de de l’ emprise de la Découverte ayant fait l’ objet du  «concours international d’ idées sur la valorisation économique de la Grande  Découverte»
- toute opération d’ équipement et immobilière tendant à la réalisation de ce projet.
- Développer toute action pouvant concourir au développement de cette zone
- Gérer les divers équipements existants et à venir
D’ une part, en tant que propriétaire, le SID a délégué la maîtrise d’ ouvrage à SCSI Développement ( filiale de la Caisse des Dépôts et des Consignations ). Elle est chargée de conduire les études des appels d’ offres, de contrôler la bonne exécution des marchés de travaux et de superviser le chantier. D’ autre part, en octobre 2000, il a pris une participation à part égale aux côtés du Conseil général du Tarn et du Conseil régional de Midi-Pyrénées au sein du Syndicat Mixte d’ Aménagement de la Découverte ( SMAD ). Cette structure constitue l’ outil d’ action. Il s’ assure de la construction des infrastructures sur le site et est chargé de porter les 320 millions de francs ( 48,73 millions d’ euros ) d’ investissements publics. Cette structure arrive à mêler à la fois des communes responsabilisées et parlant d’ une seule voix mais aussi la région et le département. Cela a non-seulement pu constituer un gage d’ égalité en matière de négociation financières mais aussi de cohérence en ce qui concerne la réalisation d’ un projet. Enfin, le SID a confié la gestion déléguée par voie de régie intéressée des activités sportives de plein air pour un contrat de cinq ans à une société d’ exploitation de domaines skiables . Elle devrait percevoir de la part du SID des honoraires fixes et une part variable correspondant à 7% du chiffre d’ affaires. Le SID, lui, assure directement la gestion des pôles « Spectacle » et « Mémoire ». Ce dernier choix paraît cohérent. D’ une part parce qu’il ne constitue par la clé de la rentabilité économique du site ( il n’ est pas délicat à gérer ) et d’ autre par car ces deux thèmes sont ceux à même de mobiliser les populations. En effet, ils sont le fruit des témoignages des mineurs et des contributions des habitants pour leur animation ou leur organisation. Le SID permet ici de sélectionner des activités entretenant chez les anciens mineurs le sentiment qu’ils sont eux-aussi partie-prenante dans la reconversion. Cette stratégie est complémentaire à l’ association SID-Charbonnages de France qui a donné l’ occasion aux mineurs de continuer à travailler sur le site de la Découverte pour le réaménager et contribuer ainsi au renouveau de la région. On notera les enjeux d’ une implication de cette population en citant les propos de la CGT-Mine  qui « ne souhaitait en rien faire table rase du passé industriel en transformant Carmaux en zone de loisirs, quelque chose entre les Schtroumpfs et Disneyland ». Quant aux activités purement économiques comme la restauration, le SID a prévu dans ses statuts la possibilité de désigner d’ autres délégataires pour la gestion quotidienne. Il se positionne ainsi comme un élément hybride capable de fédérer une logique économique avec une sensibilité ouvrière.

2 ) Le SID : clef du consenssus politique Carmausin
Le SID constitue aussi un organe intermédiaire d’ un point de vue politique. Tout d’ abord il permet à chaque collectivité territoriale d’ être sur un pied d’ égalité et représente ainsi      20 00 habitants. Dirigé à sa création par quatre socialistes et deux communistes, Mr BLAZY se souvient que seule l’ égalité de vote a permis d’ arriver à un consensus transcendant les poids démographiques. « Taïx ( 306 habitants ) a une voix aussi prépondérante que celle de Carmaux », se félicite son maire, Didier SOMEN. Certains Maires ont longtemps craint l’ ampleur des projets. Même proportionnelle à la taille des collectivités, la participation pèse sur le budget des communes qui se sont portées garantes de 50 millions de francs ( 7,6 millions d’ euros ) d’ emprunts qu’ il faudra rembourser. Cependant, le Maire du Garric rappelle que « même si elles ne sont pas très importantes, six communes, c’ est mieux que si elles étaient restées seules, chacune de leur côté ». La croyance dans le projet est réelle chez les six élus du bassin, longtemps marqués par la traditionnelle division socialistes-communistes. Ils ont en effet pris conscience que la reconversion de la Découverte pouvait représenter le projet de la dernière chance et que l’ intercommunalité de projet leur donnait une responsabilité : celle d’ écrire leur propre avenir. D’ ailleurs, Paul QUILES reprend cette idée  de « dernière jeunesse du Carmausin » en considérant que « sur les terres du vieil affrontement socialistes-communistes, il a été nécessaire de faire émerger avec douceur un certain consenssus pour préserver des enjeux très importants ». Cependant, si le Maire de Saint Benoît confirme l’ absence d’ une « locomotive démographique » comme Carmaux, il avoue aussi qu’il a parfois été difficile d’ abandonner les clivages, en particulier sur les choix d’ implantation des activités économiques induites par la Découverte.

3) Le SID : interlocuteur unique du pouvoir central et partenaire économique crédible
L’ Etat a donné un coup de pouce déterminant lors du Comité Interministériel d’ Aménagement et de Développement du Territoire ( CIADT ), en juillet 1999, en Arles. Ce jour-là, le CIADT a officiellement reconnu l’ intérêt de la Découverte « pour la modernisation ou la reconversion du bassin industriel d’ Albi-Carmaux ». Il qualifie la Découverte de « pôle industriel et touristique compte tenu de l’ attraction qu’ elle peut exercer économiquement sur le bassins Albi-Carmaux ». Lors de sa réunion suivante le 18 mai 2000, le CIADT a débloqué une enveloppe de 200 millions de francs ( 30, 49 millions d’ euros ), financée par l’ Etat et l’ Europe. En conséquence, le financement par les collectivités territoriales a suivi . D’ autre part, sous forme d’ emprunts, le SID a ajouté une somme équivalente. L’ enveloppe financière, soit près de 350 millions de francs ( 53,35 milllions d’ euros ), a ainsi pu être bouclée afin de financer des équipements publics. Ainsi, le SID a constitué un interlocuteur unique entre les communes du bassin et les ministères de Paris. Il a de plus, à n’ en pas douter, constitué aussi une structure de négociation, regroupant des personnels qualifiés. C’ est le cas de spécialistes et de techniciens mais aussi d’ hommes « issus du sérail des grandes écoles ( X, ENA ) qui coopèrent et s’ apprécient » . En 1997, on pense notamment à l’ ancien Préfet Alain RONDEPIERRE, le directeur de la DRIRE Christian DESMOULINS qui avait déjà à son actif l’ installation de l’ Ecole des mines d’ Albi et Paul QUILES. Ce dernier reconnaît son rôle crucial pour expliquer les actions menées sur le Carmausin auprès des différents Ministères et trouver à la fois des interlocuteurs et des financements. En effet, c’ est officiellement en Octobre 1999 que le coût de la reconversion de la Découverte a été évalué entre 300 et 400 millions de francs. Il bénéficie d’ une structure de financement associant investisseurs privés et publics  :
- 70 % d’ investissement publics dont : - 56 % de l’ Etat et de l’ Europe - 24 % de la région et du département - 20 % du Syndicat Intercommunal de la Découverte- 30 % d’ investissements privés - volet hébergement  - hôtel trois étoiles  - 2 villages de chalets de style québécois ( société Quebex via la SA Découverte Promotion ) - volet Maison de la forme  - balnéothérapie, restaurant panoramique, auberge de jeunesse

La stratégie de communication s’ est appuyée largement sur cette imbrication des financements publics mais aussi sur l’ arrivée de l’ investisseur québécois Mario FORTIER avec ses 100 millions de francs ( 15,24 millions millions d’ euros ) d’ investissement. L’ hebdomadaire tarnais « Le Tarn Libre » reprend les propos tenus par l’ ancien Ministre Christian PIERRET , déclarant lors d’ une visite à Carmaux le 7 mars 2002 que « le projet avait été remarquablement financé par un découpage 1/3 Europe, 1/3 Etat et 1/3 collectivités locales ».
Le SID a ainsi constitué un partenaire et un représentant valable de la reconversion carmausine. L’ intercommunalité a constitué une base de travail. Tant pour fédérer les énergies, concrétiser les projets et soutenir les démarches du Député auprès du pouvoir central tout en accompagnant la fermeture et en faisant émerger les synergies nécessaires à la reconversion.

II ) De la Découverte à Cap’ Découverte : les limites d’ une intercommunalité de projet.
Comme nous l’ avons évoqué précédemment en reprenant les propos de Mr BLAZY, Carmaux a « voulu voir grand ». L’ ampleur d’ un tel projet, même si elle a du être réduite au fur et à mesure, est son principal atout : D’ une part pour stimuler les agitateurs d’ idées et d’ autre part pour « faire parler de soi » dans les Ministères, les grandes entreprises, les médias et les foyers de Midi-Pyrénées. Un tel projet présente cependant une double face : d’ un côté il est le fruit d’ une volonté politique souhaitant renouveler la dynamique carmausine en cherchant à créer le plus rapidement possible une « manne touristique », de l’ autre c’ est une aventure économique fragile nécessitant une pérennisation à moyen-long terme. L’ étude de cette reconversion illustre en plusieurs points le risque de conflit entre les deux logiques. Si un syndicat intercommunal d’ aménagement peut, par une composition mixte d’ élus et de gestionnaires, arriver à garantir une cohérence entre les deux logiques, elle ne constitue pas moins un compromis fragile. D’ où une interrogation sur la réelle capacité d’ une intercommunalité de projet à céder au « syndrome Futuroscope » . C’ est à dire se transformer en maître d’ ouvrage pour mener une action à caractère  touristique au sein du monde économique, sans interférences avec des habitudes plus « politiques ».
A ) Une intercommunalité au service de la rentabilité de Cap’ Découverte
Comme nous l’ avons vu, dès l’ automne 1997, le Comité de Bassin a sélectionné une ligne directrice pour l’ aménagement de la fosse Sainte Marie  dont nous venons d’ étudier les contours et le cheminement jusqu’ à la réalisation finale. Traditionnellement, le quotidien « Les Echos »  rappelle la difficulté pour les collectivités territoriales de trouver le bon calibrage : « Faut-il un équipement d’ intérêt départemental qui vise les 80 000 visiteurs et coûte moins de 15 millions d’ euros ? Un parc régional capable de drainer quelque 200 000 personnes et nécessitant 30 millions d’ euros d’ investissements ? Ou encore un site d’ ambition nationale à  61 voire 76 millions d’ euros de mise initiale ? ». De plus, l’ autre dilemme est de savoir ou positionner le curseur entre le ludique et l’ éducatif. En l’ occurrence, Cap’ découverte se veut un projet intermédiaire sur tous les points. C’ est la conséquence directe de l’ immixtion des élus dans sa définition et son pilotage. En effet, cette « activité touristique intelligente » s’ inscrit dans une terre carmausine qui a été profondément marquée par trois éléments : la mono-industrie minière, l’ histoire et notamment celle du mouvement ouvrier et enfin un intérêt particulier pour la vie politique et syndicale. Créer un parc à thème nécessitait donc une implication des représentants des Carmausins en tant qu’ intermédiaires avec la population. D’ où l’ intercommunalité de projet et la nécessité d’un équilibre entre le ludique et l’ éducatif. Mais il est tout aussi essentiel de définir l’ horizon de cette « logique politique » où les élus locaux arrivent à modeler les projets. En effet, face à la difficile pérennisation d’ un pôle de loisir, l’ intercommunalité de projet doit afficher une mission essentielle : écarter intelligemment les élus locaux des enjeux économiques et de gestion.

1 ) Sports, Mémoire, Spectacles : le projet du premier pôle européen a été largement modelé par les représentants de la population.
L’ ambition affichée est de devenir le « premier espace européen de multiloisirs . Pour ce faire, le « pôle Sport » s’ appuie sur la géographie particulière du site et vise à exploiter au maximum les parois de la fosse Sainte Marie en affichant une thématique autour des sports de glisse. Pour Paul QUILES, « Cap’ Découverte n’ invente rien mais c’ est le seul lieu en Europe où il y a une telle concentration de roule et de glisse ». Proposer 40 activités sportives est en effet indispensable pour la rentabilité économique du lieu qui prévoit une tarification par activité et non par entrée sur le site . Cela représente d’ ailleurs au sein de la campagne de communication entreprise autour du pôle de la dernière « revendication populaire carmausine ». En effet il a été ardemment défendue l’ idée qu’ une ancienne famille de mineurs puisse pouvoir fréquenter ces lieux historiques à moindre coût. Cet accès gratuit est aussi présenté comme une dernière survivance du « socialisme municipal » où les administrés jouissaient de divers avantages en matière tarifaire et d’ intervention publique ( parkings gratuits, services publics facultatifs développés... ). Ensuite, l’ offre du parc prévoit de s’ articuler autour d’ un pôle « Mémoire ». Préserver la mémoire du Carmausin et l’ histoire de sa mine est en effet indispensable dans le cadre d’ un projet de reconversion de site car c’ est la meilleure façon d’ impliquer les anciens mineurs dans l’ opération et de s’ assurer leur soutien. Ce pôle s’ articule notamment autour d’un musée-mine. Créé par 6 mineurs retraités en 1989, le projet de réaménagement de La Découverte a constitué l’occasion de rénover ses 350 mètres de galerie en 2000-2001. Il a bénéficié de 4 millions de francs ( 0,6 millions d’ euros ) de travaux et s’est ainsi enrichit d’ un nouveau parcours d’ exposition grâce au multimédia, des spectacles automatisés et une mise en scène vidéo. L’ un de ses créateurs, Elisée ROUMEGOUX, rappelle le sentiment des mineurs de Carmaux qui « ont vu les puits fermer les uns après les autres et se sont dit qu’ il fallait faire quelquechose pour laisser une trace de ce formidable patrimoine ». L’ intercommunalité s’ est fixé pour objectif de doubler la fréquentation. Les élus ont donc cherché à redéployer le Carmausin en respectant une certaine continuité historique et sociale entre la reconversion de site et l’ identité du bassin. Cela a notamment contribué à ancrer la communication autour de ces symboles. Cela donne aussi des particularités au projet Cap’ Découverte qui devra faire valoir sa singularité dans un environnement fortement concurrentiel.

2) Le paysage français des parcs de loisirs et les particularités de Cap’ Découverte justifient la nécessité d’ adopter une rigueur économique de gestion.
On dénombre aujourd’hui en France une bonne dizaine de parcs à thèmes de dimension nationale, une cinquantaine de parcs régionaux, une dizaine de parcs aquatiques, plus d’ une centaine de parcs botaniques sans oublier un bon millier d’ écomusées. Autant de projets signifient que le marché français est loin d’ avoir atteint sa maturité. En effet,  un Français sur trois va une fois par an dans un parc à thème, contre un Européen sur deux, et trois ressortissants du Bénélux sur quatre . Pour Sylvie FAIJANET, Présidente du Syndicat national des espaces de loisirs, d’ attractions et culturels, on peut légitimement penser que « s’ il n’ y avait pas de potentiel, les investisseurs ne seraient pas assez fous pour retomber dans les tentatives malheureuses de la fin des années 1980, qui ont vu notamment la déconfiture de Mirapolis, à Cergy-Pontoise ». L’ avenir de ce secteur tient à sa diversité. Pour Olivier de BOSREDON, président de Grévin et Compagnie, « La croissance du marché du divertissement familial n’ est pas terminée en France, pays qui se situe à la traîne par rapport à l’ Europe du Nord; les Français sont prêts à payer le prix si on leur propose des produits de qualité ». La principale raison des échecs ou des difficultés des parcs est principalement l’ absence d’ investissements ce qui pousse certains parcs à y consacrer 10 à 12 millions d’ euros par an. « La clé de la rentabilité tient dans la re-visite du parc. Si vous n’ avez pas ponctuellement de nouvelles attractions ou de nouvelles animations, vous êtes fichu ». Aussi, les parcs à thèmes oscillent souvent entre « espoirs et désillusions ». Si ce genre d’ équipement peut apparaître comme une alternative dans certaines régions déshéritées, tout ne se passe pas forcément comme le rêvent les élus. En effet, la prolifération inquiète certains analystes. Pour Jean VIARD , « les parcs à thème connaissent un tassement de fréquentation, voire, pour certains, une régression assez importante, à mesure que les projets se multiplient alors que la solvabilité des Français reste constante ». Sur ce point, la Dépêche du Midi  a dressé un sombre bilan des homologues de Cap’Découverte dans la moitié Sud de la France. Tout d’ abord, la Cité de l’ Espace de Toulouse a subi en 2002 un tassement net de fréquentation, consécutif à la catastrophe d’ AZF . Le Futuroscope, cité en exemple pendant des années, est passé de 3 millions de visiteurs en 1995 à 2 millions en 2001. Enfin, en Aveyron, le parc Micropolis consacré aux insectes a attiré en 2000 près de 105 000 personnes ce qui est en deçà des espérances des organisateurs. Seul le Parc de la Préhistoire en Ariège a réussi à tirer son épingle du jeu en attirant 60 000 visiteurs l’ an passé. La situation financière est en revanche catastrophique pour l’ espace muséographique du Pont du Gard. Aussi, Paul QUILES a beau déclarer que « [Cap’Découverte] n’ est pas un parc d’ attraction, mais un lieu unique en Europe », il n’ en est pas moins confronté aux règles classiques d’ amortissement des investissements. Le Député a déjà été obligé de réviser ses prévision en matière d’ équilibre budgétaire. En 6 mois, il est passé « d’ un équilibre dès 2002 avec 150 000 visiteurs  » à « un équilibre d’ ici 4 à 5 ans ». En effet, le pari de Cap’Découverte apparaît d’ autant plus risqué que l’ entrée du pôle est gratuite et qu’ elle justifie aux yeux du député du Tarn une absence de réinvestissement à moyen terme . Les visiteurs ne payent que pour les activités qui les tentent et la dépense moyenne du visiteur peine à s’ élever. En effet, il est prévu une dépense moyenne de moins de 15 euros ce qui est deux fois moins qu’ à Euro Dysney ( 33 euros ) et surtout 5 euros de moins que la moyenne nationale. Cela place donc le projet carmausin dans un cadre concurrentiel et économiquement fragile, nécessitant une indispensable rigueur en matière de gestion économique.

3) L’ intercommunalité de projet comme garant de la logique économique
Il apparaît difficile que le projet de La Découverte puisse à terme déroger aux règles de fonctionnement et aux stratégies d’ investissement de ses homologues. Aussi, le SID a un rôle essentiel. En effet, les collectivités locales et les élus locaux sont avant tout des gestionnaires et accessoirement des managers. Cela ne remet par en cause leur concours qui est essentiel comme le rappelle Jean-Michel GENETEAU , responsable des services à la FNSEM ( Fédération Nationale des Sociétés d’ Economie Mixte ). « Les sites touristiques thématiques gérés par des personnes publiques constituent des produits touristiques facteurs de développement local et d’ amélioration de la qualité de vie. Comme il faut les porter sur le long terme, le privé n’ y investit pas spontanément. La collectivité finance donc l’ investissement, les infrastructures, impose un cahier des charges avant de passer un contrat d’ affermage avec un opérateur privé ou de rester partie prenante dans l’ organe dirigeant via une SEM ».  Mais malgré ce rôle essentiel, les élus ne tendent pas à rechercher systématiquement une rentabilité directe. Ils sont attirés par la rentabilité induite grâce à la création de flux touristiques et commerciaux supplémentaires qui alimentent l’ économie de leur région. Aussi, en coopérant de façon collective au projet de Cap’Découverte, chaque collectivité du bassin espère tirer en priorité des bénéfices sans trop se soucier du fonctionnement et de la gestion de « l’ aimant touristique . On peut illustrer ce raisonnement en prenant l’ exemple de la reconversion du site de la dynamitière de Blaye grâce à la construction de 160 chalets. Sur cet emplacement où la mine avait ses réserves de dynamite, le SID a su attirer le promoteur Québex Promotion. Guy-Pierre FABRE, Maire de Blaye-les-Mines espère avant tout « un petit plus pour les commerces de Blaye-village : la coiffeuse, l’ épicerie-tabac-journaux et l’ agence postale, qui marche très bien et dont nous demandons le maintien. Ils seront sur le circuit. Il manque un café, cela pourrait susciter des vocations... » . Le Maire voit ensuite une réponse à ses interrogations sur le devenir  des terrains des anciennes houillères qui possédaient 600 hectares sur les 800 que comptent la commune. Aussi le SID doit permettre de dépasser à la fois de tels intérêts individuels et politiques pour imposer des personnels spécialisés dans la gestion ainsi qu’une logique économique qui, seule, peut garantir la pérennité économique du site. Les enjeux intercommunaux sont donc triples dans un projet de reconversion. Il s’ agit tout d’ abord de se fixer un objectif. Carmaux a, à n’ en pas douter, su construire un projet exceptionnel. Il faut ensuite mener à terme sa réalisation et enfin le gérer. Carmaux s’ est engagé, sur ces deux points, respectivement dans une course contre la montre et a pris un pari touristique. Pour atteindre ces objectifs, l’ intercommunalité de projet qui n’ est pas « une entreprise comme les autres » peut constituer un poids supplémentaire pesant sur les capacités d’ action.

B) Les risques supplémentaires des projets associant action politique et économique.
Carmaux a en effet pris deux paris majeurs sur l’ avenir. Le premier est de devenir un pôle touristique majeur au sein de Midi-Pyrénées susceptible de profiter à toutes les communes du bassin. Le second est de gérer la communication autour d’ un suspens entretenu par l’ ouverture retardée au public du site. Retard qui sous-entend pour certains témoins une immixtion de données politiques au sein de la réalisation de Cap’Découverte. Cela appelle donc une interrogation sur la capacité des collectivités locales à mener à bien des projets « pharaoniques ». C’ est cette difficile capacité à diriger un chantier en faisant respecter des délais et en substituant une vision économique à une approche politique des projets qui constitue le point faible des entités intercommunales .

1) le premier pari : créer un pôle touristique rentable avec des flux secondaires vers toute une région
Christophe ROUSSEL, directeur du site de La Découverte, évoque dans une étude réalisée en 1999 par le cabinet KPMG qui prévoyait 170 000 visiteurs par an sur son site. Elle lui semble cependant pessimiste car Albi et Cordes reçoivent déjà 1 million de personnes par an. Les chiffres avancent en 2002 entre 300 000 et 500 000 visiteurs par an . Quoi qu’ il en soit, la priorité en matière touristique est de créer un triangle touristique du Tarn Nord s’ articulant entre Albi, Carmaux et un dernier ensemble formé par le Gaillacois et Cordes-sur-Ciel. Cela tant pour les personnes séjournant dans le Tarn que pour les touristes de passage. En effet, contrairement à ses homologues du grand Sud ( Walibi à côté d’ Agen, Micropolis en Aveyron, la Cité de l’ Espace à Toulouse ou le Parc de l’ Art Préhistorique de Tarascon sur Ariège... ), Cap’Découverte s’ inscrit dans une logique d’ hébergement  à même de produire un déversement touristique autour du pôle carmausin. Cela résulte notamment de l’ intercommunalité qui en est à l’ origine et d’ une logique de développement local axée avant tout sur un bassin et une région à potentiel touristique. Le but est donc que Carmaux serve de point de départ pour une découverte de la région. D’ où, aussi, la construction d’ une vaste « Maison du tourisme » à l’ entrée du site. Cela est en conséquence à l’ origine de plusieurs investissements pour créer des formules d’ hébergement en chalet dans un premier temps et en hôtel dans un second temps. L’ idée est pertinente car la fréquentation des offices de tourisme illustre les potentialités du tourisme local : Albi dépasse les 100 000 visites, Cordes les 70 000 visites puis un groupe formé de Mazamet, Gaillac et Castelnau-de-Montmiral dépasse les 10 000 visites. Cela consacre la place du Tarn qui s’ inscrit traditionnellement dans un circuit touristique principal qui part de Toulouse et remonte vers Albi et Cordes avec des ramifications vers le Sidobre ( Mazamet ) puis le vignoble de Gaillac et ses bastides ( Castelnau-de-Montmiral ). Carmaux, cité industrielle, a toujours été à l’ écart de ces circuits de découverte et doit donc s’ imposer . Sur ce point, les revendications des communes ne constituent pas un poids supplémentaire. En effet, selon le comité départemental du tourisme et malgré des résultats mois par mois très différents d’ années en année, la durée moyenne de séjour varie selon l’ hébergement est en hôtellerie ( 1,7 jours ), en hôtellerie de plein air ( 3,4 jours ) ou en gîte ( plus de 10 jours ). Par une politique d’ entrée gratuite et de paiement par attraction, Cap’ Découverte peut capter deux clientèles inhabituelles pour les parcs d’ attraction en plus des scolaires, des comités d’ entreprise et du tiers de Français qui s’ y rend une journée par an :
- une qui est extrêmement fugitive et qui souhaite passer moins d’ une journée dans un parc. Un droit d’ entrée élevé n’ est pas rentable pour elle compte tenu du temps qu’ elle passe sur le site. Elle est à même d’ être réorientée ou incitée à faire un détour pour continuer sa route.
- l’ autre qui est prête à passer entre 2 et 3 jours dans une région en revenant plusieurs fois dans les lieux qu’ elle apprécie. On peut considérer qu’ un pôle comme Cap’ Découverte, étant donné sa politique tarifaire et ses formules d’ hébergement, peut permettre une alternance entre une utilisation des équipements de la fosse Sainte Marie et la découverte de la région.
De plus, dans ses commentaires sur le tourisme dans le Tarn, l’ Agence Tarnaise de Développement ( AGATE ) rappelle que les hébergements meublés tels que ceux proposés par le village québécois de Blaye sont les formules qui captent globalement le plus de touristes et les retiennent le plus longtemps. La tendance du nombre d’ occupants est à la hausse car elle tend à s’ établir à 8 personnes par meublé en moyenne. Quant à la durée de séjour elle est en allongement ( entre 10,6 et 12,5 jours ). La conciliation de l’ offre d’ hébergement avec cette politique tarifaire doit permettre de capter une clientèle qui n’ est pas forcément celle qui fréquente traditionnellement les parcs thématiques et de la déverser autour du pôle.

2 ) Le second pari : communiquer malgré un chantier interminable
Véritable jeu de questions-réponse entre journalistes et responsables du SID, une analyse de la presse de 2002 prend l’ allure d’ une course contre la montre, voir d’ un « sprint » . En Décembre 2001, l’ hebdomadaire « Tarn Info » titrait encore « Cap’Découverte : ouverture cet été ». Le calendrier général était le suivant :
- juillet 2002 :
- ouverture des activités sportives, des structures d’ accueil du public et de la première tranche des chalets québécois
- ouverture des activités du pôle spectacle : espace grands festivals et théâtre de verdure
-  ouverture du pôle Mémoire : musée de la mine, parc des titans, jardins du jurassique
- printemps 2003 :
- ouverture de l’ auberge pour les sportifs et les scolaires et de l’ hôtel trois étoiles
- saison 2003 :
- ouverture de la Maison de la Musique et de la seconde tranche du     village québécois

Cependant, 3 mois plus tard en mars 2002, le quotidien « La Dépêche du Midi » titrait son cahier départemental avec la question suivante : « Le site de Cap’Découverte ouvrira-t-il à temps ? » . Rappelant l’ effort d’ imagination nécessaire au visiteur observant le ballet des travaux pour se représenter les infrastructures promises, le journal reprenait en guise de réponse les propos de René FRAYSSINET, Maire Carmaux et du Maire de BLAYE mettant le retard sur le compte du mauvais temps et assurant le respect à la lettre du calendrier. Le SID a perçu cette inquiétude et a commencé dès le début d’ année 2002 un travail de communication essentiel. Son principal atout a indubitablement été la conviction de Paul QUILES quant au respect du calendrier. Ingénieur, son optimisme et sa crédibilité mais aussi sa capacité à communiquer ont permis de contrer pendant plusieurs mois les incertitudes dont les journalistes se faisaient l’ écho . Il aura fallu attendre la fin du mois de mai 2002 et le titre de La Dépêche du Midi « Cap’Découverte patauge encore »  pour aborder une première révision du calendrier. « L’ amphithéâtre de verdure encore en friche, les 15000 m² de pentes de ski attendant leur revêtement et l’ eau du lac verdâtre et stagnante » ont ainsi repoussé l’ accueil du premier visiteur d’ un mois. Celui-ci ayant d’ ailleurs peu de chances de profiter des activités aquatiques et du domaine skiable. Reconnaissant un dépassement du budget de 5% et un équilibre reporté à 4 ou 5 ans contre 6 mois auparavant, le retournement de situation a été véritablement reconnu à cette époque-ci. En plus des missions prévues par ses statuts, le SID s’ est vu propulsé en une agence de communication chargée d’ entretenir tant bien que mal l’ espoir de voir le réaménagement aboutir. Tout d’ abord pour démentir certaines idées ( un pompage de la rivière Cérou pour remplir le lac peut expliquer un débit anormalement bas de la rivière... ) susceptible de nuire à l’ image du projet. Ensuite pour entretenir et susciter l’ imagination des habitants du bassin grâce à des visites guidées du chantier réécrivant avec lyrisme l’ histoire d’ une région qui refuse de mourir. Enfin pour arriver à convaincre que même sans ses activités nautiques, le parc pourrait être ouvert en 2002. D’ où aussi une transformation de cette ouverture échelonnée en un suspens entretenu afin de susciter la curiosité. Cependant, la communication croissante et la multiplication des interviews rassurantes du Député ont renforcé chez les Carmausins le sentiment que « Cap’Découverte est un projet porté par les Maires et le Député en association avec les Charbonnages de France». Autrement dit, le citoyen qui juge Cap’Découverte juge en même temps son personnel politique. Or, en « touchant au site », on touche Le symbole historique. Plus que jamais, les élus locaux se savent au pied du mur. En cas d’ échec de Cap’ Découverte , ils savent pertinemment que les citoyens et en particulier les familles des anciens mineurs ne leur pardonneront jamais. Cela ne viendrait qu’ envenimer un sentiment de trahison général. En 2002, Rolande TREMPE , l’ a d’ ailleurs analysé comme un élément qui a favorisé une poussée du vote pour l’ Extrême Droite chez les ouvriers et les employés. Pour les futures intercommunalités de projet qui suivraient le modèle carmausin, il s’ avère donc indispensable de transcender les intérêts politiques au profit de la réussite économique d’ une initiative.

3 ) Les ratées d’ un projet mêlant fortement le volontarisme politique à la nécessité d’ opérer rapidement un retour sur investissement.
Mener une action telle qu’ un parc à thème grâce à l’ action intercommunale est une formule qui plaît aux élus. Ils sont en effet souvent identifiés à un tel projet. Sylvie JOLIVET et Martine ROBERT  prennent l’ exemple du parc d’ exploration scientifique Vulcania consacré à la Terre et surnommé le « Giscardoscope » par ses détracteurs afin d ‘illustrer la forte implication du Président du Conseil régional d’ Auvergne Valéry GISCARD d’ ESTAING dans cette initiative. Seulement, il apparaît légitime de s’ interroger sur le risque de conflit entre un champ d’ intervention d’ ordre économique et une logique de pensée plutôt d’ ordre politique. La reconversion de site sur Carmaux illustre en plusieurs points ces incompatibilités. Elles sous-entendent que, malgré ses divers avantages, l’ intercommunalité de projet est sujette à certaines faiblesses et donc plusieurs améliorations. Tout d’ abord, pour le Maire de Saint Benoît de Carmaux, le retard du chantier est moins lié à des causes techniques ou atmosphériques qu’ à une véritable logique électorale et plus particulièrement à l’ inversion du calendrier électoral de l’ année 2002. En déplaçant les élections législatives en juin 2002 après les élections présidentielles de mai 2002, les enjeux locaux n’ ont plus été les mêmes. L’ annonce d’ une ouverture de Cap’ Découverte en juillet 2002 est venu s’ immiscer dans la campagne électorale. D’ ailleurs, la première phrase de la profession de foi de Paul QUILES pour cette élection évoque « la réalisation et la lancement prochain de Cap’ Découverte » . Pour l’ élu de Saint Benoît, le Député sortant s’ est laissé prendre à son propre piège en ne souhaitant pas rentrer en conflit avec son parti. Il s’ est plié à cette inversion de calendrier alors que si les élections s’ étaient déroulées au mois de mai 2002, le chantier de Cap’Découverte aurait pu s’ étaler dans le temps. L’ ouverture aurait sûrement pu être programmée en 2003 avec toutes les activités de prévues, et des problèmes techniques. La première alerte a eu lieu en juillet 2002 quand un concert du chanteur Joe Cocker a du être annulé trois jours avant la date prévue . La société de production parisienne estimait que « l’ espace grand festival » ne remplissait pas les conditions d’ hygiène (pas d’ arrivée d’ eau ni de sanitaires) et de sécurité suffisantes du fait de « nombreuses galeries creusées par les lapins et d’ un affaissement de terrain bricolé trois jours auparavant en coulant du béton ». Conséquence directe des difficultés pour maîtriser le terrain  et le niveau du lac, la « préouverture » a été

fixé au 10 août 2002  le tout sans ski sur surface artificielle et sans activités nautiques, le niveau du lac étant 10 mètres trop bas. Sur ce dernier point, il est pourtant intéressant de faire un retour 20 ans en arrière et d’ examiner le rapport de la commission d’ enquête d’ utilité publique relative à l’ exploitation par grandes découvertes des stots de Carmaux. Il était en effet normalement prévu de creuser deux fosses dans le bassin Carmausin, dont une, « La Tronquie-Lavoir » aurait abritée un lac à l’ emplacement de l’ entonnoir et se serait ainsi trouvée dans la configuration actuelle de Cap’ Découverte  .La commission avait émis des réserves concernant l’ aménagement d’ un tel « lac » . Un faible renouvellement de l’ eau risquait de transformer cette étendue en une gigantesque masse d’ eau croupissante et il existait un risque de vidange progressive par fuites ou fissures de la roche. Enfin, dans un sol tertiaire à ossature graveleuse faible, des effondrements risquaient de se produire, surtout à la surface du plan d’ eau, sous l’ effet du clapot. La Commission affirmait « qu’il n’ était pas douteux que le lac soit à l’ origine de problèmes difficiles à résoudre ». Elle déconseillait vivement un tel projet car « La dépense qui en résulterait pourrait bien compenser le coût et les risques de l’ aménagement d’ un lac ». 20 ans après, Cap’ Découverte est confrontée à une totale absence de maîtrise du niveau de son lac. En effet, près de 76 000 euros annuels affecté au pompage ont été budgétisés. Bien que la montée naturelle du niveau du lac soit régulière ( 1,2 à 1,5 m ) elle n’ aurait jamais pu permettre une ouverture en 2002. D’ autres problèmes de la même trempe existent tels que le drainage des parrois de la fosse qui créent des difficultés supplémentaires. La piste de ski en a fait les frais en 2002 car elle a été fictime de fissures.  A ces éléments, le Maire de Saint Benoît superpose une fâcheuse tendance à la naïveté des élus. Elle s’ est manifestée dans le cadre de la reconversion de site par une séduction facile et fréquente à propos de projets ambitieux associés à Cap’ Découverte. Il rappelle, en ce qui le concerne, le « coup de bluff » de la Société Générale d’ Entreprise ( SGE, filiale de Vivendi Environnement ) avec son projet de centrale de cogénération . Sous une apparence cohérente ( des coûts intéressants, des entreprises étaient séduites et envisageaient de s’ implanter ), le projet s’ est mis en place très rapidement. Comme nous l’ avons évoqué, ce projet contribuait en plus à moderniser l’ image du Carmausin. Cependant il est progressivement rentré en conflit avec le cahier des charges d’ EDF, s’ est avéré parfois incohérent et les entreprises censées s’implanter pour bénéficier de cette source d’ énergie ont disparus petit à petit. Le « pot aux roses » n’ a vraiment été découvert qu’ au début de l’ année 1999 quand la SGE s’ est contredit à propos d’ un recyclage du verre techniquement aberrant face à des élus anciens verriers. Ce « délire », tel que le caractérise le Maire de Saint Benoît, a été enterré mais il n’ a jamais fait l’ objet d’ une annonce officielle à la presse. Le dernier exemple à peu près similaire concerne les difficultés auxquelles s’ est heurtée la société Québex à propos de la construction des chalets. « Trois chalets achevés aux toits bleus et rouges, deux en constructions recouverts de bâches plastiques transparentes : c’ est ce qui a été réalisé en tout et pour tout en septembre 2002 » commentait La Dépêche . La société québécoise à qui a été déléguée la construction et la gestion de l’ hébergement en chalet s’ est heurté à une faible demande. Elle l’ explique par une offre de location complexe et peu flexible, l’ attente du public de voir le parc véritablement en fonction pour investir et aussi une dégradation prématurée des chalets ( le climat tarnais étant humide, les planches très poreuses absorbent l’ eau et la restituent en séchant en provoquant une déformation et un noirçissement des façades ). Pour faire face à ces désagréments et « partir sur de nouvelles bases », une nouvelle société ( Cap Invest ) a été crée. Son capital est détenu à 50% par une nouvelle société  ( Odalys ) à qui sera confié la gestion de l’ hébergement, le reste à l’ ancien gestionnaire et ses associés.

En conclusion, au risque de crédulité s’ ajoutent les lacunes en matière de gestion ou d’ expertise technique. A cela s’ ajoutent les rivalités potentielles pour profiter des retombées d’ un pôle majeur et les effets d’ annonce à caractère politique. On pourrait être tenté de rejeter la formule de la maîtrise d’ ouvrage intercommunale au profit de la société d’ économie mixte. Pourtant, la formule carmausine présente une réelle capacité d’ action. Il faudrait arriver à moduler cette influence des élus locaux, savoir les entendre pour dessiner les contours d’ un projet mais également savoir jongler de façon cohérente entre les éléments qui sont ceux de l’ action politique et ceux qui sont de l’ ordre de la gestion économique. Cette capacité à moduler les partenariats peut être recherchée au travers de l’ expérience locale en matière de réindustrialisation.

– CHAPITRE 3 -
L’ INDUSTRIE EN ACTION GRACE A LA MODULATION DE LA DYNAMIQUE INTERCOMMUNALE

Les dynamiques intercommunales au sein de l’ Agence de Développement Industriel de la Région Albi-Carmaux ( l’ ADIRAC ) sont un exemple des enjeux mais aussi des difficultés de moduler les partenariats entre acteurs politiques et économiques. C’ est le résultat escompté de l’ action qui doit déterminer la forme de cette dernière afin de maximiser les chances d’ obtenir le résultat escompté. Ici, il s’ agit de retisser un tissu dynamique et pérennisé de petites et moyennes entreprises sur le Carmausin en mettant en valeur les atouts d’ un bassin élargi à l’ aire « Albi - Carmaux - Toulouse ».

I) Un système « d’ Agence » pour le redéploiement économique local.
Pour reconvertir un bassin industriel comme celui de Carmaux il est nécessaire de procéder par plusieurs étapes. Cependant, la réindustrialisation en est une d’ assez particulière puisqu’ elle regroupe à la fois plusieurs éléments:
-  Economiques avec la recherche et l’ aide à l’ implantation de nouvelles entreprises dans un ancien bassin mono-industriel.
- Politiques avec la création de dynamiques intercommunales adaptées mais aussi la capacité à animer une vie locale sans les Houillères ( culture, loisirs, commerces, services publics facultatif