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LES DYNAMIQUES
INTERCOMMUNALES DANS LA RECONVERSION DU
BASSIN HOUILLER DE CARMAUX |
Mémoire
de recherche - Sciences Po Bordeaux - mai 2003
étudiant : Matthieu MARION direction : Jean DUMAS,
Professeur de géographie à l' IEP
La page qui suit reprend
le corps du Mémoire de recherche, sans les annotation infra-paginales, sans les
schémas et sans les annexes. Les personnes s'avérant intéressées par le mémoire
dans son ensemble doivent prendre contact avec l'auteur.
SOMMAIRE
INTRODUCTION « Quand il faut tourner la page... »
CHAPITRE 1La reconversion du Carmausin : de la dispersion au projet
commun
I ) Un Comité de Bassin : pourquoi ?
A ) Les difficultés de la programmation locale et les enjeux du
redéploiement carmausin.
1 ) La mobilisation tardive et l’ émiettement des initiatives impulsées
par les élus locaux.
2 ) La multiplicité des organismes de développement et des structures
intercommunales.
B ) De l’ emploi à l’ aménagement du territoire : le Comité de Bassin
constitue une structure polyvalente et adaptée à la conjugaison de plusieurs
actions.
1 ) « L’ effet loupe » du Comité de Bassin.
2 ) Autour du Député est née une logique de consensus entre les acteurs
II ) La fragilité des liens au sein du tissu intercommunal
A ) Les stratégies du Comité de Bassin d’ Emploi.
1 ) Impliquer les collectivités locales en tant que maîtres d’ ouvrage .
2 ) Développer des partenariats optimisant financièrement et
techniquement la reconversion.
3 ) Apporter la crédibilité nécessaire à une action de grande ampleur.
B ) Quel avenir pour le Comité de Bassin ?
1 ) Les dangers de « l’ impossible ubiquité du député ».
2 ) Des relais pour une flexibilité des missions du Comité de Bassin.
CHAPITRE 2 : Une
reconversion de site mêlant actions économiques et politiques
I ) Les potentialités d’ une intercommunalité de projet.
A ) La naissance d’ une idée collective.
1 ) Un cratère lunaire dans un écrin de verdure.
2 ) Des élus aux revendications précises afin de « tourner la page du
charbon ».
3 ) « Tous à vos mines » où l’ illustration du Comité de Bassin en tant
qu’ agitateur d’ idées.
B ) Un projet brillament porté par la dynamique intercommunale.
1 ) Le SID, maître d’ ouvrage.
2 ) Le SID, clef du consenssus politique carmausin.
3 ) Le SID, interlocuteur du pouvoir central et partenaire économique
crédible.
II ) De la Découverte à Cap’Découverte : les limites d’ une
intercommunalité de projet.
A ) Une intercommunalité au service de la rentabilité de Cap’ Découverte.
1 ) Sports, Mémoire, Spectacles : un projet modelé par les représentants
de la population.
2 ) Le paysage français des parcs de loisir et les particularités de Cap’
Découverte justifient la nécessité d’ adopter une rigueur économique et de
gestion.
3 ) L’ intercommunalité de projet comme garant de la logique économique
B ) Les risques supplémentaires des projets associant action politique et
économique
1 ) Le premier pari : créer un pôle touristique rentable avec des flux
secondaires vers toute une région
2 ) Le second pari : communiquer malgré un chantier interminable
3 ) Les ratées d’ un projet mêlant fortement le volontarisme politique à
la nécessité d’ opérer rapidement un retour sur investissement
CHAPITRE 3 : L’
industrie en action grâce à la modulation de la dynamique intercommunale
I ) Un système « d’
Agence » pour le redéploiement économique local.
A) Des enjeux justifiant l’ association communes - Houillères .
1) La nécessaire revalorisation du territoire.
2 ) Repenser l’ action publique et économique après la mono-industrie.
3 ) Une Agence pour mobiliser les Houillères et les communes
B) L’ ADIRAC : le partenariat communes-entreprises-Houillères au service
du redéploiement industriel.
1) Travailler l’ image du « grand bassin » pour attirer les industriels
et responsabiliser les élus locaux.
2 ) Les soutiens financiers constituent le « nerf de la guerre ».
3) Une dynamique de réindustrialisation entretenue l’ abri des circuits
administratifs et municipaux traditionnels.
II ) Des capacités d’ action à améliorer grâce à la modulation du
partenariat communes - Houillères - PME.
A) L’ illusion d’ un relais en provenance des communes du bassin.
1) Une relation entre communes - ADIRAC marquée par les ambiguïtés et les
promesses non-tenues.
2) La dispersion communale : une source de retard et d’ incohérences
territoriales pour réaliser « Le Grand Bassin ».
B) Réindustrialiser efficacement nécessite une modulation des dynamiques
intercommunales au grès de l’ action économique.
1) L’ impuissance des partenaires de l’ industrialisation face à la
logique bancaire.
2) Le cycle de vie des entreprises l’ efficacité variable des acteurs de
l’ industrialisation
CHAPITRE 4 : La
difficile capitalisation des atouts de l’ intercommunalité de projet pour agir
en faveur de l’ emploi
I ) Le saisissement de
la réalité sociale comme fondement de « l’ intercommunalité de projet social »
.
A ) La définition
progressive de stratégies d’ action au sein d’ un marché du travail
critique.
1 ) La révélation tardive d’ une zone d’ emploi sinistrée.
2 ) Un bassin d’ activité déstructuré et une culture à reconstruire.
3) Les enjeux sociaux et les priorités d’ action face au chômage.
B) Vers la création d’
un système local d’ insertion
1 ) La nécessaire création de ressources économiques et relationnelles.
2) La construction d’ un projet de territoire.
3) Le Plan Local d’ Insertion par l’ Emploi en tant que dynamique
intercommunale de projet social
II ) L’ obstacle immuable des problématiques territoriales dans la définition
d’ une intercommunalité de projet.
A) La conjugaison des points forts de la dynamique intercommunale
1) La concertation dans l’ élaboration et dans l’ action garante d’ une
limitation du conflit économique / politique
2 ) Vers une modulation de l’ action des collectivités
territoriales au sein du PLIE
B ) Le PLIE rappelle la fragilité d’ une intercommunalité de projet
adossée à un bassin géographiquement et socialement marqué.
1 ) L’ intercommunalité de projet social victime d’ une problématique
territoriale persistante.
2) Les élus locaux apparaissent comme la clef de voûte des capacités d’ action
d’ une intercommunalité de projet.
CONCLUSION« S’il te
plaît, dessine-moi une intercommunalité de projet »
INTRODUCTION
« Quand il faut tourner la page... »
Le lundi 8 juillet
1991, les mineurs de Carmaux descendent vers Albi, version locale du parcours
syndical Nation-République. La décision était dans l’ air depuis la veille du
week-end. Le 22 juin, Charbonnages de France venait d’ annoncer 344
suppressions d’ emplois sur 600 et une production annuelle de 200 000 tonnes,
moitié moins que la quantité prévue par le plan initial. Ces mesures étant
censées réaliser 1,4 milliard d’ économie . Les ouvriers qualifiés avaient été
réquisitionnés, les chalumeaux, les cisailles et les croisillons de fer aussi.
Sur la route d’ Albi, les bulldozers ont fait leur travail guère plus nerveux
qu’ un pare-brise qui écrase un moustique : les mineurs ont repris le chemin de
Carmaux en laissant sur la nationale les carcasses de cinq cars de C.R.S. .
Evoquer une telle manifestation n’ est pas anodin car elle symbolise sûrement
la dernière page de l’ histoire du charbon à Carmaux. La dernière page d’ un
livre qu’ on a fermé pour se replonger dans un second où tout reste à écrire.
Dans le bassin
carmausin, l'exploitation du charbon remonte au XIIème siècle . Découvert sur
les bords du Cérou, une petite rivière traversant Carmaux, il est d'abord
recherché par les laboureurs propriétaires du sol. A la fin du XVIIème siècle,
la noblesse et les groupements de propriétaires se réservent les exploitations,
ce qui favorise l'évolution des techniques d'extraction. Au XVIIIème siècle, l'emploi
du charbon se généralise en Europe, et il apparaît indispensable au
Gouvernement de réformer le droit minier pour éviter l’ exploitation
anarchique. Ainsi, l'arrêt de 1744 définit des règles afin de limiter les abus.
Il réaffirme l'entière propriété du Roi sur le sous-sol français, ainsi que les
devoirs des exploitants envers la sécurité et les conditions de travail des
charbonniers. En 1752, le Conseil du Roi accorde, pour une durée de vingt ans,
une concession, prorogée par la suite à deux reprises, au Chevalier Gabriel de
SOLAGES : celui-ci peut alors extraire et vendre le charbon de Carmaux sans
craindre la concurrence. En 1810, toute concession devient une propriété
perpétuelle, disponible et transmissible. Cela permet au fils du Chevalier,
François-Gabriel de fonder alors une société en nom collectif, « l'Entreprise
des Mines et de la Verrerie de Carmaux, de SOLAGES, père et fils ». A cette
époque, les mineurs sont une centaine, dont la moitié travaille au fond. De
1822 à 1832, en raison de la demande des fonderies, le nombre de mineurs
augmente de 189 à 270 personnes. Le chemin de fer reliant Carmaux à Albi et des
agrandissements successifs font que les effectifs augmentent rapidement : il y
a 2 000 mineurs en 1880 et presque 3 500 en 1900, pour une population de 11 000
âmes. La production atteint les 500 000 tonnes. Le XIXe siècle, avec la
révolution industrielle, voient en France la naissance des mouvements
revendicatifs
( réduction du temps de travail, hausse des salaires, droit à la sécurité, et
aux assurances sociales ). La grève des mineurs carmausins de 1892 a une
large répercussion nationale. Pour la première fois, un Maire socialiste est
élu à Carmaux, Jean-Baptiste CALVIGNAC. Malgré l'opposition de la compagnie, il
pourra exercer son mandat. Par ailleurs trois associations syndicales voient le
jour entre 1883 et 1914. Les deux conflits mondiaux entraînent la croissance
des besoins en charbon mais aussi des pertes humaines, ces dernières étant
compensées par l'arrivée de mineurs étrangers. Au sortir de la deuxième guerre
mondiale, la France doit se reconstruire, elle engage la "bataille du
charbon" pour produire davantage. La mine réquisitionnée échappe à la
famille de SOLAGES pour devenir la concession des Houillères de Carmaux. Après
la nationalisation des houillères en 1946, les mines carmausines intègrent les
« Houillères du Bassin d'Aquitaine » ( HBA ), puis, en 1969, les « Houillères
de Bassin du Centre et du Midi » ( HBCM ). De plus, le premier plan établi par
Jean MONNET (1946-1952) met Carmaux sur la voie de l'apogée de sa production
charbonnière. Mais en 1958, la politique énergétique française est reconsidérée
du fait de la compétitivité des charbons d'importation et de celle d'autres
sources d’énergie, comme le gaz naturel et surtout le pétrole. Le marché du
charbon diminue, l'équipement hydroélectrique se développe, ses débouchés
traditionnels dans les transports et les industries disparaissent. Déjà, il y a
plusieurs décennies que le charbon français représente moins du dixième de nos
besoins énergétiques. En 1978, cette source d’ énergie n’ en a même pas couvert
7% et le bassin houiller du Centre-Midi, dont dépendent les Houillères d’
Aquitaine, n’ en a couvert que 1,5% environ . Il a fallu importer du charbon
étranger : anglais, belge, allemand puis polonais, américain et même africain.
Le déclin du secteur charbonnier à Carmaux sera progressif mais inéluctable,
entraînant la fermeture des puits. Pour redonner un avenir au charbon, le
projet d'une extraction à ciel ouvert est lancé en 1975. Celle-ci ne se
réalisera effectivement qu’ à partir de 1984. D’ ailleurs en 1991, l’
hebdomadaire « le Nouvel Observateur » n’ hésitait pas à décrire ainsi le
bassin : « Un trou en forme d’ entonnoir aux parois d’ argile, de schistes et
de grès, avec au fond du charbon... c’ est Carmaux ! Un trou d’ anthologie
minière et budgétaire ». En effet, les années 1990 ont vu la tonne de charbon
produite à Carmaux revenir pratiquement au double du prix du marché mondial car
les coûts d’ enlèvement des terres avant d’ arriver au charbon ont rapidement
été multipliés par deux ( soit 183 millions d’ euros ). Aussi, après des plans
sociaux ( 344 suppressions d’ emplois sur 629 ), des révisions du projet
(abandon du projet de seconde fosse à La Tronquié et diminution de la
production annuelle de 50% à 200 000 tonnes ) et des projections à 15 ans
prévoyant des pertes avoisinant les 4 milliards de francs , l’ exploitation de
la mine à ciel ouvert de Carmaux s’ est définitivement interrompue en 1997. Le
3 mars, les Houillères ont sollicité l’ autorisation de renoncer aux permis d’
exploitation de mines et l’ extraction s’ est officiellement arrêtée le 30
juin. Cependant, par le mécanisme de fin de chantier, les pelles mécaniques ont
continué à extraire du charbon pandant encore un an. Les communes ouvrières de
l’ agglomération ont perdu plus de 10 000 habitants et 6000 emplois au cours
des 30 dernières années du XXème siècle. Cette double hémorragie a profondément
transformé le bassin carmausin en un territoire vieillissant, en pleine
désintégration économique et sociale, où le chômage culmine à des sommets
comparables à ceux des bassins sidérurgiques et miniers du Nord ou de l’ Est de
la France. L’ exclusion sociale et professionnelle alimentant une atonie
généralisée au gré du processus de déisndustrialisation. Les jeunes et les
femmes ont été les plus touchés et les mécaniques de solidarité qui
faisaient hier la cohésion sociale du Carmausin ont été reléguées aux
souvenirs.
A la fin du XXème
siècle , le Carmausin porte toujours en lui les vestiges de ce passé. L’ action
publique est indissociable d’ une « passivité jacobine ». Cette attitude est
liée à la dépendance à l’ égard de l’ Etat qui a développé une culture locale
d’ accoutumance à la manne séculaire dispensée par la mine. Cette passivité est
doublée d’ un certain égoïsme local par rapport à l’ environnement
départemental. Ces éléments sont indispensables pour comprendre les enjeux de
la reconversion qui a révélé tout au long des années 1980 et 1990 l’ incapacité
de l’ Etat à mettre en oeuvre sa propre politique de décentralisation et à
impulser « par le haut » le redéploiement économique et social. Aussi, les
tentatives menées par les collectivités locales afin de mener une reconversion
depuis le bassin ont été le fruit de cette tradition jusqu’ en 1995, mêlant :
- la dispersion des initiatives entreprises par les communes
- l’ absence de « vision élargie » du Carmausin vers le Ségala rural au Nord ou
le pôle tertiaire Albigeois au Sud
- les rivalités inhérentes au bassin du fait d’ inégales capacités financières,
de la division socialistes/communistes, ruraux/urbains, Albigeois/Carmausins ou
bien d’ un poids démographique différent.
De telles initiatives
sont condamnées à rester stériles car une reconversion comprend plusieurs
fronts. Pour la mener, il faut tout d’ abord accepter de tourner la page et
admettre définitivement que « le charbon de repartira pas ». C’ est d’ ailleurs
le principal obstacle à surmonter, si tant est qu’ il puisse l’ être un jour
chez ceux qui ont connu la mine. Ensuite, reconvertir un bassin est, nous le
verrons, la prise en compte d’ éléments aussi divers que la géographie, l’
histoire, l’ image, le dynamisme lié aux politiques publiques, le potentiel
économique ou encore le sentiment de sa population. L’ atout carmausin a été l’
élection en 1993 d’ un Député qui a pu faire le lien entre les volontés locales
et les décisions nationales. Terres historiques du socialisme, ancienne
circonscription de Jean JAURES, la 1ère circonscription du Tarn a élu l’ ancien
Ministre Paul QUILES . Sa profession de foi affichait déjà à l’ époque une
volonté d’ agir en rappelant qu’il « avait demandé à Charbonnages de France d’
engager des études sur la reconversion future du site charbonnier de la
Découverte. Ces études qui seraient soumises aux élus et à la population. Bien
évidemment, le site ne serait jamais transformé en décharge ». En guise d’
impulseur, Carmaux a donc su choisir une personnalité ayant « ses entrées »
auprès des Ministères. Il ne restait plus qu’ à définir une stratégie d’ action
à même de fédérer les énergies : le nouveau Député adopta la dynamique
intercommunale.
Traditionnellement, un
conseil communal n’ est rien d’ autre que l’ instrument que se donne une communauté
de citoyens pour agir. S’ il y a un socle de missions intangibles, la commune
est contrainte, par nature, de s’ adapter aux exigences de cette communauté qui
varient avec le temps. La commune et ses habitants font eux-mêmes partie de
communautés plus vaste comme le département, la région et l’ Etat. Au fil des
politiques de décentralisation, les missions ont évolué et les responsabilités
politiques des élus se sont complexifiées. Aussi, pour fédérer les élus locaux
autour d’ un projet de reconversion à une échelle intermédiaire entre la
commune et le département, il a fallu bâtir une architecture originale grâce au
système des établissements publics de coopération
intercommunale ( EPCI ). Une fois
passées du papier à la réalité, ces structures constituent des agences de
développement puissantes dotées de spécialistes pointus. Mais, si l’
intercommunalité est désormais un fait social, économique et politique
incontournable dans l’ Ouest, le Nord et l’ Est de la France, en Midi-Pyrénées
le mouvement a été plus récent et inégalement réparti. De plus, créer cette
dynamique au sein d’ un ancien bassin houiller ne fait que cumuler les
difficultés. Certains observateurs ont en effet comparé les dynamiques
territoriales du Tarn Nord-Est à « la tectonique des plaques » décrite par
WEGENER. Les ensembles territoriaux ( Carmausin, Ségala et Albigeois ) ont une
fâcheuse propension à s’ éloigner les uns des autres. C’ est ce qu’ illustre un
aperçu sur les aires de chalandise et le bassin de vie quotidien des Carmausins
. Celles-ci sont complètement orientées vers le Nord et quasi-déconnectées de
l’ Albigeois au Sud. Nous reviendrons à plusieurs occasions sur les phénomènes
identitaires propres au bassin. La meilleures façon de l’ illustrer est de
rappeler un dicton que prononcent encore bon nombre de grands-parents albigeois
: « Socialiste Carmausin, tout pour moi, rien pour le voisin ». On mesure
ainsi d’ autant plus le chemin à parcourir pour arriver à créer des synergie
dans un tel climat.
Aussi, cette présentation
appelle les interrogations suivantes : comment des architectures
intercommunales se sont-elles mises en place sur le Carmausin pour oeuvrer en
faveur de la reconversion ? Cela suggère une analyse au sujet de leur
fonctionnement et des capacités d’ action de ces organismes : association
d’ élus ou véritable maîtres d’ oeuvres ? Vitrine politique ou semi-entreprise
? Lobby ou acteur du développement ? Il serait alors intéressant d’ élargir le
cas carmausin à une réflexion plus globale sur l’ intercommunalité de projet en
se demandant s’ il existe vraiment un modèle en la matière .
Pour répondre à ces
questions et ainsi mener une réflexion à propos de l’ intercommunalité de
projet s’ inscrivant dans un ancien bassin d’ activité mono-industriel, nous
étudierons le cas carmausin à travers les quatre volets majeurs de sa
reconversion :
1. La définition d’ un projet global fédérateur par le Comité de Bassin.2. Le
réaménagement de l’ ancienne mine à ciel ouvert de la fosse Sainte Maire par le
Syndicat Intercommunal de la Découverte.3. La ré-industrialisation par l’
Agence de Développement Industriel de la Région Albi Carmaux.4. L’ action en
faveur de l’ emploi.
Nous tenterons ainsi de
démontrer qu’ il peut exister un cheminement vers un équilibre entre les
identités territoriales et les modalités de l’ action. Une architecture
intercommunale peut prétendre capitaliser un maximum d’ éléments qui lui
permettront de concrétiser l’ action pour laquelle elle a été crée.
– CHAPITRE 1 —
LA RECONVERSION DU CARMAUSIN
DE LA DISPERSION AU PROJET COMMUN
La formule est connue
de tous : « l’ union fait la force ». Pourtant, rien ne prédisposait le
Carmausin à connaître une logique partenariale entre ses communes et encore
moins à devenir, à l’ aube du IIIème millénaire, un pôle touristique et
technologique. Le Comité de Bassin constitue une structure intercommunale d’
opportunité. C’ est à dire qu’ elle est là avant tout pour fédérer et
constituer le « bras institutionnel » du Député Paul QUILES. Elle est donc une matrice
car elle constitue « l’ agitateur d’ idées » de la reconversion, structure à l’
origine d’ autres structures. Elle est aussi un produit puisqu’ elle est là
pour fédérer les énergies et crédibiliser la reconversion. Mais une structure
pour un Homme et un Homme pour une structure tendent à tisser des liens
fragiles qui font que le Carmausin n’ a plus droit à l’ erreur.
I ) Un Comité de Bassin
: pourquoi ?
Ce titre s’ inspire de la manchette de la plaquette de présentation du Comité
de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn ( CBENT ) qui était parue quelques semaines
à peine après sa création . Cette structure innovante devait s’ imposer par la
suite comme un formidable agitateur d’ idées. Elle a été le moteur du
développement d’un bassin carmausin économiquement sinistré par la fermeture
des Houillères et a permis de concrétiser et financer les ambitions du Député.
C’ est d’ ailleurs ce même titre qu’ a repris cinq ans après ce dernier pour
introduire le premier bilan de l’ action menée par cette structure . Alors
pourquoi un Comité de Bassin ? Les réponses sont multiples et trouvent leurs
origines dans une donnée fondamentale : les enjeux d’ une reconversion sont
multiples. Ils ne peuvent être véritablement saisis et réalisés que dans le
cadre d’ une structure qui fédère les énergies. La principale tendance à
combattre est en effet l’ émiettement des projets associé à la passivité de l’
action publique. Cette attitude est le fruit des identités fortes et de l’
omniprésence de la mono-industrie qui ont caractérisé le bassin pendant des
dizaines d’ années. Créés par le Ministère du Travail en 1982 avec comme
objectif le développement de l’ emploi grâce au dialogue entre les acteurs
socio-économiques et les élus, 130 Comités de Bassin sont apparus en France. C’
est dire la vitalité d’ une telle institution, génératrice de dynamiques
intercommunales pour surmonter les multiples enjeux de la reconversion.
A ) Les difficultés de
la programmation locale et les enjeux du redéploiement carmausin.
En travaillant sur la notion de « territoire » , Bertrand RACINE a
établit un certain nombre de traits communs au Carmausin. Parmi ceux-ci, il
développe sa vision d’ un « territoire en miettes ». Cela se vérifie plus
particulièrement quand il évoque l’ action publique. Cet émiettement constitue
en fait les fondations du Comité de Bassin car Paul QUILES est le premier à
reconnaître que la principale motivation qui l’ a poussé à agir dès le milieu
des années 1990 a été l’ inefficacité du tissu politique local. Passif et
éclaté, ces dysfonctionnements s’ expliquent et l’ attitude des élus n’ est que
le résultat de l’ histoire du bassin.
1) La mobilisation
tardive et l’ émiettement des initiatives impulsées par les élus locaux.
Un bassin minier se démarque économiquement, sociologiquement et politiquement
à l’ égard d’ autres espaces. En l’ occurrence, l’ omniprésence des Houillères
et de l’ Etat-providence s’ est longtemps traduite par un manque d’ autonomie,
de dynamisme et de solidarité des élus. Or, dans ses travaux, Bertrand RACINE
développe sa thèse du « territoire Carmausin oublié de la décentralisation ».
Jamais impliqués à propos des mutations énergétiques ( abandon du charbon au
profit du nucléaire ), élus au sein d’ une région qui n’ arrivait qu’ au
seizième rang pour les investissements de l’ Etat inscrits au quatrième Plan,
il a fallu attendre la fermeture de la mine pour voir la politique d’
aménagement du territoire produire des effets dans le Carmausin. A partir de
1984, le fait d’ avoir confié la mission au Commissaire de la République de
coordonner les actions de l’ Etat, des Houillères et des collectivités
territoriales au sein du « pôle de reconversion d’ Albi-Carmaux » ( aide et
modernisation des entreprises, emploi et formation ) n’ a fait qu’ accentuer la
culture centralisatrice du bassin houiller. Aussi, las d’ attendre des
dynamiques décentralisatrices, les élus carmausins se sont efforcés de combler
le retard et de s’ approprier un processus de développement qui leur échappait.
Paradoxalement, ces mêmes élus sont les premiers à souligner la dispersion et
l’ éclatement des actions. Elles sont une source de concurrence municipale et
de blocage des projets. De plus, à cet émiettement s’ ajoute une participation
extrêmement timorée de la population. Après les dernières mobilisations des
mineurs contre la fermeture de la mine en 1993, le Carmausin est revenu au
stade de la « démocratie-délégation », la population s’ exprimant uniquement
par le vote en attendant des élus locaux qu’ ils prennent des décisions. Cet état
de fait est caractéristique d’ un bassin houiller où les associations ne sont
pas en mesure de prendre le relais des syndicats des mineurs. En effet, ces
structures jouaient un rôle d’ intermédiaire entre les citoyens et les élus.
Les syndicats ont vu leur influence réduite au gré des reclassements satisfaits
et des revendications entendues au sein du pacte charbonnier. Mais la
multiplication des acteurs de la reconversion a elle aussi contribué à cette
dispersion.
2 ) La multiplicité des
organismes de développement et des structures intercommunales.
Paradoxalement, à l’ omniprésence des Houillères sur la vie quotidienne des
mineurs de fond et à son influence sur l’ animation de la vie locale a succédé
une prolifération d’ organismes. Cette multiplication des acteurs de la
reconversion, à la fois concurrents et complémentaires, a favorisé la
dispersion de l’ attention des élus ainsi qu’ une inflation d’ études. Le tout
sans générer une démarche fédératrice ou permettre de définir une logique de
projet commun. Il en est ainsi des six organismes intégrés comme maîtres
d’ ouvrage au sein du projet de redéploiement économique du Carmausin. C’ est
le Comité de Bassin, nous allons le voir plus loin, qui a dû jouer un rôle
fédérateur pour conjuguer les capacités d’ action :
- de l’ Agence pour le Développement Industriel de la Région Albi-Carmaux (
ADIRAC )- de la Direction Régionale de l’ Industrie, de la Recherche et de l’
Environnement ( DRIRE )- de la Direction Départementale de l’ Equipement ( DDE
)- de l’ Agence pour l’ Aménagement du Tarn Economique ( AGATE )- de la société
d’ économie mixte du Tarn ( SEM 81 )- du Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du
Tarn
A ce premier groupe de partenaires s’ est ajouté un nombre croissant de
structures intercommunales . Ceci a entraîné une illisibilité pour le citoyen
et les élus, le tout dans un contexte caractérisé par la disparition de la
mine, la fin de l’ Etat-Providence, la construction européenne, l’ émergence de
la région et la décentralisation. Ainsi, malgré l’ image d’ imbrication de «
poupées russes », le principe de subsidiarité est complexe. D’ autant plus dans
un contexte de prolifération de structures et non de clarification. On note
deux structures majeures en la matière avant la création du Comité de Bassin:
- l’ Association de pays du Ségala-Tarnais s’ est constituée en 1982,
regroupant elle-même 2 communautés de communes ( le Ségala Carmausin et
Val 81 autour de Valence d’ Albi ) et régie par une charte intercommunale
depuis 1985 ( la Charte 85 ) à laquelle toutes les communes n’ ont pas
nécessairement adhéré )
- le district urbain de Carmaux créé en 1964 avec Saint-Benoît de Carmaux
et Blaye-les-Mines. Ceci leur interdit de participer à la Communauté de
communes du Ségala Carmausin car la loi ne permet pas à une commune de relever
de deux intercommunalités à fiscalité propre.
Le dynamisme apparent de ces deux groupements dissimule en fait des faiblesses
structurelles liées à l’ émiettement et une différence d’ approche entre ruraux
et urbains. De par des besoins réels en matière de gestion de l’ eau, de l’
environnement et de transports scolaires, le démarche intercommunale du Ségala
apparaît mieux ancrée par rapport à celle du Carmausin. De plus, un sentiment
identitaire fort chez les habitants des communes carmausines a longtemps
contribué à la dispersion et à la divergence des ambitions ou des stratégies.
D’ ailleurs, l’ intercommunalité a souvent été associée à un saupoudrage
stérile. Le quotidien La Dépêche du Midi rapportait en 1989 de telles conceptions
en rappelant que « si se fiancer est une chose, se marier en est une autre.
Aussi, il faut garder l’ autonomie des communes »
B ) De l’ emploi
à l’ aménagement du territoire : le Comité de Bassin constitue une structure
polyvalente et adaptée à la conjugaison de plusieurs actions.
L’ année 1995 est une année-clef. Elle constitue un tournant dans la perception
des potentialités du Carmausin aux yeux des acteurs du développement local. En
effet, les derniers espoirs relatifs au « redémarrage du charbon » se sont
envolés dès que les Houillères ont annoncé l’ arrêt définitif de l’
exploitation à ciel ouvert dans un délai de deux ans. C’ est bien entendu le
drame humain lié aux suppressions d’ emplois qui a dans un premier temps servi
de catalyseur à la mobilisation des collectivités locales. Mais, et ce sera un
élément essentiel tout au long de notre étude, cette volonté de se regrouper a
été entretenu par la diversité des champs que recoupe la reconversion d’ un
bassin mono-industriel. En effet, à l’ emploi sont liées autant de données
telles que l’ enclavement géographique, la difficulté des élus à animer leur
territoire et à s’ associer autour d’ intercommunalités de projets. A cela doit
s’ ajouter un redéploiement industriel organisé en partenariat entre les
communes et les Houillères qui n’ a véritablement pris de l’ importance qu’ au
fur et à mesure que la mine perdait son hégémonie. Ces phénomènes se sont
conjugués pour contribuer à l’ émergence dans un premier temps du Comité de
Bassin et dans un second temps à la définition d’ objectifs précis et variés en
matière de redéploiement économique.
1) « L’ effet loupe »
du Comité de Bassin.
Paul QUILES ouvrait son éditorial de la première lettre d’ information du
Comité de Bassin en rappelant « le drame national qu’ avait et continuait
de constituer le chômage ». Pas étonnant, donc, que l’ emploi apparaisse comme
la préoccupation majeure de tous les acteurs économiques d’ un Carmausin
traumatisé par l’ abandon de l’ exploitation charbonnière. Par le terme d’ «
acteur » on regroupe les pouvoirs publics, les responsables locaux, les élus,
les chefs d’ entreprises et les syndicalistes. Aussi, dans un arrêté du 9
novembre 1994, le Préfet de département du Tarn a reconnu l’ existence du
Comité de Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn et fixé ses limites géographiques.
Cependant, un tel territoire qui s’ étend sur seize cantons et deux
communes reflète moins une réalité économique, sociale et géographique
qu’ une conjugaison d’ opportunités dans la valorisation d’ une zone en
difficulté. Le Nord du Tarn avec ses trois pôles économiques que sont le
Gaillacois ( secteur primaire avec la viticulture et un tissu industriel
dynamisé par l’ agglomération toulousaine ), l’ Albigeois ( majoritairement
tertiaire ) et le Carmausin (mono-industriel sinistré) ne peut être
analysé comme une triptyque économique présentant un tissu industriel et
des handicaps uniformes. Au contraire, les échanges entre les trois pôles sont
inégaux et Albi constitue un aimant vers lequel sont d’ une part organisées les
migrations pendulaires quotidiennes et au sein duquel sont d’ autre part
concentrées les énergies. S’ il y a bien une chose qui est au coeur de cette
logique de bassin d’ emploi, c’ est la recherche prioritaire d’ une « péréquation»
entre une commune économiquement en difficulté ( Carmaux ) et d’autres qui
peuvent lui apporter une dynamique (Albi en particulier). En effet, et nous
reprendrons ici les propos tenus par le Maire du Garric : « le meilleur atout
de Carmaux c’ est Albi ». Dans la présentation du bassin effectuée par
Jean-Bernard BLAZY , ce sont les équipements de l’ Albigeois qui sont mis en
avant afin de donner une image moderne du bassin Carmausin. C’ est notamment le
cas en matière éducative ( délocalisation de l’ Ecole des Mines en 1993, pôle
universitaire pluridisciplinaire, classes préparatoires aux grandes écoles,
pôle technologique du lycée technique Rascol...) et touristique. Cet « effet
loupe » correspond donc au fait de prendre appui sur le maximum de ressources
disponibles au sein du Tarn Nord pour les mettre au service de la
revalorisation du Carmausin. Le tableau suivant doit permettre d’ illustrer
cette logique du « tous pour un » et donc le biais qui a été introduit au sein
du CBENT. En outre, et cela est une conséquence paradoxale, ce tableau démontre
aussi la perversité de cette stratégie qui a poussé à élargir au niveau du
bassin des problèmes que celui-ci ne rencontrait absolument pas. C’ est ce que
laissent sous-entendre ces quatre premiers projets proposés dès 1995 .
Or, on ne peut pas mener une action en faveur du Carmausin en se concentrant
sur un objectif unique d’ emploi. Comme nous l’ avons évoqué en introduction de
ce chapitre et comme nous le démontrerons tout au long de notre étude, reconvertir
un bassin industriel est indissociable d’ actions variées. En la matière, l’
éditorial de Paul QUILES dans la plaquette de présentation du CBENT révèle déjà
des missions élargies et de larges ambitions. Il cite notamment en exemple d’
autres Comités de Bassin ( 130 à travers la France en 1995 ) et évoque la
nécessité de retravailler « l’ image » du bassin en « redonnant des
perspectives » et en « rompant avec un climat de morosité qui entrave les
initiatives ». Cela explique donc pourquoi l’ on est passé de la notion de
bassin industriel à celle de bassin d’ emploi pour agir plus efficacement sur
le Carmausin. Cela éclaire ensuite les ambiguïtés sur la dénomination de la
structure étudiée qui est officiellement un « Comité de Bassin d’ Emploi
», de vie et de formation mais qui constitue concrètement un « Comité de Bassin
» qui a parmi ses missions une action menée en faveur de l’ emploi.
2 ) Autour du Député
est née une logique de consensus entre les acteurs.
Déplorant l’ absence d’ efficacité des acteurs économiques et politiques
agissant de façon isolée et donc souvent incohérente, le Député du Tarn voyait
alors une réelle opportunité d’ action grâce à une structure dont l’ objet
serait de faire travailler ensemble des acteurs. Même s’ ils s’ opposent par
ailleurs, ils ont alors l’ occasion de devenir des partenaires autour d’ une
même idée : refuser la fatalité. L’ assemblée générale constitutive du 13 juin
1994 a été la conclusion de plusieurs mois de discussion entre les différents
partenaires. Aussi, la structure de son conseil d’ administration reflète le
consensus établit entre ces derniers.
- un collège d’ élus ( 12 membres )
- un collège d’ employeurs ( 12 membres )
- un collège de représentants des syndicats ( 12 membres )
- un collège des membres actifs ( 12 membres )
Le principe de fonctionnement d’ un Comité de Bassin permet donc d’ associer
des partenaires de diverses origines pour définir ensemble des projets. Cette
synergie se fonde sur une analyse commune de la situation et des besoins. Pour
se faire, le CBENT s’ efforce d’ utiliser les moyens des différents organismes
qui le composent. Il impulse, il coordonne mais il ne réalise lui-même qu’ en
dernier ressort. Autrement dit et pour reprendre la métaphore de Paul QUILES,
on est en face d’ un « agitateur d’ idées » confiant à des maîtres d’ ouvrage
le soin de porter le développement. On ne peut pas comprendre le redéploiement
économique du carmausin sans se représenter le Comité de Bassin comme la
structure fédératrice des énergies, une sorte de « Brain Trust » dont la
mission principale a été d’ établir un programme d’ action en faveur du
Carmausin s’ appuyant sur les atouts du Tarn-Nord. Le CBENT s’ est donc engagé
avec le concours des services de l’ Etat à élaborer un « Projet de redéploiement
économique du Carmausin ». Après un an de travail intense, le Comité de
pilotage mis en place en novembre 1995 a élaboré six axes prioritaires d’
intervention ( le désenclavement routier, l’ aménagement de zones d’ activités,
la mise en valeur économique de la Découverte, la valorisation de l’ habitat,
le développement du tissu économique local et la mise en oeuvre des actions de
développement ). Autour de ces six axes, quatorze actions ont été définies .
Chacune d’ entre elles faisant l’ objet d’ un diagnostic de la situation
initiale, d’ une réflexion sur les objectifs poursuivis, la maîtrise d’ ouvrage
et le plan de financement souhaitable . On peut donc se représenter l’
organisation de la reconversion du bassin houiller de Carmaux par une pyramide
:
- Comité de bassin d’ emploi
- Comité de pilotage ( planification )
- six axes de redéploiement
- quatorze actions de reconversion
- maîtrise d’ ouvrage
( syndicat intercommunal de la Découverte, P.L.I.E, mission Antiope, etc. )
L’ intérêt d’ une telle structure pour les communes est triple. Tout d’ abord,
comme le rappelle Jean-Bernard BLAZY, le mode de fonctionnement du Comité
permet de transcender les clivages et les individualismes entre collectivités
locales. Il a ainsi été possible sur le Carmausin de dépasser le vieux clivage
socialistes/communistes. L’ alliance autour de projets vitaux constitue une
première source de pacification. L’ absence de pondération des voix en fonction
du poids démographique de chaque commune en est une autre. Ensuite, le fait d’
avoir scindé le conseil d’ administration en quatre collèges de « même poids »
( ils sont composés chacun de douze personnes ) fait du Comité de Bassin une
«semi-intercommunalité de projet ». On obtient ainsi une souplesse de fonctionnement.
D’ une part en se dégageant des pressions politiques des élus locaux grâce au
mélange équitable des acteurs du redéploiement. D’ autre part en
court-circuitant le cheminement traditionnel de la décision intercommunale qui
manque souvent d’ audace. Enfin, le Comité permet de fédérer les communes à
deux niveaux. Tout d’ abord lors de la prise de décision ( le haut de la
pyramide ) et ensuite lors de la maîtrise d’ ouvrage ( le bas de la pyramide ).
C’est sûrement là ce qui fait tout l’ intérêt d’ un Comité de Bassin puisqu’il
permet aux communes d’ agir en pleine connaissance de cause, sans leur imposer
en bout de course un syndicat intercommunal qui ne correspondrait pas à leurs
attentes. Le tout en favorisant les échanges et la communication entre les
différents partenaires.
II ) La fragilité des
liens au sein du tissu intercommunal.
Paul QUILES ne s’ en cache pas, à la question « Que serait devenu le Carmausin
sans votre intervention ?», la réponse est toute aussi vive:« rien...ou presque
! ». Les collectivités locales auraient sans doute continué à mener des actions
individuellement, au gré de leurs capacités financières, de leur ambition et de
leur ouverture sur l’ extérieur. Le Comité de Bassin constitue la négation de
cet esprit. A la dispersion il substitue la fédération de même qu’ il
institutionnalise les projets. Cela est un gage de crédibilité pour nouer des
partenariats et trouver des financements. Mais aussi, cela peut permettre à un
ancien Ministre de présenter les actions menées sur le Carmausin auprès du
pouvoir central. Pourtant, si ce volontarisme du Député est la clef des
dynamiques carmausines, il est paradoxal. L’ ubiquité d’ un seul acteur est un
atout pour coordonner mais elle peut aussi à terme constituer un blocage du
dialogue et ne faire du consensus politique qu’ un voile.
A) Les stratégies du
Comité de Bassin d’ Emploi.
Selon le vieil adage, quand une situation économique et sociale est en crise,
toute solution, tout soutien et tout porteur de projet sont « bons à prendre ».
Seulement, il est nécessaire qu‘ un cadre précis puisse donner de l’ ampleur
aux dynamiques de dialogue et de négociation pour atteindre les objectifs
fixés. C’ est le but du projet de redéploiement économique du Carmausin que
nous venons d’ évoquer. De son analyse apparaissent trois points
incontournables afin de permettre l’ aboutissement d’ une telle reconversion.
1) Impliquer les
collectivités locales en tant que maîtres d’ ouvrage.
Comme nous l’ avons vu, reconvertir un espace économique nécessite une action
complexe. Elle mobilise des moyens humains et financiers qui dépassent les
capacités des communes minières. Le principal danger pour un bassin houiller
sur la voie du déclin est constitué par un cercle vicieux où au manque de
moyens financiers s’ enchaîne une absence de réflexion au sujet de l’ avenir et
donc un enfoncement continu du territoire qui voit ses jeunes actifs partir et
qui perd son dynamisme économique et social. Par son projet de redéploiement
économique, le CBENT a cherché à casser un tel cercle, d’ une part en intégrant
les communes dans la définition de ce projet, d’ autre part en établissant un
programme de partenariats pour mener à bien celui-ci. Plusieurs dynamiques se
présentent alors. Tout d’ abord la commune peut prendre en charge elle-même une
maîtrise d’ ouvrage. C’ est une option exceptionnellement envisagée étant
donnée la difficulté d’ assumer seul certaines opérations mais c’ est par
exemple la cas en matière de désenclavement routier avec l’ application de
nouveaux plans de dessertes urbaines pris en charge par la mairie de Carmaux.
Ensuite, il est nécessaire d’ inscrire le projet de redéploiement dans le cadre
des répartitions de compétences Etat / région / département / commune tel qu’
il est notamment issu des lois de décentralisation. Ainsi en matière de
désenclavement routier on retrouve une répartition traditionnelle des
compétences, le plus souvent associée avec les communes traversées par les axes
routiers. Enfin et surtout, des intercommunalités peuvent être sollicitées. Ces
dernières peuvent déjà exister et cela permet de s’ appuyer sur des compétences
géographiquement ciblées comme pour l’ aménagement de zones d’ activités (
District urbain de Carmaux et Communauté de communes du Ségala Carmausin ) ou
pour l’ élaboration d’ un programme local de l’ habitat ( District urbain de
Carmaux ). Dans le cas contraire, rien n’ empêche au Comité de Bassin de
constituer la matrice d’ une intercommunalité « ad hoc ». C’ est par exemple le
cas du Syndicat Intercommunal de la Découverte . Sa création est notamment liée
au projet de ré-aménagement de l’ ancienne mine à ciel ouvert. Il est
intéressant de multiplier les maîtres d’ ouvrage car c’ est un moyen de porter
juridiquement et financièrement le grand nombre d’actions proposées. En l’
occurrence, trois options sont envisagées pour permettre aux différentes
intercommunalités d’ agir :
- 1er cas de figure : le District, la Communauté de communes ou le Syndicat
mixte prend la maîtrise d’ ouvrage et fait réaliser l’ opération par un maître
d’ ouvrage délégué
- 2ème cas de figure : le District, la Communauté de communes ou le Syndicat
mixte prend la maîtrise d’ ouvrage, établit une convention avec l’ une ou les
autres structures pour compléter le financement, et fait réaliser l’ opération
par un maître d’ ouvrage délégué
- 3ème cas de figure : une communauté « ad hoc » prend la maîtrise d’ ouvrage
d’ une opération seule et fait réaliser l’ opération par un maître d’ ouvrage
délégué
Afin qu’ il y ait une harmonisation de la politique d’ aménagement globale du
Carmausin, il est alors indispensable qu’ il existe un lieu où se règlent les
problèmes de stratégie. A cet égard, le Comité de Bassin s’ est lui-même
reconnu une mission d’ animation et de coordination définie grâce à un système
de convention passée avec chaque maître d’ ouvrage intercommunal. L’ intérêt
financier de ces montages intercommunaux est réel puisque si on prend l’
exemple du désenclavement routier, le financement des communes a été en moyenne
de 15 %, soit deux fois moins que les parts respectives de la région et du
département .
2) Développer des
partenariats optimisant financièrement et techniquement la reconversion.
La logique d’ un Comité de bassin s’ appuie sur le bilan des atouts et des
faiblesses d’ un espace donné. Or, une telle approche pousse à une utilisation
maximale des éléments et des personnes à même de faciliter ou valoriser le
partenariat. Deux options peuvent alors se présenter pour permettre d’ intégrer
des partenaires. Tout d’ abord, dans le cadre de la reconversion d’ un ancien
bassin houiller, il est fondamental de s’ assurer du soutien de Charbonnages de
France. Jean-Bernard BLAZY se souvient qu’ en 1995, il n’ existait pas
plusieurs alternatives pour obtenir un financement massif des Houillères. « Il
fallait voir grand et faire preuve d’ ambition ». Avec du recul, on peut penser
que cela a été une stratégie payante. Financièrement, tout d’ abord, puisque
sur les neuf actions dont le coût avait été chiffré en 1995, cinq ont bénéficié
d’ un financement principalement assuré par le FIBM ( Fond d’ Industrialisation
des Bassins Miniers créé en 1984 ). Cette recherche de subventions de la part
du groupe nationalisé et de la part de l’ Union Européenne a d’ ailleurs fait
l’ objet d’ une création de poste de chargé de Mission. Techniquement, ensuite,
puisque le Syndicat Intercommunal d’ aménagement de la Découverte a su utiliser
les compétences des Houillères pour remettre en état la mine à ciel ouvert, et
cela dans le cadre du code minier qui fait obligation d’ assurer une telle
opération. Mais, dans ce cas, cette réhabilitation a été encadrée par la
volonté d’ aménager la fosse Sainte Marie afin que celle-ci devienne plus tard
un pôle de loisirs. C’ est une chose tout à fait symbolique d’ un point de vue
plus « humain » puisque les dernières poignées de mineurs de Carmaux ont ainsi
elles-mêmes oeuvré à leur reconversion. Chose en apparence futile mais en
réalité tout à fait essentielle. En effet, tout projet de reconversion ne
peut être conçu autrement qu’ en association avec les populations locales dont
le sentiment peut être la meilleure comme la pire des promotions. L’
association avec la population est notamment complétée par celle avec les
acteurs économiques locaux. D’ une part avec l’ Agence de Développement
Industriel de la Région Albi Carmaux ( ADIRAC ) pour organiser le lancement d’
un concours international d’ idées à même de mettre en valeur économiquement La
Découverte. D’ autre part avec les Chambres consulaires pour dynamiser l’
artisanat et le commerce sur le Carmausin. Il ressort donc de cette analyse la
capacité du Comité de Bassin à répartir des missions en fonction des
compétences et des points forts de chaque partenaires. Il ne s’ en tient pas
qu’ à la simple nature des acteurs. Pour l’ illustrer on peut revenir sur les
deux derniers exemples que nous avons pris : Pourquoi l’ ADIRAC dont la mission
principale est la ré-industrialisation du bassin Carmausin n’ a-t-elle pas été
choisi pour superviser la relance de l’ Artisanat et du Commerce ? La réponse
est simple. Le point fort de l’ ADIRAC est la communication. En effet, l’
agence cherche à valoriser le Grand Albi et à élaborer des stratégies de
prospection pour attirer les industriels vers le Carmausin. C’ est dans l’
intérêt du CBENT de s’ appuyer sur cette compétence tout en laissant le soin à
la Chambre Consulaire des Artisans et Commerçants le soin d’ utiliser son
réseau et sa connaissance précise des marchés locaux de consommation
quotidienne et occasionnelle afin de la valoriser.
3 ) Apporter la
crédibilité nécessaire à une action de grande ampleur.
On peut interpréter l’ idée de crédibilité de deux façons. On peut la
considérer de façon verticale, c’ est à dire dans les relations entre le bassin
et le pouvoir central afin d’ obtenir des financements, des partenariats et une
promotion élargis. On peut aussi la considérer de façon horizontale comme la
capacité pour des partenaires dans un premier temps puis des maîtres d’ ouvrage
dans un second temps de travailler ensemble pour mener à bien une mission. En
l’ occurrence, ici, une reconversion. Deux vecteurs se dessinent dans notre
étude. Tout d’ abord, beaucoup d’ élus reconnaissent le rôle central du Député
pour impulser la réflexion puis concrétiser les actions. Président du Comité de
Bassin d’ Emploi du Nord du Tarn et de ses « progénitures » ( Syndicat
Intercommunal de la Découverte, Syndicat Mixte pour l’ Aménagement de la
Découverte, Plan Local pour l’ Insertion par l’ Emploi ), sa personne constitue
un lien coordonnant chaque activité tout en l’ inscrivant dans le sens défini
auparavant. Ensuite, les mêmes élus reconnaissent l’ importance du réseau
constitué par un ancien Ministre au sein de l’ Administration et de la Haute
Administration française et européenne. C’ est pour eux un moyen d’ inscrire
assurément les efforts menés sur le Tarn dans le cadre des politiques d’
aménagement du territoire et des contrats de Plan. Paul QUILES reconnaît que
son intervention a permis de briser la dispersion des projets. Il admet aussi avoir
été essentiel pour expliquer la dynamique carmausine auprès du Premier ministre
et du Ministre de l’ aménagement du territoire afin d’ inscrire la reconversion
du bassin houiller dans deux Comités Interministériels d’ Aménagement du
Territoire ( CIADT ) entre 1995 et 2000. Le CBENT aura donc constitué un outil
au service des projets portés par un homme politique, inscrivant ceux-ci dans
le cadre de la dynamique intercommunale et des partenariats.
B ) Quel avenir pour un
comité de bassin ?
Comme nous l’ avons vu, une telle structure s’ inscrit dans un cadre
géographique vaste. Cela lui permet à moyen terme de diversifier ses missions,
de se redéployer à côté du « gros morceau » qu’ est la reconversion et de
continuer à agir. Il faut cependant relever plusieurs défis. Le premier est le
cumul des risques liés à l’ omniprésence d’ une personne comme le Député de la
première circonscription du Tarn dans chaque structure émanant du Comité de
Bassin. Le second est de définir un avenir cohérent cette architecture,
notamment en s’ interrogeant sur l’ « effet loupe ». Il n’ apparaît pas évident
de concilier des actions ciblées avec une action plus générale en faveur de
tous les territoires. D’ où l’ apparition progressive d’ un relais d’ action
grâce au Pays afin de transférer les actions globales à celui-ci pour que le
Comité se concentre sans discrimination sur des points précis de développement.
1) Les dangers de « l’
impossible ubiquité du député ».
Cette formule décrivant la fonction parlementaire est empruntée à l’ ouvrage
écrit par MM Paul QUILES et Yvan LEVAÏ à propos de la dite fonction
représentative . Le Député tarnais reconnaît lui même le paradoxe d’ une
reconversion qui ne tient qu’ à une personne. Cette dernière étant à la fois à
l’ origine et à la tête des différents éléments qui fondent l’ architecture du
redéploiement. Il serait difficile de conseiller à un Député d’ un autre bassin
en crise de suivre l’ exemple tarnais si ce même parlementaire ne disposait pas
de réseaux et de relations privilégiées avec les sommets du pouvoir ou les
grandes entreprises . Autrement dit, une personne intégrée dans les arcanes du
pouvoir central est un atout incontestable. Cependant, cette même personne peut
aussi être elle-même la cause de ses pires difficultés. En effet, le fait d’
assurer une continuité entre les structures collectives de la reconversion crée
un effet d’ omniprésence, pour ne pas parler d’ hégémonie. Le tout est organisé
selon des relations hiérarchiques. Ces dernières instituent un climat particulier
où les interlocuteurs à même d’ influencer celui qui est au sommet sont surtout
des homologues ( élus locaux, secrétaires généraux, chargés de mission... ),
autrement dit un nombre restreint de personnes. De plus, si on considère qu’
une influence en la matière est proportionnelle au poids démographique
représenté par chaque partie, cela restreint d’ autant plus le nombre de
conseillers potentiellement influents. Cet état de fait peut être illustré en
citant un portrait du député dressé par une plaquette d’ information consacrée
à la reconversion de La Découverte : « Paul QUILES va de l’ avant.
Croise-t-il quelques sceptiques, qu’ il les foudroie d’ un de ces regards qui
ne souffrent la moindre contestation, le moindre soupçon d’ opposition. Et on
finit par le suivre. Pas uniquement par crainte, mais parceque l’ ancien
Ministre possède aussi une force de persuasion propre à fédérer les énergies ».
Cette situation a plusieurs conséquences. Tout d’ abord, elle réduit la notion
de partenariat. Si celle-ci donne une image officiellement sauve par le fait
que « tout a été voté à l’ unanimité entre les communes », elle ne fait que
masquer l’ inclinaison des plus petites d’ entre elles à l’ égard des élus les
plus influents. Paul QUILES les compare à de « petits commerçants toujours
insatisfaits quand on implante un supermarché à côté d’ eux ». Serge
ENTRAYGUES, Maire de Saint Benoît de Carmaux, reconnaît s’ être plusieurs fois
plié à l’ opinion générale pour ne pas entraver la bonne marche d’ une
reconversion incarnant enfin l’ union des communes. Ensuite, elle instaure un
faux-climat de confiance. En effet, si une idée vient d’ un individu qui
associe à son nom la réussite dans l’ action et le sauvetage de la région, qui
peut se permettre de la contredire ? En guise d’ exemple on peut citer la
question du réinvestissement dans le pôle de loisirs Cap’Découverte. Robert
RAFFANEL, Maire du Garric, attend d’ être associé à moyen terme à la prise de
décision au sujet de cette question qui est, nous y reviendrons, la clef de la
réussite et donc de la pérennisation économique d’ un parc à thème. Pour le
Député, il est pourtant exclu à court et moyen terme de réinvestir dans Cap’
Découverte. Cela tient au fait que, pour son créateur, cette modalité de la
reconversion de la fosse Sainte-Marie n’ est en rien un parc comme Disneyland
Paris ou le Futuroscope mais un pôle de loisirs dont l’ accès gratuit doit
permettre aux visiteurs de se rendre sur le site à la fréquence qu’ ils
souhaitent. S’ il en est ainsi pour son créateur, on perçoit progressivement
une mise au diapason de ses homologues ( par exemple les Maires tendent à ne
plus employer le terme « parc à thème » pour lui substituer « pôle de
loisirs » ). Cela en dépit d’ une image de « parc d’ attraction » largement diffusée
au sein de la population et particulièrement des anciens mineurs. En effet,
malgré les opérations de communication, l’ opinion tend à ne pas chercher la
subtilité des définitions. Si à moyen-long terme, le parc ne trouvait pas son
public cela justifierait donc les craintes avouées de Paul QUILES de n’ avoir
pas assez tissé de fils entre les communes et sa personne et d’ avoir porté un
projet seul, garantissant ainsi une crédibilité indispensable mais fragile
2 ) Les relais
envisageables pour une flexibilité des missions du Comité de Bassin.
En 1999, la plaquette relative au cinquième anniversaire du Comité de Bassin d’
Emploi du Nord du Tarn annonçait « qu’ après avoir redonné des
perspectives au Carmausin, le Comité devait maintenant devenir le lieu où se
définit et s’ organise une véritable politique d’ aménagement et de
développement durable fondée sur la complémentarité et la solidarité des
territoires ruraux et urbains du nord du Tarn ». L’ emploi des deux termes
soulignés signifiait ainsi la fin de la première et quasi-exclusive mission de
la structure : la reconversion du bassin houiller de Carmaux. Ainsi, après l’ «
effet loupe » Carmausin, la logique géographique « naturelle » du cadre d’
action restait toujours à construire en 1999. Pour se faire, le Comité de
Bassin a exprimé dès 2000 la volonté de s’ inscrire dans une démarche de Pays
visant à mener une action collective fédérant les communes, les groupements de
communes, des organismes socioprofessionnels, des entreprises et des associations
autour d’ un projet commun de développement. Ce « Pays de l’ Albigeois et des
Bastides » associe le Ségala, le Carmausin, le Causse Nord-Ouest, les Monts d’
Alban, le Villefranchois et le Réalmontais à l’ Albigeois . Il a été reconnu le
8 mars 2002 par la Commission Régionale d’ Aménagement et de Développement du
Territoire ( CRADT ) comme périmètre d’ étude. C’ est ainsi l’ occasion de
trouver un relais à l’ action déjà entreprise. Ceci afin de permettre au CBENT
d’ acquérir une flexibilité. Il peut ainsi choisir de se concentrer sur des
missions précises sans discriminer les autres territoires en l’ absence d’
actions globales. Ces dernières pouvant s’ inscrire désormais dans le cadre des
missions du Pays. Il peut aussi mener des actions plus transversales comme l’
illustrent les deux exemples suivants. Tout d’ abord on peut évoquer la Mission
Antiope mise en oeuvre dans le cadre d’ un partenariat départemental et
européen afin de sensibiliser les petites et moyennes entreprises aux Nouvelles
Technologies de l’ Information. Paul QUILES considérait ainsi dès la fin 1999
que « cette transition vers la société de l’ information représentait un réel
potentiel économique que les bassins industriels du Tarn devaient savoir
développer » . Elle s’ inscrit dans le cadre du développement du tissu
industriel du territoire. Ensuite, le Pacte Territorial pour l’ Emploi ( le PTE
) constitue une seconde mission globale. Ce travail a eu pour objet d’
améliorer la connaissance locale du marché de l’ emploi et de ses opérateurs ou
encore d’ examiner la capacité des territoires à agir en faveur de l’ emploi.
Autrement dit c’ est dans ses fonctions d’ analyste de la vie locale et dans
celui d’ agitateur permanent d’ idées que semble se pérenniser le Comité de
Bassin.
Cette structure aura donc avant tout mis ses capacités d’ action au service d’
un projet unique. C’ est moins ce biais que la fragilité du tissu intercommunal
ainsi créé qui constitue une menace potentielle pour l’ avenir de la
reconversion. Après l’ étude de cette « tête pensante », il est nécessaire de
se pencher sur le « corps » de l’ architecture intercommunale carmausine. Le
premier « bras institutionnel » étudié est d’ ailleurs « la main courante ». En
effet, aux yeux des Carmausins, le Syndicat Intercommunal de la Découverte
incarne à lui seul l’ action concrète en matière de reconversion.
– CHAPITRE 2 —
UNE RECONVERSION DE SITE MELANT
ACTIONS ECONOMIQUES ET POLITIQUES
Les dynamiques
intercommunales à l’ origine du réaménageant de l’ ancienne mine à ciel ouvert
sont largement considérées comme un exemple d’ intercommunalité de projet.
Fédérées autour du projet porté par Paul QUILES et le Comité de Bassin, les
communes ont su faire entendre leurs voix au sein du Syndicat Intercommunal de
la Découverte ( SID ) pour constituer un maître d’ ouvrage à la mission
périlleuse. En effet, celle-ci constitue la « dernière chance » du bassin
Carmausin. Elle doit en plus surmonter les incompatibilités entre les logiques
politiques et économiques
I) Les potentialités d’
une intercommunalité de projet.
A partir de 1985 et en conservant 650 mineurs, Carmaux a bénéficié d’ un surci
au prix d’ un effectif diminué de 2000 personnes grâce à la technique de la
mine à ciel ouvert . A l’ annonce de la fermeture de La Découverte par les
Houillères de Bassin du Centre et du Midi ( HBCM ) au début de 1995, aucun élu
n’ a pu imaginer que l’ histoire se referme sur ce trou de 1,3 km de diamètre
et profond de 220 mètres. Cela aurait laissé la région s’ enliser dans un
déclin économique après avoir puisé dans le charbon fortune et réputation. Les
communes du Carmausin, associées au sein du Comité de Bassin ont ainsi envisagé
en quelques mois d’ accompagner la fermeture de la mine. Elles ont participé
très tôt au projet de reconversion de site pour bâtir une architecture
intercommunale. Ambitieuse et intelligemment encadrée par les collectivités
locales, la reconversion de La Découverte menée par le SID apparaît aux yeux
des élus comme une réussite. Ce syndicat intercommunal a su s’ affirmer comme
la clef du partenariat politique et de la négociation avec le pouvoir central
pour mener à bien la réalisation et le financement du réaménagement de la fosse
Sainte Marie.
A) La naissance d’ une
idée collective
Le projet est né dans une salle de la Préfecture. Après l’ annonce officielle
de la fermeture de la mine à ciel ouvert programmée pour 1997, les Houillères
ont proposé à l’ Etat et aux collectivités locales un « plan d’ abandon des
travaux miniers ». Les HBCM se sont ainsi conformées au code minier qui
prévoit d’ assurer la protection de l’ environnement et la mise en sécurité du
site à long terme. Au delà de ces exigences réglementaires et afin d’ étudier
les possibilités de valorisation économique du site, les élus, les
syndicalistes et des chefs d’ entreprises regroupés au sein du Comité de Bassin
se sont retrouvés avec les représentants de l’ Etat un jour de décembre 1995.
La décision de lancer un concours d’ idées européen précédé d’ une vaste
campagne de communication a été prise au cours de cette réunion. On peut
considérer que la volonté de rebondir a été précoce et a accompagné la fin de
l’ extraction. Les acteurs principaux du redéploiement ont su se regrouper mais
aussi s’ entendre à propos du devenir de leur région. Déjà à l’ époque, les
premières voix s’ élevaient pour transformer le site en circuit automobile.
Certains bruits circulaient alors à propos d’ une expertise du site conduite en
hélicoptère par Alain PROST . Dans son rapport final du 28 novembre 1996
relatif au projet de redéploiement du Carmausin, le Comité de Bassin trace de
façon assez précise les grandes lignes d’ un projet phare, à la fois par son
ampleur, ses enjeux et sa valeur symbolique : celui du réaménagement de la
Découverte. Cet appel à projets reposait sur un postulat : le Carmausin devait
se redéployer vers d’ autres secteurs. Même si on n’ en était qu’ au stade de
l’ idée, l’ essentiel était que les communes sollicitées soient motivées et
adhérent au volontarisme du Député. Et si possible « pour faire quelque chose
de grand à la fosse Sainte Marie », se souvient Mr BLAZY. En effet, de l’
ampleur du projet dépendrait l’ implication les Charbonnages de France, et
notamment leur appui technique et financier.
1) Un cratère lunaire
dans un écrin de verdure
La contemplation du « trou » de Carmaux appelle les superlatifs : large comme
les deux premiers arrondissements parisiens, assez haut pour escamoter les deux
tiers de la tour Eiffel. Avec un diamètre exceptionnel de 1 100 mètre et ses
300 mètres de fond, ce cratère de type lunaire est d’ une puissance visuelle
rare. Ses pentes d’ argile rouge striées de calcaire blanc dominent le trou
sombre du houiller autour d’ un écrin de verdure de 750 hectares. Selon les
estimations de Mr MICHEL du début du creusement en 1985 à l’ arrêt de l’
exploitation le 30 juin 1997, les mineurs de Carmaux ont évacué autant de
terre que les Egyptiens bâtissant le barrage d’ Assouan. En 2000, cela faisait
de la fosse Sainte Marie le plus grand trou creusé par l’ Homme en Europe occidentale.
Reboucher un tel site aurait été impensable. D’ autant plus que les 90 millions
de mètres cubes de terre extraits des entrailles de la terre constituent un
terril impressionnant, lui aussi partie intégrante de la campagne environnante.
2 ) Des élus aux
revendications précises afin de « tourner la page du charbon »
La volonté des élus d’ un bassin houiller qui acceptent la fin de l’
exploitation charbonnière est double. D’ une part, elle est concrète et
économique pour réindustrialiser leur territoire. D’ autre part, elle est plus
subjective et relative à l’ image du bassin ou de leur ville. Autrement dit,
tout projet de reconversion dans lequel sont impliquées des communes est
indissociable de certains caractères symboliques. Tout d’ abord, il s’ agit de
sortir de l’ image sombre d’ une cité houillère avec sa mono-industrie associée
à des activités polluantes. Dans son rapport, Mr MICHEL relève le caractère «
incontestable » des nuisances de l’ exploitation à ciel ouvert. Il évoque les
bruits ( soixante décibels même en zone industrielle constituent un seuil très
élevé ), les poussières, les odeurs, les vibrations, la circulation d’ engins
de toutes sortes, les ruissellements polluants et le travail continu de jour et
de nuit. D’ ailleurs, la commission qu’ il préside reprend les termes du
Commandant COUSTEAU à propos de l’ exploitation à ciel ouvert : « Paysage
ravagé - composition physique et chimique du sol modifiée - conséquences
dramatiques de la pollution de l’ eau - création de déserts ». Ainsi, il s’
agissait pour l’ ancien Préfet Alain RONDEPIERRE, Paul QUILES et les autres
élus locaux de donner désormais autour de La Découverte une image nouvelle,
plus « écologique ». Par exemple le projet d’ un pôle « technologie de l’
environnement » reposait sur un concept fort : sur les anciens lieux les plus
polluants ( l’ ancienne cokerie et le lavoir ), une centrale de cogénération
serait crée . Autrement dit, un dispositif à haut rendement énergétique
générant de nouvelles activités autour de la Découverte. Le second volet de l’
image repose sur le passage d’ une économie fondée sur le secteur primaire avec
l’ activité du sol et du sous-sol à une industrie de pointe grâce à la
ré-industrialisation du bassin et une émergence du tertiaire de loisir. La réflexion
menée au sein du Comité de Bassin et le projet final constituent le reflet de
cette intériorisation par les élus locaux que le charbon « ne repartirait pas »
et qu’ en l’ occurrence il faudrait tourner la page.
3 ) « Tous à vos mines
» où l’ illustration du Comité de Bassin en tant qu’ agitateur d’ idées.
C’ est à Jean-Marc RAYNAL qu’ est confiée, en septembre-octobre 1996, la
mission de placer sur la rampe de lancement le concours international d’ idées
concernant la valorisation économique de La Grande Découverte. Le Comité de
Bassin a encadré ce concours. Il y a consacré près de deux millions de francs (
300 000 euros ) dont les trois-quarts pour indemniser les projets et le quart
restant pour les études de définition. Il a orienté les projets proposés afin
que ceux-ci s’ inscrivent dans les secteurs des loisirs, du sport, de la
culture, de l’ industrie, de l’ agriculture et de la santé. En effet Mr RAYNAL
s’ est appuyé sur plusieurs enquêtes menées à l’ échelle européenne. Il en a
tiré les leçons en considérant qu’ il ne pourrait être question en général et
donc sur Carmaux de polyvalence d’ activités sur des anciennes friches
minières. Ensuite, la population locale et régionale a été constamment informée
au sujet de l’ avancement du projet. Enfin, le Comité de Bassin s’ est autorisé
à identifier les projets créateurs d’ emplois, financièrement crédibles et
forts d’ un potentiel de notoriété pour valoriser le site de la Grande
Découverte. Il s’ en est inspiré pour définir des orientations précises. Il a
ainsi parfaitement rempli son rôle d’ agitateur d’ idées et a su très tôt
impulser la reconversion. On verra combien cela a été décisif afin de mettre
rapidement sur pied un projet cohérent et donc à même de trouver des
financements publics et des partenaires économiques privés. L’ autre grande
Découverte de la région, celle de Decazeville dans l’ Aveyron n’ a pas suivi le
même chemin. Malgré les protestations des derniers mineurs, cette mine de
charbon à ciel ouvert se sachant condamnée ne s’ est contentée que d’ un
championnat de feux d'artifice organisé annuellement autour de sa fosse . Ceux
qui croient encore à la vocation industrielle de l'ancien bassin minier
refusent une vocation ludique du trou, d’ autres veulent préserver la nature
sauvage de l'Aveyron. De plus, une transformation en lac apparaît trop
dangereuse aux yeux des derniers mineurs. Tout ceci bloque toute réflexion
quant à un réaménagement. De plus, Paul QUILES n’ oublie pas le sentiment
résolument sceptique des Decazevillois à l’ égard de son projet. D’ ailleurs,
ce dernier s’ est très vite construit. Le concours international d’ idées «
tous à vos mines » a été officiellement lancé le 31 octobre 1996. Il s’ est
traduit par 250 demandes de dossiers au départ. A la fin de la période de
réception des candidatures, on a compté une cinquantaine de postulants. Le 3
février 1997, le Comité de Bassin a annoncé officiellement son choix de dix
candidats. L’ absence de précipitation a d’ ailleurs été saluée par le
quotidien « La Tribune » pour qui « les validations techniques, l’
attention portée aux montages financiers et plus généralement l’ aménagement
global et concerté entre communes peut constituer un cas d’ école en matière de
valorisation économique ». L’ originalité et la dimension du site a séduit de
grands concepteurs de renom. Ainsi, Paul QUILES considère « que [ le Comité de
Bassin ] a su prendre les spéculateurs d’ idées à leur propre jeu. En lançant
ce concours à l’ échelle européenne, [ il ] en a fait rire certains qui disaient
« Vous n’ avez pas d’ idées ». Mais ils ont vu après coup la masse d’
entreprises qui retiraient des dossiers ».
B ) Un projet
brillament porté par la dynamique intercommunale
Selon un ordre chronologique des choses, en octobre 1997, la maîtrise d’ ouvrage
a été confiée au SID . Cela constitue la prise d’ autonomie du projet de à l’
égard de sa structure d’ origine : le Comité de Bassin. Cette nouvelle entité
de coopération intercommunale regroupe les représentants de six communes du
Carmausin directement concernées ( Blaye, Cagnac, Carmaux, Le Garric,
Saint-Benoît, Taïx ). Une telle dynamique intercommunale joue donc un triple
rôle d’ intermédiaire. Tant dans le cadre de la maîtrise d’ ouvrage que pour la
cohésion politique et de la crédibilité économique à l’ échelle nationale qu’
il peut apporter.
1 ) Le SID maître d’
ouvrage
Dans un premier temps, le Syndicat Intercommunal de la Découverte s’ est
inspiré du verdict émis par le comité collégial réunissant une trentaine de
personnes ( Préfet, élus, DRIRE, ADIRAC, Chambres consulaires, syndicats...) à
propos du concours international d’ idées. Sur cette base, il a ensuite fait
travailler un bureau d’ études et ainsi fait émerger de grands thèmes. A l’
automne 1997, quatre thèmes ont ainsi été retenus ( les loisirs, le sport, les
spectacles et la mémoire ) autour d’ un concept : « La Découverte : Vivre les
loisirs autrement ». Tel le chef d’ entreprise, le SID constitue une cellule
dotée de pouvoirs qui oriente et impulse l’ activité de reconversion du site.
Il chapeaute d’ autres structures et cela a le mérite de constituer une
véritable capacité d’ action. Ainsi, Paul QUILES déclarait en 2001 que «
dès le 1er janvier 2002, les Houillères auraient opérées un transfert de
propriété des 60 hectares de la mine au syndicat intercommunal de la Découverte
qui en prendrait le relais. Tout cela pour un peu plus d’ un franc symbolique
».
L’ objet du SID comporte 3 grands axes :
- Réaliser ( ou faire réaliser ) :
- toutes les études liées à la valorisation de la zone
- l’ acquisition, l’ aménagement et la rétrocession ( vente, location... ) des
terrains inclus dans le périmètre de de l’ emprise de la Découverte ayant
fait l’ objet du «concours international d’ idées sur la valorisation
économique de la Grande Découverte»
- toute opération d’ équipement et immobilière tendant à la réalisation de ce
projet.
- Développer toute action pouvant concourir au développement de cette zone
- Gérer les divers équipements existants et à venir
D’ une part, en tant que propriétaire, le SID a délégué la maîtrise d’ ouvrage
à SCSI Développement ( filiale de la Caisse des Dépôts et des Consignations ).
Elle est chargée de conduire les études des appels d’ offres, de contrôler la
bonne exécution des marchés de travaux et de superviser le chantier. D’ autre
part, en octobre 2000, il a pris une participation à part égale aux côtés du
Conseil général du Tarn et du Conseil régional de Midi-Pyrénées au sein du
Syndicat Mixte d’ Aménagement de la Découverte ( SMAD ). Cette structure
constitue l’ outil d’ action. Il s’ assure de la construction des
infrastructures sur le site et est chargé de porter les 320 millions de francs
( 48,73 millions d’ euros ) d’ investissements publics. Cette structure arrive
à mêler à la fois des communes responsabilisées et parlant d’ une seule voix
mais aussi la région et le département. Cela a non-seulement pu constituer un
gage d’ égalité en matière de négociation financières mais aussi de cohérence
en ce qui concerne la réalisation d’ un projet. Enfin, le SID a confié la
gestion déléguée par voie de régie intéressée des activités sportives de plein
air pour un contrat de cinq ans à une société d’ exploitation de domaines
skiables . Elle devrait percevoir de la part du SID des honoraires fixes et une
part variable correspondant à 7% du chiffre d’ affaires. Le SID, lui, assure
directement la gestion des pôles « Spectacle » et « Mémoire ». Ce dernier choix
paraît cohérent. D’ une part parce qu’il ne constitue par la clé de la
rentabilité économique du site ( il n’ est pas délicat à gérer ) et d’ autre
par car ces deux thèmes sont ceux à même de mobiliser les populations. En
effet, ils sont le fruit des témoignages des mineurs et des contributions des
habitants pour leur animation ou leur organisation. Le SID permet ici de
sélectionner des activités entretenant chez les anciens mineurs le sentiment
qu’ils sont eux-aussi partie-prenante dans la reconversion. Cette stratégie est
complémentaire à l’ association SID-Charbonnages de France qui a donné l’
occasion aux mineurs de continuer à travailler sur le site de la Découverte
pour le réaménager et contribuer ainsi au renouveau de la région. On notera les
enjeux d’ une implication de cette population en citant les propos de la
CGT-Mine qui « ne souhaitait en rien faire table rase du passé industriel
en transformant Carmaux en zone de loisirs, quelque chose entre les Schtroumpfs
et Disneyland ». Quant aux activités purement économiques comme la
restauration, le SID a prévu dans ses statuts la possibilité de désigner d’
autres délégataires pour la gestion quotidienne. Il se positionne ainsi comme
un élément hybride capable de fédérer une logique économique avec une
sensibilité ouvrière.
2 ) Le SID : clef du
consenssus politique Carmausin
Le SID constitue aussi un organe intermédiaire d’ un point de vue politique.
Tout d’ abord il permet à chaque collectivité territoriale d’ être sur un pied
d’ égalité et représente ainsi 20 00 habitants.
Dirigé à sa création par quatre socialistes et deux communistes, Mr BLAZY se
souvient que seule l’ égalité de vote a permis d’ arriver à un consensus
transcendant les poids démographiques. « Taïx ( 306 habitants ) a une voix
aussi prépondérante que celle de Carmaux », se félicite son maire, Didier
SOMEN. Certains Maires ont longtemps craint l’ ampleur des projets. Même
proportionnelle à la taille des collectivités, la participation pèse sur le
budget des communes qui se sont portées garantes de 50 millions de francs ( 7,6
millions d’ euros ) d’ emprunts qu’ il faudra rembourser. Cependant, le Maire
du Garric rappelle que « même si elles ne sont pas très importantes, six
communes, c’ est mieux que si elles étaient restées seules, chacune de leur
côté ». La croyance dans le projet est réelle chez les six élus du bassin,
longtemps marqués par la traditionnelle division socialistes-communistes. Ils
ont en effet pris conscience que la reconversion de la Découverte pouvait
représenter le projet de la dernière chance et que l’ intercommunalité de
projet leur donnait une responsabilité : celle d’ écrire leur propre avenir. D’
ailleurs, Paul QUILES reprend cette idée de « dernière jeunesse du
Carmausin » en considérant que « sur les terres du vieil affrontement
socialistes-communistes, il a été nécessaire de faire émerger avec douceur un
certain consenssus pour préserver des enjeux très importants ». Cependant, si
le Maire de Saint Benoît confirme l’ absence d’ une « locomotive démographique
» comme Carmaux, il avoue aussi qu’il a parfois été difficile d’ abandonner les
clivages, en particulier sur les choix d’ implantation des activités
économiques induites par la Découverte.
3) Le SID :
interlocuteur unique du pouvoir central et partenaire économique crédible
L’ Etat a donné un coup de pouce déterminant lors du Comité Interministériel d’
Aménagement et de Développement du Territoire ( CIADT ), en juillet 1999, en
Arles. Ce jour-là, le CIADT a officiellement reconnu l’ intérêt de la
Découverte « pour la modernisation ou la reconversion du bassin industriel d’
Albi-Carmaux ». Il qualifie la Découverte de « pôle industriel et touristique
compte tenu de l’ attraction qu’ elle peut exercer économiquement sur le
bassins Albi-Carmaux ». Lors de sa réunion suivante le 18 mai 2000, le CIADT a
débloqué une enveloppe de 200 millions de francs ( 30, 49 millions d’ euros ),
financée par l’ Etat et l’ Europe. En conséquence, le financement par les
collectivités territoriales a suivi . D’ autre part, sous forme d’ emprunts, le
SID a ajouté une somme équivalente. L’ enveloppe financière, soit près de 350 millions
de francs ( 53,35 milllions d’ euros ), a ainsi pu être bouclée afin de
financer des équipements publics. Ainsi, le SID a constitué un interlocuteur
unique entre les communes du bassin et les ministères de Paris. Il a de plus, à
n’ en pas douter, constitué aussi une structure de négociation, regroupant des
personnels qualifiés. C’ est le cas de spécialistes et de techniciens mais
aussi d’ hommes « issus du sérail des grandes écoles ( X, ENA ) qui coopèrent
et s’ apprécient » . En 1997, on pense notamment à l’ ancien Préfet Alain
RONDEPIERRE, le directeur de la DRIRE Christian DESMOULINS qui avait déjà à son
actif l’ installation de l’ Ecole des mines d’ Albi et Paul QUILES. Ce dernier
reconnaît son rôle crucial pour expliquer les actions menées sur le Carmausin
auprès des différents Ministères et trouver à la fois des interlocuteurs et des
financements. En effet, c’ est officiellement en Octobre 1999 que le coût de la
reconversion de la Découverte a été évalué entre 300 et 400 millions de francs.
Il bénéficie d’ une structure de financement associant investisseurs privés et
publics :
- 70 % d’ investissement publics dont : - 56 % de l’ Etat et de l’ Europe - 24
% de la région et du département - 20 % du Syndicat Intercommunal de la
Découverte- 30 % d’ investissements privés - volet hébergement - hôtel
trois étoiles - 2 villages de chalets de style québécois ( société Quebex
via la SA Découverte Promotion ) - volet Maison de la forme -
balnéothérapie, restaurant panoramique, auberge de jeunesse
La stratégie de
communication s’ est appuyée largement sur cette imbrication des financements
publics mais aussi sur l’ arrivée de l’ investisseur québécois Mario FORTIER
avec ses 100 millions de francs ( 15,24 millions millions d’ euros ) d’
investissement. L’ hebdomadaire tarnais « Le Tarn Libre » reprend les propos
tenus par l’ ancien Ministre Christian PIERRET , déclarant lors d’ une visite à
Carmaux le 7 mars 2002 que « le projet avait été remarquablement financé par un
découpage 1/3 Europe, 1/3 Etat et 1/3 collectivités locales ».
Le SID a ainsi constitué un partenaire et un représentant valable de la
reconversion carmausine. L’ intercommunalité a constitué une base de travail.
Tant pour fédérer les énergies, concrétiser les projets et soutenir les démarches
du Député auprès du pouvoir central tout en accompagnant la fermeture et en
faisant émerger les synergies nécessaires à la reconversion.
II ) De la Découverte à
Cap’ Découverte : les limites d’ une intercommunalité de projet.
Comme nous l’ avons évoqué précédemment en reprenant les propos de Mr BLAZY,
Carmaux a « voulu voir grand ». L’ ampleur d’ un tel projet, même si elle a du
être réduite au fur et à mesure, est son principal atout : D’ une part pour
stimuler les agitateurs d’ idées et d’ autre part pour « faire parler de soi »
dans les Ministères, les grandes entreprises, les médias et les foyers de
Midi-Pyrénées. Un tel projet présente cependant une double face : d’ un côté il
est le fruit d’ une volonté politique souhaitant renouveler la dynamique
carmausine en cherchant à créer le plus rapidement possible une « manne
touristique », de l’ autre c’ est une aventure économique fragile nécessitant
une pérennisation à moyen-long terme. L’ étude de cette reconversion illustre
en plusieurs points le risque de conflit entre les deux logiques. Si un
syndicat intercommunal d’ aménagement peut, par une composition mixte d’ élus
et de gestionnaires, arriver à garantir une cohérence entre les deux logiques,
elle ne constitue pas moins un compromis fragile. D’ où une interrogation sur
la réelle capacité d’ une intercommunalité de projet à céder au « syndrome
Futuroscope » . C’ est à dire se transformer en maître d’ ouvrage pour mener
une action à caractère touristique au sein du monde économique, sans interférences
avec des habitudes plus « politiques ».
A ) Une intercommunalité au service de la rentabilité de Cap’ Découverte
Comme nous l’ avons vu, dès l’ automne 1997, le Comité de Bassin a sélectionné
une ligne directrice pour l’ aménagement de la fosse Sainte Marie dont
nous venons d’ étudier les contours et le cheminement jusqu’ à la réalisation
finale. Traditionnellement, le quotidien « Les Echos » rappelle la
difficulté pour les collectivités territoriales de trouver le bon calibrage : «
Faut-il un équipement d’ intérêt départemental qui vise les 80 000 visiteurs et
coûte moins de 15 millions d’ euros ? Un parc régional capable de drainer
quelque 200 000 personnes et nécessitant 30 millions d’ euros d’
investissements ? Ou encore un site d’ ambition nationale à 61 voire 76
millions d’ euros de mise initiale ? ». De plus, l’ autre dilemme est de savoir
ou positionner le curseur entre le ludique et l’ éducatif. En l’ occurrence,
Cap’ découverte se veut un projet intermédiaire sur tous les points. C’ est la
conséquence directe de l’ immixtion des élus dans sa définition et son
pilotage. En effet, cette « activité touristique intelligente » s’ inscrit dans
une terre carmausine qui a été profondément marquée par trois éléments : la
mono-industrie minière, l’ histoire et notamment celle du mouvement ouvrier et
enfin un intérêt particulier pour la vie politique et syndicale. Créer un parc
à thème nécessitait donc une implication des représentants des Carmausins en
tant qu’ intermédiaires avec la population. D’ où l’ intercommunalité de projet
et la nécessité d’un équilibre entre le ludique et l’ éducatif. Mais il est
tout aussi essentiel de définir l’ horizon de cette « logique politique » où
les élus locaux arrivent à modeler les projets. En effet, face à la difficile
pérennisation d’ un pôle de loisir, l’ intercommunalité de projet doit afficher
une mission essentielle : écarter intelligemment les élus locaux des enjeux
économiques et de gestion.
1 ) Sports, Mémoire,
Spectacles : le projet du premier pôle européen a été largement modelé par les
représentants de la population.
L’ ambition affichée est de devenir le « premier espace européen de
multiloisirs . Pour ce faire, le « pôle Sport » s’ appuie sur la géographie
particulière du site et vise à exploiter au maximum les parois de la fosse
Sainte Marie en affichant une thématique autour des sports de glisse. Pour Paul
QUILES, « Cap’ Découverte n’ invente rien mais c’ est le seul lieu en Europe où
il y a une telle concentration de roule et de glisse ». Proposer 40 activités
sportives est en effet indispensable pour la rentabilité économique du lieu qui
prévoit une tarification par activité et non par entrée sur le site . Cela
représente d’ ailleurs au sein de la campagne de communication entreprise
autour du pôle de la dernière « revendication populaire carmausine ». En effet
il a été ardemment défendue l’ idée qu’ une ancienne famille de mineurs puisse
pouvoir fréquenter ces lieux historiques à moindre coût. Cet accès gratuit est
aussi présenté comme une dernière survivance du « socialisme municipal » où les
administrés jouissaient de divers avantages en matière tarifaire et d’
intervention publique ( parkings gratuits, services publics facultatifs
développés... ). Ensuite, l’ offre du parc prévoit de s’ articuler autour d’ un
pôle « Mémoire ». Préserver la mémoire du Carmausin et l’ histoire de sa mine
est en effet indispensable dans le cadre d’ un projet de reconversion de site
car c’ est la meilleure façon d’ impliquer les anciens mineurs dans l’
opération et de s’ assurer leur soutien. Ce pôle s’ articule notamment autour
d’un musée-mine. Créé par 6 mineurs retraités en 1989, le projet de
réaménagement de La Découverte a constitué l’occasion de rénover ses 350 mètres
de galerie en 2000-2001. Il a bénéficié de 4 millions de francs ( 0,6 millions
d’ euros ) de travaux et s’est ainsi enrichit d’ un nouveau parcours d’
exposition grâce au multimédia, des spectacles automatisés et une mise en scène
vidéo. L’ un de ses créateurs, Elisée ROUMEGOUX, rappelle le sentiment des
mineurs de Carmaux qui « ont vu les puits fermer les uns après les autres et se
sont dit qu’ il fallait faire quelquechose pour laisser une trace de ce
formidable patrimoine ». L’ intercommunalité s’ est fixé pour objectif de
doubler la fréquentation. Les élus ont donc cherché à redéployer le Carmausin
en respectant une certaine continuité historique et sociale entre la
reconversion de site et l’ identité du bassin. Cela a notamment contribué à
ancrer la communication autour de ces symboles. Cela donne aussi des
particularités au projet Cap’ Découverte qui devra faire valoir sa singularité
dans un environnement fortement concurrentiel.
2) Le paysage français
des parcs de loisirs et les particularités de Cap’ Découverte justifient la
nécessité d’ adopter une rigueur économique de gestion.
On dénombre aujourd’hui en France une bonne dizaine de parcs à thèmes de
dimension nationale, une cinquantaine de parcs régionaux, une dizaine de parcs
aquatiques, plus d’ une centaine de parcs botaniques sans oublier un bon
millier d’ écomusées. Autant de projets signifient que le marché français est
loin d’ avoir atteint sa maturité. En effet, un Français sur trois va une
fois par an dans un parc à thème, contre un Européen sur deux, et trois
ressortissants du Bénélux sur quatre . Pour Sylvie FAIJANET, Présidente du
Syndicat national des espaces de loisirs, d’ attractions et culturels, on peut
légitimement penser que « s’ il n’ y avait pas de potentiel, les investisseurs
ne seraient pas assez fous pour retomber dans les tentatives malheureuses de la
fin des années 1980, qui ont vu notamment la déconfiture de Mirapolis, à
Cergy-Pontoise ». L’ avenir de ce secteur tient à sa diversité. Pour Olivier de
BOSREDON, président de Grévin et Compagnie, « La croissance du marché du
divertissement familial n’ est pas terminée en France, pays qui se situe à la
traîne par rapport à l’ Europe du Nord; les Français sont prêts à payer le prix
si on leur propose des produits de qualité ». La principale raison des échecs
ou des difficultés des parcs est principalement l’ absence d’ investissements
ce qui pousse certains parcs à y consacrer 10 à 12 millions d’ euros par an. «
La clé de la rentabilité tient dans la re-visite du parc. Si vous n’ avez pas
ponctuellement de nouvelles attractions ou de nouvelles animations, vous êtes
fichu ». Aussi, les parcs à thèmes oscillent souvent entre « espoirs et
désillusions ». Si ce genre d’ équipement peut apparaître comme une alternative
dans certaines régions déshéritées, tout ne se passe pas forcément comme le
rêvent les élus. En effet, la prolifération inquiète certains analystes. Pour
Jean VIARD , « les parcs à thème connaissent un tassement de fréquentation,
voire, pour certains, une régression assez importante, à mesure que les projets
se multiplient alors que la solvabilité des Français reste constante ». Sur ce
point, la Dépêche du Midi a dressé un sombre bilan des homologues de
Cap’Découverte dans la moitié Sud de la France. Tout d’ abord, la Cité de l’
Espace de Toulouse a subi en 2002 un tassement net de fréquentation, consécutif
à la catastrophe d’ AZF . Le Futuroscope, cité en exemple pendant des années,
est passé de 3 millions de visiteurs en 1995 à 2 millions en 2001. Enfin, en
Aveyron, le parc Micropolis consacré aux insectes a attiré en 2000 près de 105
000 personnes ce qui est en deçà des espérances des organisateurs. Seul le Parc
de la Préhistoire en Ariège a réussi à tirer son épingle du jeu en attirant 60
000 visiteurs l’ an passé. La situation financière est en revanche catastrophique
pour l’ espace muséographique du Pont du Gard. Aussi, Paul QUILES a beau
déclarer que « [Cap’Découverte] n’ est pas un parc d’ attraction, mais un lieu
unique en Europe », il n’ en est pas moins confronté aux règles classiques d’
amortissement des investissements. Le Député a déjà été obligé de réviser ses
prévision en matière d’ équilibre budgétaire. En 6 mois, il est passé « d’ un
équilibre dès 2002 avec 150 000 visiteurs » à « un équilibre d’ ici 4 à 5
ans ». En effet, le pari de Cap’Découverte apparaît d’ autant plus risqué que
l’ entrée du pôle est gratuite et qu’ elle justifie aux yeux du député du Tarn
une absence de réinvestissement à moyen terme . Les visiteurs ne payent que
pour les activités qui les tentent et la dépense moyenne du visiteur peine à s’
élever. En effet, il est prévu une dépense moyenne de moins de 15 euros ce qui
est deux fois moins qu’ à Euro Dysney ( 33 euros ) et surtout 5 euros de moins
que la moyenne nationale. Cela place donc le projet carmausin dans un cadre
concurrentiel et économiquement fragile, nécessitant une indispensable rigueur
en matière de gestion économique.
3) L’ intercommunalité
de projet comme garant de la logique économique
Il apparaît difficile que le projet de La Découverte puisse à terme déroger aux
règles de fonctionnement et aux stratégies d’ investissement de ses homologues.
Aussi, le SID a un rôle essentiel. En effet, les collectivités locales et les
élus locaux sont avant tout des gestionnaires et accessoirement des managers.
Cela ne remet par en cause leur concours qui est essentiel comme le rappelle
Jean-Michel GENETEAU , responsable des services à la FNSEM ( Fédération
Nationale des Sociétés d’ Economie Mixte ). « Les sites touristiques
thématiques gérés par des personnes publiques constituent des produits
touristiques facteurs de développement local et d’ amélioration de la qualité
de vie. Comme il faut les porter sur le long terme, le privé n’ y investit pas
spontanément. La collectivité finance donc l’ investissement, les
infrastructures, impose un cahier des charges avant de passer un contrat d’
affermage avec un opérateur privé ou de rester partie prenante dans l’ organe
dirigeant via une SEM ». Mais malgré ce rôle essentiel, les élus ne
tendent pas à rechercher systématiquement une rentabilité directe. Ils sont
attirés par la rentabilité induite grâce à la création de flux touristiques et
commerciaux supplémentaires qui alimentent l’ économie de leur région. Aussi,
en coopérant de façon collective au projet de Cap’Découverte, chaque collectivité
du bassin espère tirer en priorité des bénéfices sans trop se soucier du
fonctionnement et de la gestion de « l’ aimant touristique . On peut illustrer
ce raisonnement en prenant l’ exemple de la reconversion du site de la
dynamitière de Blaye grâce à la construction de 160 chalets. Sur cet
emplacement où la mine avait ses réserves de dynamite, le SID a su attirer le
promoteur Québex Promotion. Guy-Pierre FABRE, Maire de Blaye-les-Mines espère
avant tout « un petit plus pour les commerces de Blaye-village : la coiffeuse,
l’ épicerie-tabac-journaux et l’ agence postale, qui marche très bien et dont
nous demandons le maintien. Ils seront sur le circuit. Il manque un café, cela
pourrait susciter des vocations... » . Le Maire voit ensuite une réponse à ses
interrogations sur le devenir des terrains des anciennes houillères qui
possédaient 600 hectares sur les 800 que comptent la commune. Aussi le SID doit
permettre de dépasser à la fois de tels intérêts individuels et politiques pour
imposer des personnels spécialisés dans la gestion ainsi qu’une logique
économique qui, seule, peut garantir la pérennité économique du site. Les
enjeux intercommunaux sont donc triples dans un projet de reconversion. Il s’
agit tout d’ abord de se fixer un objectif. Carmaux a, à n’ en pas douter, su
construire un projet exceptionnel. Il faut ensuite mener à terme sa réalisation
et enfin le gérer. Carmaux s’ est engagé, sur ces deux points, respectivement
dans une course contre la montre et a pris un pari touristique. Pour atteindre
ces objectifs, l’ intercommunalité de projet qui n’ est pas « une entreprise
comme les autres » peut constituer un poids supplémentaire pesant sur les
capacités d’ action.
B) Les risques
supplémentaires des projets associant action politique et économique.
Carmaux a en effet pris deux paris majeurs sur l’ avenir. Le premier est de
devenir un pôle touristique majeur au sein de Midi-Pyrénées susceptible de
profiter à toutes les communes du bassin. Le second est de gérer la
communication autour d’ un suspens entretenu par l’ ouverture retardée au
public du site. Retard qui sous-entend pour certains témoins une immixtion de
données politiques au sein de la réalisation de Cap’Découverte. Cela appelle
donc une interrogation sur la capacité des collectivités locales à mener à bien
des projets « pharaoniques ». C’ est cette difficile capacité à diriger un
chantier en faisant respecter des délais et en substituant une vision
économique à une approche politique des projets qui constitue le point faible
des entités intercommunales .
1) le premier pari :
créer un pôle touristique rentable avec des flux secondaires vers toute une
région
Christophe ROUSSEL, directeur du site de La Découverte, évoque dans une étude
réalisée en 1999 par le cabinet KPMG qui prévoyait 170 000 visiteurs par an sur
son site. Elle lui semble cependant pessimiste car Albi et Cordes reçoivent
déjà 1 million de personnes par an. Les chiffres avancent en 2002 entre 300 000
et 500 000 visiteurs par an . Quoi qu’ il en soit, la priorité en matière touristique
est de créer un triangle touristique du Tarn Nord s’ articulant entre Albi,
Carmaux et un dernier ensemble formé par le Gaillacois et Cordes-sur-Ciel. Cela
tant pour les personnes séjournant dans le Tarn que pour les touristes de
passage. En effet, contrairement à ses homologues du grand Sud ( Walibi à côté
d’ Agen, Micropolis en Aveyron, la Cité de l’ Espace à Toulouse ou le Parc de
l’ Art Préhistorique de Tarascon sur Ariège... ), Cap’Découverte s’ inscrit
dans une logique d’ hébergement à même de produire un déversement
touristique autour du pôle carmausin. Cela résulte notamment de l’
intercommunalité qui en est à l’ origine et d’ une logique de développement
local axée avant tout sur un bassin et une région à potentiel touristique. Le
but est donc que Carmaux serve de point de départ pour une découverte de la
région. D’ où, aussi, la construction d’ une vaste « Maison du tourisme » à l’
entrée du site. Cela est en conséquence à l’ origine de plusieurs
investissements pour créer des formules d’ hébergement en chalet dans un
premier temps et en hôtel dans un second temps. L’ idée est pertinente car la
fréquentation des offices de tourisme illustre les potentialités du tourisme
local : Albi dépasse les 100 000 visites, Cordes les 70 000 visites puis un
groupe formé de Mazamet, Gaillac et Castelnau-de-Montmiral dépasse les 10 000
visites. Cela consacre la place du Tarn qui s’ inscrit traditionnellement dans
un circuit touristique principal qui part de Toulouse et remonte vers Albi et
Cordes avec des ramifications vers le Sidobre ( Mazamet ) puis le vignoble de
Gaillac et ses bastides ( Castelnau-de-Montmiral ). Carmaux, cité industrielle,
a toujours été à l’ écart de ces circuits de découverte et doit donc s’ imposer
. Sur ce point, les revendications des communes ne constituent pas un poids
supplémentaire. En effet, selon le comité départemental du tourisme et malgré
des résultats mois par mois très différents d’ années en année, la durée
moyenne de séjour varie selon l’ hébergement est en hôtellerie ( 1,7 jours ),
en hôtellerie de plein air ( 3,4 jours ) ou en gîte ( plus de 10 jours ). Par
une politique d’ entrée gratuite et de paiement par attraction, Cap’ Découverte
peut capter deux clientèles inhabituelles pour les parcs d’ attraction en plus des
scolaires, des comités d’ entreprise et du tiers de Français qui s’ y rend une
journée par an :
- une qui est extrêmement fugitive et qui souhaite passer moins d’ une journée
dans un parc. Un droit d’ entrée élevé n’ est pas rentable pour elle compte tenu
du temps qu’ elle passe sur le site. Elle est à même d’ être réorientée ou
incitée à faire un détour pour continuer sa route.
- l’ autre qui est prête à passer entre 2 et 3 jours dans une région en
revenant plusieurs fois dans les lieux qu’ elle apprécie. On peut considérer
qu’ un pôle comme Cap’ Découverte, étant donné sa politique tarifaire et ses
formules d’ hébergement, peut permettre une alternance entre une utilisation
des équipements de la fosse Sainte Marie et la découverte de la région.
De plus, dans ses commentaires sur le tourisme dans le Tarn, l’ Agence Tarnaise
de Développement ( AGATE ) rappelle que les hébergements meublés tels que ceux
proposés par le village québécois de Blaye sont les formules qui captent
globalement le plus de touristes et les retiennent le plus longtemps. La
tendance du nombre d’ occupants est à la hausse car elle tend à s’ établir à 8
personnes par meublé en moyenne. Quant à la durée de séjour elle est en
allongement ( entre 10,6 et 12,5 jours ). La conciliation de l’ offre d’
hébergement avec cette politique tarifaire doit permettre de capter une
clientèle qui n’ est pas forcément celle qui fréquente traditionnellement les
parcs thématiques et de la déverser autour du pôle.
2 ) Le second pari :
communiquer malgré un chantier interminable
Véritable jeu de questions-réponse entre journalistes et responsables du SID,
une analyse de la presse de 2002 prend l’ allure d’ une course contre la
montre, voir d’ un « sprint » . En Décembre 2001, l’ hebdomadaire « Tarn Info »
titrait encore « Cap’Découverte : ouverture cet été ». Le calendrier général
était le suivant :
- juillet 2002 :
- ouverture des activités sportives, des structures d’ accueil du public et de
la première tranche des chalets québécois
- ouverture des activités du pôle spectacle : espace grands festivals et
théâtre de verdure
- ouverture du pôle Mémoire : musée de la mine, parc des titans, jardins
du jurassique
- printemps 2003 :
- ouverture de l’ auberge pour les sportifs et les scolaires et de l’ hôtel
trois étoiles
- saison 2003 :
- ouverture de la Maison de la Musique et de la seconde tranche
du village québécois
Cependant, 3 mois plus
tard en mars 2002, le quotidien « La Dépêche du Midi » titrait son cahier
départemental avec la question suivante : « Le site de Cap’Découverte
ouvrira-t-il à temps ? » . Rappelant l’ effort d’ imagination nécessaire au
visiteur observant le ballet des travaux pour se représenter les
infrastructures promises, le journal reprenait en guise de réponse les propos de
René FRAYSSINET, Maire Carmaux et du Maire de BLAYE mettant le retard sur le
compte du mauvais temps et assurant le respect à la lettre du calendrier. Le
SID a perçu cette inquiétude et a commencé dès le début d’ année 2002 un
travail de communication essentiel. Son principal atout a indubitablement été
la conviction de Paul QUILES quant au respect du calendrier. Ingénieur, son
optimisme et sa crédibilité mais aussi sa capacité à communiquer ont permis de
contrer pendant plusieurs mois les incertitudes dont les journalistes se
faisaient l’ écho . Il aura fallu attendre la fin du mois de mai 2002 et le
titre de La Dépêche du Midi « Cap’Découverte patauge encore » pour
aborder une première révision du calendrier. « L’ amphithéâtre de verdure
encore en friche, les 15000 m² de pentes de ski attendant leur revêtement et l’
eau du lac verdâtre et stagnante » ont ainsi repoussé l’ accueil du premier
visiteur d’ un mois. Celui-ci ayant d’ ailleurs peu de chances de profiter des
activités aquatiques et du domaine skiable. Reconnaissant un dépassement du
budget de 5% et un équilibre reporté à 4 ou 5 ans contre 6 mois auparavant, le
retournement de situation a été véritablement reconnu à cette époque-ci. En
plus des missions prévues par ses statuts, le SID s’ est vu propulsé en une
agence de communication chargée d’ entretenir tant bien que mal l’ espoir de
voir le réaménagement aboutir. Tout d’ abord pour démentir certaines idées ( un
pompage de la rivière Cérou pour remplir le lac peut expliquer un débit
anormalement bas de la rivière... ) susceptible de nuire à l’ image du projet.
Ensuite pour entretenir et susciter l’ imagination des habitants du bassin
grâce à des visites guidées du chantier réécrivant avec lyrisme l’ histoire d’
une région qui refuse de mourir. Enfin pour arriver à convaincre que même sans
ses activités nautiques, le parc pourrait être ouvert en 2002. D’ où aussi une
transformation de cette ouverture échelonnée en un suspens entretenu afin de
susciter la curiosité. Cependant, la communication croissante et la
multiplication des interviews rassurantes du Député ont renforcé chez les
Carmausins le sentiment que « Cap’Découverte est un projet porté par les Maires
et le Député en association avec les Charbonnages de France». Autrement dit, le
citoyen qui juge Cap’Découverte juge en même temps son personnel politique. Or,
en « touchant au site », on touche Le symbole historique. Plus que jamais, les
élus locaux se savent au pied du mur. En cas d’ échec de Cap’ Découverte , ils
savent pertinemment que les citoyens et en particulier les familles des anciens
mineurs ne leur pardonneront jamais. Cela ne viendrait qu’ envenimer un
sentiment de trahison général. En 2002, Rolande TREMPE , l’ a d’ ailleurs
analysé comme un élément qui a favorisé une poussée du vote pour l’ Extrême
Droite chez les ouvriers et les employés. Pour les futures intercommunalités de
projet qui suivraient le modèle carmausin, il s’ avère donc indispensable de
transcender les intérêts politiques au profit de la réussite économique d’ une
initiative.
3 ) Les ratées d’ un
projet mêlant fortement le volontarisme politique à la nécessité d’ opérer
rapidement un retour sur investissement.
Mener une action telle qu’ un parc à thème grâce à l’ action intercommunale est
une formule qui plaît aux élus. Ils sont en effet souvent identifiés à un tel
projet. Sylvie JOLIVET et Martine ROBERT prennent l’ exemple du parc d’
exploration scientifique Vulcania consacré à la Terre et surnommé le «
Giscardoscope » par ses détracteurs afin d ‘illustrer la forte implication du
Président du Conseil régional d’ Auvergne Valéry GISCARD d’ ESTAING dans cette
initiative. Seulement, il apparaît légitime de s’ interroger sur le risque de
conflit entre un champ d’ intervention d’ ordre économique et une logique de
pensée plutôt d’ ordre politique. La reconversion de site sur Carmaux illustre
en plusieurs points ces incompatibilités. Elles sous-entendent que, malgré ses
divers avantages, l’ intercommunalité de projet est sujette à certaines
faiblesses et donc plusieurs améliorations. Tout d’ abord, pour le Maire de
Saint Benoît de Carmaux, le retard du chantier est moins lié à des causes
techniques ou atmosphériques qu’ à une véritable logique électorale et plus
particulièrement à l’ inversion du calendrier électoral de l’ année 2002. En
déplaçant les élections législatives en juin 2002 après les élections
présidentielles de mai 2002, les enjeux locaux n’ ont plus été les mêmes. L’
annonce d’ une ouverture de Cap’ Découverte en juillet 2002 est venu s’
immiscer dans la campagne électorale. D’ ailleurs, la première phrase de la
profession de foi de Paul QUILES pour cette élection évoque « la réalisation et
la lancement prochain de Cap’ Découverte » . Pour l’ élu de Saint Benoît, le
Député sortant s’ est laissé prendre à son propre piège en ne souhaitant pas
rentrer en conflit avec son parti. Il s’ est plié à cette inversion de
calendrier alors que si les élections s’ étaient déroulées au mois de mai 2002,
le chantier de Cap’Découverte aurait pu s’ étaler dans le temps. L’ ouverture
aurait sûrement pu être programmée en 2003 avec toutes les activités de
prévues, et des problèmes techniques. La première alerte a eu lieu en juillet
2002 quand un concert du chanteur Joe Cocker a du être annulé trois jours avant
la date prévue . La société de production parisienne estimait que « l’ espace
grand festival » ne remplissait pas les conditions d’ hygiène (pas d’ arrivée
d’ eau ni de sanitaires) et de sécurité suffisantes du fait de « nombreuses
galeries creusées par les lapins et d’ un affaissement de terrain bricolé trois
jours auparavant en coulant du béton ». Conséquence directe des difficultés
pour maîtriser le terrain et le niveau du lac, la « préouverture » a été
fixé au 10 août
2002 le tout sans ski sur surface artificielle et sans activités
nautiques, le niveau du lac étant 10 mètres trop bas. Sur ce dernier point, il
est pourtant intéressant de faire un retour 20 ans en arrière et d’ examiner le
rapport de la commission d’ enquête d’ utilité publique relative à l’
exploitation par grandes découvertes des stots de Carmaux. Il était en effet
normalement prévu de creuser deux fosses dans le bassin Carmausin, dont une, «
La Tronquie-Lavoir » aurait abritée un lac à l’ emplacement de l’ entonnoir et
se serait ainsi trouvée dans la configuration actuelle de Cap’ Découverte
.La commission avait émis des réserves concernant l’ aménagement d’ un tel «
lac » . Un faible renouvellement de l’ eau risquait de transformer cette
étendue en une gigantesque masse d’ eau croupissante et il existait un risque
de vidange progressive par fuites ou fissures de la roche. Enfin, dans un sol
tertiaire à ossature graveleuse faible, des effondrements risquaient de se
produire, surtout à la surface du plan d’ eau, sous l’ effet du clapot. La
Commission affirmait « qu’il n’ était pas douteux que le lac soit à l’ origine
de problèmes difficiles à résoudre ». Elle déconseillait vivement un tel projet
car « La dépense qui en résulterait pourrait bien compenser le coût et les
risques de l’ aménagement d’ un lac ». 20 ans après, Cap’ Découverte est
confrontée à une totale absence de maîtrise du niveau de son lac. En effet,
près de 76 000 euros annuels affecté au pompage ont été budgétisés. Bien que la
montée naturelle du niveau du lac soit régulière ( 1,2 à 1,5 m ) elle n’ aurait
jamais pu permettre une ouverture en 2002. D’ autres problèmes de la même
trempe existent tels que le drainage des parrois de la fosse qui créent des
difficultés supplémentaires. La piste de ski en a fait les frais en 2002 car
elle a été fictime de fissures. A ces éléments, le Maire de Saint Benoît
superpose une fâcheuse tendance à la naïveté des élus. Elle s’ est manifestée
dans le cadre de la reconversion de site par une séduction facile et fréquente
à propos de projets ambitieux associés à Cap’ Découverte. Il rappelle, en ce
qui le concerne, le « coup de bluff » de la Société Générale d’ Entreprise (
SGE, filiale de Vivendi Environnement ) avec son projet de centrale de
cogénération . Sous une apparence cohérente ( des coûts intéressants, des
entreprises étaient séduites et envisageaient de s’ implanter ), le projet s’
est mis en place très rapidement. Comme nous l’ avons évoqué, ce projet
contribuait en plus à moderniser l’ image du Carmausin. Cependant il est
progressivement rentré en conflit avec le cahier des charges d’ EDF, s’ est
avéré parfois incohérent et les entreprises censées s’implanter pour bénéficier
de cette source d’ énergie ont disparus petit à petit. Le « pot aux roses » n’
a vraiment été découvert qu’ au début de l’ année 1999 quand la SGE s’ est
contredit à propos d’ un recyclage du verre techniquement aberrant face à des
élus anciens verriers. Ce « délire », tel que le caractérise le Maire de Saint
Benoît, a été enterré mais il n’ a jamais fait l’ objet d’ une annonce officielle
à la presse. Le dernier exemple à peu près similaire concerne les difficultés
auxquelles s’ est heurtée la société Québex à propos de la construction des
chalets. « Trois chalets achevés aux toits bleus et rouges, deux en
constructions recouverts de bâches plastiques transparentes : c’ est ce qui a
été réalisé en tout et pour tout en septembre 2002 » commentait La Dépêche . La
société québécoise à qui a été déléguée la construction et la gestion de l’
hébergement en chalet s’ est heurté à une faible demande. Elle l’ explique par
une offre de location complexe et peu flexible, l’ attente du public de voir le
parc véritablement en fonction pour investir et aussi une dégradation
prématurée des chalets ( le climat tarnais étant humide, les planches très poreuses
absorbent l’ eau et la restituent en séchant en provoquant une déformation et
un noirçissement des façades ). Pour faire face à ces désagréments et « partir
sur de nouvelles bases », une nouvelle société ( Cap Invest ) a été crée. Son
capital est détenu à 50% par une nouvelle société ( Odalys ) à qui sera
confié la gestion de l’ hébergement, le reste à l’ ancien gestionnaire et ses
associés.
En conclusion, au
risque de crédulité s’ ajoutent les lacunes en matière de gestion ou d’
expertise technique. A cela s’ ajoutent les rivalités potentielles pour
profiter des retombées d’ un pôle majeur et les effets d’ annonce à caractère
politique. On pourrait être tenté de rejeter la formule de la maîtrise d’
ouvrage intercommunale au profit de la société d’ économie mixte. Pourtant, la
formule carmausine présente une réelle capacité d’ action. Il faudrait arriver
à moduler cette influence des élus locaux, savoir les entendre pour dessiner
les contours d’ un projet mais également savoir jongler de façon cohérente
entre les éléments qui sont ceux de l’ action politique et ceux qui sont de l’
ordre de la gestion économique. Cette capacité à moduler les partenariats peut
être recherchée au travers de l’ expérience locale en matière de
réindustrialisation.
– CHAPITRE 3 -
L’ INDUSTRIE EN ACTION GRACE A LA MODULATION DE LA DYNAMIQUE
INTERCOMMUNALE
Les
dynamiques intercommunales au sein de l’ Agence de Développement Industriel de
la Région Albi-Carmaux ( l’ ADIRAC ) sont un exemple des enjeux mais aussi des
difficultés de moduler les partenariats entre acteurs politiques et
économiques. C’ est le résultat escompté de l’ action qui doit déterminer la
forme de cette dernière afin de maximiser les chances d’ obtenir le résultat
escompté. Ici, il s’ agit de retisser un tissu dynamique et pérennisé de
petites et moyennes entreprises sur le Carmausin en mettant en valeur les
atouts d’ un bassin élargi à l’ aire « Albi - Carmaux - Toulouse ».
I) Un système « d’
Agence » pour le redéploiement économique local.
Pour reconvertir un bassin industriel comme celui de Carmaux il est nécessaire
de procéder par plusieurs étapes. Cependant, la réindustrialisation en est une
d’ assez particulière puisqu’ elle regroupe à la fois plusieurs éléments:
- Economiques avec la recherche et l’ aide à l’ implantation de nouvelles
entreprises dans un ancien bassin mono-industriel.
- Politiques avec la création de dynamiques intercommunales adaptées mais aussi
la capacité à animer une vie locale sans les Houillères ( culture, loisirs,
commerces, services publics facultatif