Charles GENIAUX (Rennes, 12 nov. 1870 – Cagnes 19 mars 1931)
Charles et Claire GENIAUX
résident au château de MILHARS de 1920 à 1947
Par Philippe DUFOUR
De la Société des Poètes
français. Publication dans la Revue du Tarn 1936
On a inauguré, en juillet 1935, à la Bisbia, une plaque d’honneur strictement réservée aux seuls historiens de naissance albigeoise. Si légitime que soit, en principe, cette restriction, elle risque parfois de paraître trop limitative, car plus d’un romancier a écrit d’émouvantes et fortes pages d’histoire sur des villes d’où il n’était pas originaire.
Charles Géniaux en est un mémorable exemple : les œuvres que lui a inspirées l’Albigeois l’attestent éloquemment. Il s’y était naturalisé, non seulement par l’étude étroite des documents locaux, mais aussi par la vive intuition de cœur et d’intelligence qui l’attachait passionnément à cette splendide et noble région. Venu des rivages de Bretagne, il l’aima, la parcourut, l’admira, au cours de ses longs séjours annuels à Milhars, en compagnie de Madame Claire Géniaux, dont l’œuvre littéraire est également chère aux lettrés et aux artistes.
On aurait pu croire cependant que l’auteur de L’Océan et de La Passion d’Armelle Louannais
qui venait d’obtenir le grand prix du
roman de l’Académie Française en 1917, resterait à jamais fidèle à sa
Bretagne qui l’avait si heureusement inspiré. Lorsque l’on a apprit sa
transplantation dans l’Albigeois, l’on se demanda, avec une certaine
inquiétude, comment cet Armoricain, dont l’œuvre déjà considérable, avait toute
la grandeur tragique de l’Atlantique et la mélancolie celtique, traiterait le
Languedoc ? Mais le succès que remportèrent à la Revue des
deux-mondes : La Famille Messal,
Les cœurs gravitent et surtout Les Faucons, prouva que Charles Géniaux,
bien qu’étranger au Languedoc, en avait saisi d’emblée toutes les beautés.
Son séjour à Milhars de 1920 à 1930, cette belle
demeure qui lui était devenue si chère, a donc permis à Charles Géniaux de se
renouveler. Il n’avait du reste jamais voulu s’enfermer comme ses compatriotes
Anatole Le Braz et Charles Le Goffic dans le cadre du régionalisme. Ses
personnages, qu’il s’agisse d’Armelle Louannais, de Nicole Helléan, du docteur
Messal, de Pierre du Cambout ou du Comte de Foix, avant d’être des Bretons ou
des Languedociens sont des grandes âmes
excessives et c’est par là que ses romans atteignent un large public.
Le Languedoc !… Géniaux y trouva la conception
et le sentiment de deux livres d’une haute originalité : Les Faucons et les Ravageurs de beauté issus et trempés du rayonnement de la terre, du
soleil et de l’âme même du pays, qu’ils évoquent puissamment en leurs décors
glorieux comme en leur force pénétrante, où leur passé palpite, tout vivant,
sous son souffle de poète. Aussi, les péripéties, les paysages, les passions
dont il les anima y restent-ils toujours en harmonie directe et intime avec la
sensibilité héréditaire des lecteurs languedociens qui ne s’y sentent ni
dépaysés, ni indifférents.
Les Faucons : titre d’une élégance
violente, qui plane et fond d’un trait sur vous ! Ce n’est pas là une
amusette de boudoir, habilement faisandée au goût des amateurs de luxures
livresques !….
En même temps, Géniaux a situé le destin de ses
personnages dans un paysage de l’Albigeois où semble interdite toute compromission
avec la vie banale : paysage austère et véhément, tout hérissé de vieux
bourgs crénelés et de sombres châteaux forts, coupé de causses enchevêtrant
leurs plateaux arides et battus d’un vent brûlant, envoûté par les effluves
mystérieux de la Grésigne, rude forêt aux profondeurs maléfiques, ruines,
solitudes, souffles, ciels embrasés dont ne peuvent s’affranchir des cœurs
ardents et dévastés, comme s’ils étaient là dans le cercle de leur fatalité et
ne trouvaient que là le seul air qui leur soit respirable ! …
Une autre partie du roman, dont elle est une des
assises les plus originales, serait encore à citer longuement; celle où
Géniaux nous apprend avec une érudition si précise, si experte est-on tenté de
dire, ce qu’était la Fauconnerie, et comment elle se pratiquait au Moyen
Age ; il y a là toute une pittoresque étude, absolument remarquable, sur
l’emploi et les mœurs des faucons, dont peu de naturalistes patentés seraient à
même de produire un équivalent, si pouvait même leur en venir l’idée,- qui est
d’un poète visionnaire et non d’un savant de muséum. Ce sont là de précieuses
pages d’anthologie cynégétique….
La Terre Occitane a déjà consacré le cher souvenir
de notre ami Charles Géniaux en incrustant en 1933, son médaillon sur la maison
familiale de sa femme, à Villefranche de Rouergue…. Cette maison a été détruite
et le lieu est devenu « Labastide ». Il est regrettable que, par
suite des conditions imposées quant au lieu de naissance, pareil témoignage
n’ait pu aussi être répercuté sur la plaque d’honneur inaugurée au musée
Toulouse-Lautrec. Le prestige d’Albi eût été élargi en donnant ainsi droit de
cité perpétuel à Charles Géniaux, qui en a été plus que l’annaliste, mais le
magnifique écrivain, révélateur et vivifiant, le poète et l’artiste.
Les
témoins du passé
L’homme
de peine (prix national de littérature ) - 1905
Comment
devenir colon - 1908
Les
musulmanes – ( prix de l’Académie française ) - 1909
Petit
poète et grand roi - 1910
Le
roman d’un gentilhomme
Les
deux châtelaines - 1911
La
cité de mort
Le
roman de la riviéra
Le
voueur
Les
patriciennes de la mer – 1913
Notre
petit gourbi - 1914
Les
fiancés de 1914 – 1915
Sous
les figuiers de Kabylie - 1917
La
passion d’Armelle Louanais (grand prix du roman de l’Académie française ) -
1918
Un
corsaire de 13 ans – 1921 ( pour enfants)
Les
cœurs gravitent - 1921
Une
sultane marocaine - 1921
La
Bretagne vivante – 60 pages ; 60 exemplaires - 1923
Pour
la gloire - 1923
A
l’ombre du clocher - 1926
La
famille MESSAL - 1927
L’Océan
- 1928
Le
choc des races - 1934
La Victoire du Bled, paru en suppléments à
L’ILLUSTRATION juillet 1920
La résurrection d’Aphrodite, paru en supplément à
L’ILLUSTRATION de 1924
Participation
à - La revue hebdomadaire -
N°
33 sur Les Gorges du VIAUR en Avril 1924
N°
40 sur NAJAC en Novembre 1924
N°
49 sur FENEYROLS en Août 1925
N°
50 sur PENNE en Septembre 1925
D’autres
articles à caractère touristique, parurent dans – Le Tour de France en 1905 –
P.O. Midi Gazette de 1925 –
Des
préfaces dans les livres :
Henri RAMET – (Premier Président honoraire de la cour d’appel de Toulouse) :
– Le château de MONTAL en Quercy
– Le Capitole et le Parlement de Toulouse en 1926
Une
affranchie - 1925
Visions
du Languedoc – 1934
L’âme
Musulmane en Tunisie - 1934
Des
Causses à l’Aubrac – 1937 - Série les livres de nature.
A
l’amour tout est possible – 1946
Une
jeune fille passionnée – 1948 - Livre auto biographique dans lequel elle évoque
la vie du vieux Villefranche de Rouergue à l’époque de sa jeunesse.
Le breton Charles Géniaux avait épousé une Rouergate
native de Villefranche et qui se fit connaître sous le nom de Claire
Charles-Géniaux. Bien que la réputation de celle-ci n’ait guère dépassé la
région, c’est elle qui était le grand écrivain du couple. Les ouvrages qu’elle
a signés ou co-signés avec son mari évoquent la région du Rouergue vers 1900 –
1930. Une quinzaine de romans tels Les Faucons, des Causses à l'Aubrac, Visions
du Languedoc et de nombreux articles à caractère régional ont été produits par
le couple qui fréquentait le milieu intellectuel albigeois. De grands personnages
passèrent dans leur château de Milhars, invités par Charles Géniaux. Le grand
biologiste Charles NICOLLE qui fut directeur de l'Institut Pasteur à Tunis et
Prix Nobel de médecine en 1928, le sculpteur ZADKINE et son épouse Valentine
PRAX elle-même peintre d'une grande sensibilité.
Jean-Paul
MARION - mai 2007