Le dolmen du Roc
de la Vierge
par
Jean LAUTIER
Extrait de la
Revue du Tarn en 1960
Une étude d’ensemble des mégalithes tarnaises et en
particulier des dolmens serait éminemment souhaitable pour une bonne compréhension
de la préhistoire départementale. Cependant, l’étude des vingt-trois dolmens se
révèle difficile. Tous ont été anciennement fouillés, très mal fouillés pour la
plupart, la recherche de trésors sans aucun souci vis à vis de l’histoire,
ayant prévalu sur une étude désintéressée de leur mobilier. De ce fait, bien
des matériaux ont échappé aux premiers fouilleurs et, parmi eux, rares sont
ceux qui nous ont laissé une trace écrite de leurs découvertes.
Nous devons à M. Delpech et au chanoine Farenc, une étude du
dolmen du Verdier basée sur des notes laissées par les abbés Terral et Ravaille.
Cet effort a paru d’autant plus louable qu’il est nécessaire aujourd’hui pour éclairer
la question, de revoir quelques-uns des dolmens tarnais sinon tous, et de publier
le résultat des recherches, compte tenu de notes antérieures s’il en existe. c’est dans cette perspective que les spéléos-clubs d’Albi et
de Cordes ont visité cette année 1960 le dolmen du Roc de la Vierge à Milhars. Les
résultats ont été positifs à la suite d’une fouille minutieuse et patiente.
Pour une meilleure clarté de l’étude, nous avons groupé les
découvertes successives en un tableau qui donne chronologiquement les résultats
acquis.
Les premières découvertes connues furent faites par un habitant
des lieux et son fils, le sieur Capou. Auguste Vidal, lors de la visite qu’il
fit au monument le 8 juillet 1900 relata les découvertes faites par son prédécesseur
et tenta de les lui acheter. Les travaux de Vidal à cette date furent des plus
sommaires. Entre 1930 et 1935, l’abbé Terral fouilla à son tour le dolmen. Les
quelques pièces qu’il découvrit sont actuellement au musée du petit séminaire
de Saint Sulpice. leur dessin nous a été communiqué par
M. le chanoine Farenc que nous remercions bien vivement. En janvier 1955, le spéléo
club de Cordes entreprit l’examen des restes de la chambre sépulcrale et découvrit
quelques pièces. Enfin du 11 au 29 mai 1960, ce même club, en collaboration
avec le spéléo club Albigeois, vida entièrement le monument et passa tous les déblais
ainsi que l’intérieur de la chambre au crible de 4 mm. Compte tenu des débris
humains retrouvés, il fut découvert 479 pièces. ces
derniers résultats nous permettent d’espérer qu’une fouille méthodique bien
conduite peut, appliquée à d’autres monuments, faire venir au jour un mobilier
jusqu’ici inconnu. Telles sont donc les cinq fouilles successives qui ont été pratiquées
au dolmen de la Vierge.
Le dolmen du Roc de la Vierge appelé localement le dolmen du
Pech de Blazy, se situe dans la commune de Milhars au sommet d’un mamelon
calcaire, au milieu d’un bosquet de chênes, à 100m environ à gauche d’un vieux
chemin de crête allant de Mayrin à Aussevaysse, à 3 km de Mayrin. Ses coordonnées
en fonction de la carte d’Etat Major au 1/50 000e de Cahors Sud-Est 206 sont
les suivantes : X : 564,07; Y : 201,10; Alt. : 349 m.
Le monument se présente tel que l’a décrit Vidal dans son « Excursion
à Milhars ». Toutefois le matériau employé par les préhistoriques n’est pas le
grès mais le calcaire du pays, une variété de calcaire lithographique du Sinémurien.
Le dolmen se présente comme tassé sur lui-même avec les deux pans cassés de sa
table, chacun d’eux en position oblique sur les piliers latéraux à demi enterrés.
Partie N : 2,35x1,40x0,30m; Partie S : 2,40x1,70x0,40
m. Chaque pan repose en oblique sur les deux montants latéraux très enterrés. La
chambre est trapézoïdale de 2x1,97x1,42 m fermée au NO
par une dalle et au SE par un muret de pierres sèches. Orientation NO-SE. Une végétation
relativement dense l’entoure ainsi qu’un amas de pierres provenant
vraisemblablement des déblais anciens de la chambre. Dans son état présent, il
n’est pas possible de dire s’il était ou s’il n’était pas sous un tumulus. Son
entrée accessible est axée au Sud Est. Une murette en pierre sèche retrouvée au
cours des dernières fouilles fermait primitivement le monument comme l’indique
le croquis.
Malgré les fouilles anciennes qui avaient bouleversé l’intérieur
de la chambre de plan rectangulaire le décapage se fit par couches successives.
Quelques rares parties intactes furent inspectées le long de parois et dans les
angles intérieurs du dolmen. C’est dans cette partie que furent découvertes les
pièces suivantes : 42 perles plates de collier taillées dans l’os, 11 perles en
stéatite de même forme mais de diamètre plus restreint ( 5mm pour 8 à 10 mm
pour les perles en os), 6 fragments de poterie informes de 7 mm d’épaisseur, 6
magnifiques pointes de flèche à ailerons, un bouton prismatique en V très
caractéristique taillé dans de l’os, 3 haches polies, 2 lames de silex, 1 petit
polissoir à aiguilles en grès dur, enfin 452 restes humains se décomposant
comme suit : 5 fragments de calotte crânienne appartenant à un adulte, 2
fragments d’os du bassin, 26 incisives dont 22 d’adulte et 4 d’enfant, 23 dents
ou fragments peu identifiables, 83 molaires, 9 canines, 50 phalanges de doigts
de pied ou de la main. Les autres débris restants sont difficiles à interpréter
mais sont tous humains et semblent avoir été concassés (os longs pour la
plupart). Ces restes gisaient pêle-mêle à tous les niveaux sans traces d’incinération.
Ces objets sont déposés dans les musées Toulouse Lautrec à Albi
et Charles Portal à Cordes.
Les pièces du mobilier vont nous permettre de préciser l’emplacement
du dolmen dans le contexte mégalithique régional.
D’abord, il ressort
de l’ensemble des restes humains le fait que le monument était une sépulture
collective ( clan ou famille ?) comprenant des adultes
et des enfants. Des offrandes rituelles dont le moment nous échappe, sont
attestées par la présence indiscutable de la poterie. Le matériau est très
fruste, constitué de terre à cassure noire, mal amalgamée, friable, présentant
de petites alvéoles, le tout maintenu par un dégraissant primitif constitué de
petits fragments de calcaire. Il n’est pas possible, d’après ces débris d’évoquer
un volume ou une simple forme.
Parmi les objets recueillis, il en est de classiques telles
les 53 perles, les 3 hachettes dont une en serpentine découverte par Capou, l’autre
en grès dur découverte par le spéléo club de Cordes présentant un côté latéral
plat à notre sens naturel, et toute sa surface bouchardée sauf l’aminci du
taillant. La pendeloque en grès ovale dont Terral n’a retrouvé qu’un fragment
pourvu de l’arrondi d’un trou de suspension pouvait être un élément du collier.
Quant au polissoir en grès, ce devait être un objet domestique propre à un défunt.
Nous n’avons pas eu en main les deux pointes en feuille de
laurier découvertes par le spéléo club de Cordes et Capou. Malgré cela, les
quatre pointes de flèches restantes sont très suggestives par leurs formes. toutes les quatre sont pédonculées, certaines à ailerons
bien façonnées, à arrêtes vives et très plates. Le bouton prismatique en V au
contraire rattache le dolmen du Roc de la Vierge au groupe des dolmens du
Quercy dont l’étendue géographique couvre le Lot, le N.O de l’Aveyron, le Nord
et le N.E du Tarn et Garonne, la bordure N.O du Tarn, précisément les plateaux
calcaires de Milhars. Le groupe Rhodézien, plus à, l’Est, couvre la majorité centre,
Est et S.E de l’Aveyron, l’extrême Nord de l’Hérault et l’Ouest du Gard.
Bien que les boutons prismatiques soient caractéristiques
des dolmens de l’Ariège et des Pyrénées Orientales, le Quercy vient au deuxième
rang des V-boutons français et c’est dans son groupe que doit se placer le
dolmen du Roc de la Vierge.
En conclusion, ce monument semble établir un lien entre les
deux groupes précédemment définis. Il est dommage que sur les cartes de répartition
des influences et propres à la diffusion des mégalithes, le Tarn se signale par
un vide. Le mobilier trouvé par MM. Delpech et Farenc au dolmen de Peira-Levada
près du Verdier accuse un milieu rhodézien. Que donneraient la publication, même
incomplète, du mobilier dolménique tarnais ainsi que de nouvelles fouilles?
Telle est la question qui se pose et dont la résolution permettrait de situer
le Tarn. La répartition des Rhodéziens, leurs caractéristiques sont bien
connues. Il en va différemment pour le Quercy dont la dénomination « civilisation
mégalithique du Quercy » est encore provisoire.
Ainsi, à l’aube de l’introduction du cuivre dans nos régions,
pourrions nous préciser le mégalithique tarnais et le placer dans son contexte
géographique véritable. La question mérite d’être étudiée.
Albi le 8 novembre 1960
J. LAUTIER
Note : Les fouilles de 1960 ont été faites par MM. LAUTIER, THUBIERES,
VIRAZELS du spéléo club Albigeois; MM. SALINGARDES, RIGAL, KUPIAL du spéléo
club de Cordes.
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Autres sites mégalithes inventoriés.
Extrait du mémoire N°2 de Jean LAUTIER - Fédération Tarnaise
de Spéléo Archéologie.
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Commune de MILHARS : le dolmen de Gezelles
A 500 m environ au N de Grezelles, près du chemin descendant
vers Milhars en passant par Combesourbié, sur un emplacement dégagé existe un
cite dolménique pratiquement détriut. Il est constitué d’une petite fosse
quadrangulaire de 2,20x1,60 m , profonde de 0,60 m
orientée NE-SO. 0,70x0,70x0,12 m autrefois plantée d’après
M. TABARLY. A l’extérieur, une petite dalle de 0,44x0,73m.
Anciennement fouillé par l’abbé Terral, M. TABARLY y
recueillit des ossements humains et des perles de chapelet.
Le musée Toulouse Lautrec d’Albi possède 1 pointe de flèche à
ailerons, 9 perles annulaires en os et une stéatite provenant des recherches de
l’abbé Terral.
Commune de ROUSSAYROLLES : le dolmen de Peyroseco, Pyro
grosso, Fourcou.
En partie détruit, le dolmen de Peyroseco est situé sur une
petite croupe boisée calcaire à 1 km au NO de Roussayrolles. Il se compose de
trois dalles en place limitant en partie une chambre légèrement trapézoïdale de
: 3,10x2,20x2,10 m circonscrite au nord par un demi-tumulus en pierres sèches
dans lequel émergent d’anciennes dalles ayant servi de montants ou de
couverture. Deux grandes dalles recouvrent en partie la chambre côté sud. Fouillé
à diverses reprises, il a été étudié par
le spéléo club Albigeois qui le reconstitue.
Sa chambre et son tumulus ont livré un matériel intéressant
comprenant : 1 hache polie, 23 pointes de flèches typiques du Quercy, 1 lame en
silex, 89 perles dont 12 en cuivre, 24 coquillages percés, 1 épingle à tête
plate. 13 pendeloques en os, jayet ou dents percées, des tessons de poteries chasséenne, camponiforme, du Bronze ancien ainsi
que des tessons gallo-romains et médiévaux.
Plus de 850 dents humaines attribuées à une soixantaine d’individus
et 9 kg d’ossements brisés. C’est un des dolmens les plus importants du Sud du
Quercy.
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Excursion à MILHARS : le dolmen inédit
par Auguste VIDAL
Extrait de la Revue du Tarn - Tome 22 - 1905
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Par l’intermédiaire
de M. Larroque, pharmacien à Albi, M. Roumiguière, un négociant albigeois
devenu industriel à Milhars, nous signalait, il y a quelques années, l’existence
d’un dolmen inédit sur le territoire de cette commune. Ces témoins des époques
préhistoriques sont si rares dans nos régions que, au risque d’une déception,
MM. Amilhau, Jeanselme et moi nous nous décidâmes à risquer le voyage.
Nous partîmes le dimanche, 8 juillet 1900, à 6 heures un
quart du matin; à 8 heures nous étions à Lexos où M. Roumiguière nous attendait
avec sa voiture
M. Roumiguière avait mis à notre disposition M. Robert Jean-Pierre,
celui-là même qui lui avait révélé l’existence du dolmen. Nous nous dirigeons
donc vers le Causse, et M. Robert nous
raconte que le monument mégalithique, que nous sommes venus chercher si loin,
est situé en plein Causse, sur le chemin qui mène d’Aussevaysse à Mayrin; il
porte dans le pays le nom de « Roc de la Vierge ». On peut rapprocher cette dénomination
de la légende qui s’est créée autour du dolmen de Valdériès, elle nous fut
racontée, un jour que nous étions allés, M. Lacroix et moi, visiter le Puy
Saint Georges. La Vierge, voulant contribuer à la construction de la cathédrale
d’Albi, aurait chargé sa tête et ses épaules des trois énormes pierres qui
forment le dolmen; mais arrivée en vue de la ville, elle s’aperçut qu’elle
arrivait trop tard, l’église était construite. Alors elle posa les pierres là où
on les voit encore. Au reste, dolmens, menhirs, cromlechs sont partout entourés
d’une légende à peu près semblable.
Pendant que nous escaladions, sous le soleil implacable, les
pentes abruptes du Causse par le chemin d’Aussevaysse à Mayrin, et à mesure que
nous approchions du but, nous devenions plus sceptiques à l’endroit de l’existence
du dolmen. Etait-il possible qu’un monument mégalithique situé à quelques kilomètres
d’Albi, presque aux portes de Montauban, dans une région traversée par la voie
ferrée depuis une trentaine d’années, eut échappé aux
recherches des savants? Notre guide avait beau nous décrire le « Roc de la
Vierge », notre scepticisme n’en persistait pas moins. depuis
longtemps, nous disait-il, il avait été frappé de l’étrangeté de ces pierres
colossales, les seules que l’on rencontrât dans le pays, de leur arrangement
qui dénotait l’emploi de forces humaines et non naturelles. Il les avait comparées
au dolmen de Vaour; il avait interpellé sa géographie - le géographie paraît être
l’unique livre qu’ouvre ce brave homme - . De ces lectures, de cette
comparaison était résulté pour lui la conviction qu’il avait découvert quelque
chose qui pouvait offrir de l’intérêt pour des savants, puisque lui, qui n’avait
aucune prétention à la science, s’y était intéressé. Et M. Robert s’en était
ouvert à M. Roumiguière qui nous signala la découverte.
La foi robuste et raisonnée de ce paysan nous réconforte
quelque peu. Au reste nous allons bien voir. Nous avons atteint, en effet, la
cime du plateau sur lequel s’étend le Causse. Le « Roc de la Vierge » n’est pas
loin. Notre guide a toutefois quelque peine à le redécouvrir tant il est enfoui
au milieu des arbres; il faut une grande habitude des lieux pour mettre la
main, du premier coup, sans tâtonnements, sur l’édifice mégalithique.
Enfin, le voilà! Notre première impression est une déception.
nous nous attendions à nous trouver face à face avec
un dolmen inviolé, un monument dressant sa table d’autel sur ses trois pieds de
pierre ; nous escomptions la présence significative d’un menhir. Or, rien de tout cela, rien qu’une pierre géante, cassée par le milieu,
rongée par les lichens et les mousses et comme ridée par les siècles. Cependant
c’est bien un dolmen. Du premier coup d’oeil on devine que la pierre, d’un grès
grossier, n’est pas dans son milieu naturel puisqu’on est en pleine région
calcaire. Bien qu’effondrée,, affaissée pour ainsi
dire sous le poids des siècles, la table repose sur les trois pierres
classiques qui supportent trois de ses côtés. Elle est sillonnées de stries d’une
régularité presque géométrique; mais on s’aperçoit vite qu’elles n’ont pas été creusées
par la main de l’homme; elles sont l’oeuvre du temps qui a rongé les parties
molles du grès. Le dolmen est orienté Nord-Ouest Sud-Est; l’entrée s’ouvre sur
le Sud-Est.
La longueur de la table est de 2 mètres 30 centimètres; des
deux tronçons, l’un mesure 1m,20 l’autre 1m,30. Elle
est donc plus large que longue. L’épaisseur est de 45 centimètres; il n’a pas été
possible de mesurer la hauteur des pieds; leur épaisseur est de 20 centimètres.
Armé d’une pioche et d’une pelle, Robert se met aussitôt à l’oeuvre,
pendant que MM. Amilhau, Jeanselme et nous, l’appétit aiguisé, pendant par une
longue course, nous dévorons le déjeuner que nous avions eu la précaution d’emporter.
Il dégage les abords du dolmen. Derrière la pierre qui le ferme, à 50 ou 60
centimètres au-dessous du sol, sa pelle ramène une molaire humaine, absolument
intacte, mesurant exactement 21 millimètres de longueur; la couronne a 7 millimètres
de diamètre.
Sur nos indications, Robert essaie de fouiller l’intérieur même
du dolmen. Il faut abattre quelques jeunes chênes dont la présence à l’entrée même
rendait les fouilles impossibles. Elles n’en restent pas moins difficiles; la
table, en effet, repose presque sur le sol dont elle n’est distante que d’une
soixantaine de centimètres, et c’est par l’espace assez étroit que met à nu la
fracture de la table qu’il faut manoeuvrer la pioche. Les fouilles faites dans
ces conditions ne pouvaient guère être heureuses; cependant elles amènent la découverte,
à une soixantaine de centimètres de profondeur, de débris d’ossements humains
et, trouvaille très caractéristique, d’un débris de collier. C’est une
rondelle, taillée en plein coquillage, de 10 millimètres de diamètre, percée d’un
trou à son centre.
Ces rares témoins mis à jour nous suffisent pour conclure : nous
sommes en présence d’un dolmen servant de sépulture à un chef ou à un prêtre. Au
reste, un jeune garçon du pays, Capou, que Robert avait réquisitionné, nous
tirait enfin des profondeurs de ses poches et nous montrait une douzaine de
rondelles en tout semblables à celle que nous avions recueillie, et qui
certainement avaient appartenu au même collier; un fragment de hache polie, en
serpentine, vrai joujou, dont le tranchant ne mesure que 27 millimètres et dont
la hauteur aurait été de 40 millimètres si elle était restée intacte; une hache
polie en pierre du pays, et enfin une flèche en silex, forme de feuille de
laurier; tous ces objets avaient été trouvés par le père du jeune garçon dans
le dolmen même. Le grand père, venu avec cinq ou six autres personnes des
environs et qui, toutes, semblaient s’intéresser fort à nos fouilles, confirme
les dires du petit-fils. Au reste, le jeune Capou lui-même nous fournit, sans
qu’il s’en doute, la preuve qui établit l’indiscutabilité de son affirmations :
il nous montre, en effet, d’autres haches polies, d’autres pointes de flèches
en silex, ramassées par son père dans le pays. S’il avait voulu vanter sa .... marchandise, faire mousser le dolmen que, de si loin, nous étions
venus fouiller, il n’aurait pas manqué d’affirmer qu’elles provenaient toutes
du dolmen lui-même. Nous avons écrit : sa marchandise. C’en était une en réalité
que nous aurions bien voulu pouvoir acquérir pour pouvoir l’offrir à la Société;
mais nous dûmes reculer devant les exigences exorbitantes du propriétaire. Il
avait bien un trésor; malheureusement nous ne nous entendions pas sur le sens
qu’il faut attribuer à ce mot.
Notre voyage à Milhars n’a donc pas été de pur agrément; il
a produit pour nous un autre résultat que le plaisir d’un déjeuner sur l’herbe,
dans l’air vivifiant du Causse, puisqu’il nous a permis d’ajouter une unité à la
liste des monuments mégalithiques du département du Tarn.
Auguste VIDAL - 1900