Traces de la
vie sur les terres de MILHARS (TARN) durant le 1er millénaire.
A partir du 13ème siècle, si l’histoire
du lieu qui nous intéresse est connue, il est plus difficile de la préciser
durant le 1er millénaire.
On passe en l’an 0 , de la préhistoire à une trace
de vie à caractère historique ; ce qu’il s’agit dans cette relation, ce ne
sont pas les circonstances matérielles très difficilement vérifiables mais
l’idée que l’on découvre selon ses propres recherches documentées.
Avant l’an 0 de notre ère, on trouve l’empreinte de
l’homme avec la présence de dolmens, d’outils et sculptures trouvés dans les
grottes en bordure de l’Aveyron plus particulièrement entre Bruniquel et Saint
Antonin.
La présence Celtique à la Béchalade sur la commune
de Milhars a été confirmée par la remontée d’amphores Dressel et céramiques qui
se trouvaient dans des fosses du deuxième age du fer.
Puis avec la présence romaine aux Landes et à Arnac,
nous percevons une logique dans l’organisation qui est appelée civilisation
gallo-romaine ou des voies permettent les déplacements suivant des tracés
généralement rectilignes, aménagés en crête et utilisant les petites vallées
d’affluent pour trouver le gué qui permettra de franchir les rivières.
On trouve quelques lieux portant les noms de
personnes dont l’orthographe est changeante suivant les sons qui seront perçus
et transmis. Le latin était utilisé depuis l’occupation romaine et l’occitan
apparut comme langue écrite et parlée vers l’an 850 et sera généralisée en l’an
1 000 puis embellie avec les troubadours vers 1100.
Les voies
de circulation :
On situe dès le début du 1er
millénaire sur les terres de Milhars et probablement avant :
- une voie gallo-romaine reliant Béziers à Cahors avec des chemins et drailles s’y raccordant et se dirigeant vers un passage obligé aménagé en gué, puis bac sur l’Aveyron à LEXOS en amont du confluent d’avec le Cérou.
C’est sur cette voie que le corps de Didier, évêque
de Cahors et originaire de l‘Albigeois est constaté comme passant à Milhars en
655.
Cette voie au Nord d’Albi, partait de La Drèche,
franchissait le CEROU à MONESTIES et suivait la crête par le SEGUR pour arriver
sur Milhars par SOMMARD et La Colombarié. Les hospitaliers de LACAPELLE-SEGALAR
assureront la protection des personnes sur cette voie à partir de 1200.
Ce chemin fut
emprunté jusque vers 1880 pour aller depuis Milhars à Laguépie. Puis la route
de la vallée de l’Aveyron fur créée entre Varen et Laguépie.
- Une deuxième voie provenant d’Albi à partir du
pont vieux construit en 1040 par le vicomte d’Albi, Bernard Aton III,
s’orientait vers, NOAILLES, FRAUSSEILLES, TONNAC, ROUSSAYROLLES puis
BONNAN ; le gué de LEXOS et la remontée de la vallée de la SEYE à ARNAC
conduisait vers le QUERCY. Les templiers de VAOUR assureront la protection des
personnes circulant dans la région du Bas-Rouergue à partir de 1200. Cette voie
fut utilisée jusqu’en 1880 entre Albi et Milhars, puis abandonnée pour circuler
dans la vallée du Cérou et rejoindre Cordes.
Toujours jusque vers 1880, pour aller à SAINT
ANTONIN depuis Milhars, on empruntait le chemin de crête qui partait de
Darrasse, passait par Saint Babo et rejoignait Saint Michel de Vax. De là on
reprenait la voie de Tonnac à Saint Antonin.
A un carrefour dans le village se trouve une croix dite d’Alric, personnage qui fut un roi Wisigoth converti au Christianisme en 589. Le territoire Wisigoth s’étendait probablement jusqu’aux rives de l’Aveyron si l’on en juge les appellations de villages comme AMARENS, PANENS, RATAYRENS.
BONNAN :
Dans le site de la vallée de BONNAN, dont l’actuelle commune de ROUSSAYROLLES en partage pour une partie l’administration et sur les crêtes, on retrouve l’implantation dite du monastère. Il est certain que les moines Bénédictins de Saint Antonin implantés vers 763 ont eu des terres et grange dans la vallée de Bonnan et certains d’entre eux ont été amené à vivre dans cette vallée pour les exploiter.
La présence de sarcophages mérovingiens au cœur de
Bonnan est le témoignage de cette présence humaine dans la vallée.
Aux époques Mérovingienne (480-750) et Carolingienne (750–1000) le pouvoir civil temporel laissait le soin aux religieux la fonction d’assurer, pour une grande part, l’administration et la gestion locale.
Vers l’an 1000 les terres de Milhars étaient sur le territoire de la vicomté de Saint-Antonin, issues du district administratif de CONDATES sur les terres du Comte de ROUERGUE. Ce district constituait une marche semblable à une viguerie. Il est à peu près certain que son nom de CONDATES s’appliquait à des localités placées sur des confluents avec l’Aveyron ( Bonnette, Seye, Bonnnan, Cérou, Baye, Viaur). Saint-Antonin connut un grand développement économique (draps) et culturel (troubadour et catharisme) vers l’an 1100 jusqu’au passage des croisés du Nord conduits par Simon de MONTFORT en 1211 et 1212.
Toujours à cette époque les pôles économiques, administratifs et religieux en pleine activité et les plus proches de Milhars sont Saint-Antonin et Najac. (Cordes et Villefranche n’existent pas)
La principale culture est celle du chanvre nécessaire à la fabrication des draps que l’on cultivait en bordure de l’Aveyron.
Sur une hauteur, au sud de ROUSSAYROLLES, une source
d’eau claire et abondante est appelée “ Mère de Dieu ” dont les eaux
suivront le cours de la vallée de BONNAN. Un tel environnement de bois de
prés de sources et d’eau ne pouvait
laisser insensible des hommes en recherche de spiritualité et de méditation.
Saint BABO
– lieu dit :
Deux noms de lieux
correspondant à des personnes nous intéressent plus particulièrement ;
l’un dans un inventaire de propriétaires terriens vers 1650, l’autre par le
cadastre actuel. Nous allons essayer de les découvrir bien qu’il semble
qu’elles n’ont pas eu une présence physique en ces lieux ; mais leur
notoriété y a été certaine comme étant des personnages respectables et
illustres .
- Sur le premier document
nous trouvons mentionné le nom d’Abaud ayant comme origine Abaldus puis Albaud
.
Abaud vit au 9ème siècle et est remarqué
par ses connaissances scientifiques et sa piété. Estimé des grands, aimé des
religieux, il fit dans son monastère une réforme salutaire qui le fit entrer
dans une phase nouvelle. Ce monastère est celui de Saint Florent le Vieil, sur
la rive gauche de la Loire dans le département du Maine et Loire en aval
d’Angers. Il est fondé au 8ème siècle près du tombeau de Saint
Florent ; c’est une abbaye très prospère pendant la période carolingienne
mais est ravagé par les bretons et les normands en 785.
Charlemagne chargea son fils, Louis le débonnaire,
roi d’Aquitaine, de protéger ces moines, de reconstruire et développer cette
fondation. Sous la direction de Abaldus, abbé de Saint Florent le vieil vers
779-810, la plupart des monastères d’Aquitaine vinrent y puiser les véritables
notions d’une vie religieuse.
- Sur le cadastre communal
actuel de Milhars le long du chemin reliant Saint Michel de Vax à Milhars nous
trouvons un autre lieu portant le nom de Saint BABO ( probablement en latin),
en français Bavon ou Babon, Bavone et en flamand Baofs.
Dans l’histoire de l’Albigeois, on trouve un BABON
qui était, dit on, le frère de Sainte Sigolène et qui fut gouverneur de
l’Albigeois en 696. ( origine de l’appellation de ce lieu la plus probable ).
On trouve aussi un BABO vers l’an 600 qui était le
grand père paternel de Babon et de Sainte Sigolène née à Albi vers 660 et morte
en son monastère du Troclar vers 730. Ce BABO descendait d’ une fille de Clovis
Ier. Peut on en déduire que le territoire de l’albigeois s’arrêtait sur la
crête du chemin de Milhars à St Michel de Vax ?
Puis on trouve encore « Babo » qui est
d’une famille noble, établie dans le Brabant connue sous le nom de Hasbaie et
qui est aujourd’hui sur le territoire de Liège en Belgique.
Après avoir mené une vie fort déréglée et ayant
perdu sa femme, il résolut de se convertir après avoir entendu un sermon de
Saint Amand.
Il distribue ses biens aux pauvres et ayant mis en
ordre ses affaires, se retira dans un monastère à Gand. Il mena une vie
érémitique se nourrissant d’eau et d’herbes, s’abritant dans le tronc d’un
arbre.
Il meurt le 1er octobre 653 ou 654 ou
657.
Ceux qui assistèrent à sa mort construisirent une
église à Gand, dont on lui attribue la fondation de cette ville et dont il est
le Saint patron, ainsi que la ville d' Harlem qui garda ses reliques. Il est
fêté le 1er octobre.
La vallée
de BONNAN hier et aujourd’hui
Bonnan connut une certaine
activité au cours du deuxième millénaire
puisque nous retrouvons la trace d’une pisciculture, d’un moulin, d’une
verrerie, d’un atelier de tailleur de grès, d’une production de charbon de bois
et l’existence d’une chapelle nommée “ la Madeleine ”.
Quant au nom de Bonnan ou Bonan . Bon air ?
Bonnan au début de ce 3ème millénaire
pourrait rester un site propice à y recevoir des ermites.
La vallée est classée aujourd’hui Zone Naturelle
d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique.
J’ai encore en mémoire la phrase d’un résident à
Darasse avec lequel je m’entretenais vers 1950 et à qui nous lui faisions
remarquer son isolement :
“ j’ai bien un
voisin ” nous répondit-il, “ et il est de trop ”…
La source de la Mère de Dieu sur la commune de Roussayrolles fut
captée par un capucin en 1636 pour conduire l’eau par gravitation à travers une
canalisation en terre cuite en un endroit appelé “ le parc ” devant
le château de Milhars et alimentant un plan d’eau entouré de grands arbres.
La conduite fut abandonnée à la révolution pour
permettre aux nouveaux propriétaires qui s’étaient partagé les terres de les
exploiter à leur compte en y plantant de la vigne.
C’est en 1995 qu’un agriculteur rassembla toutes les
terres du parc pour y produire des céréales. Il installa une moto pompe au
lavoir pour puiser et refouler l’eau du Cérou
irriguant ainsi tout le parc.
La Mère de Dieu alimente toujours Roussayrolles mais
une retenue artificielle empêche l’eau de suivre son cours naturel dans la
vallée.
Sur le flanc Est de la crête de Roque Pépi et de
Saint Babo, une cascade déverse ses eaux, suivant les périodes pluvieuses,
comme un trop plein d’une réserve d’eau souterraine. De nombreuses sources
jaillissent dans le fond de la vallée et alimentent le ruisseau.
C’est au début du XIXème siècle que Milhars a été
approvisionné en eau par le creusement de puits ou la construction de citernes.
Les habitations du vieux village étaient alimentées en eau par la fontaine du
rocher au niveau du lavoir et que l’on allait chercher avec seaux et cruches
jusqu’au début du XXème siècle.
En 1962 une canalisation communale amena l’eau par
pompage dans la nappe phréatique de l’Aveyron depuis Lizoule et refoulée dans
le château d’eau au-dessus de Combesourbié.
En 2006, il existe un projet de puisage de l’eau
dans une nappe sous « le Parc » à -30m qui complèterait
l’approvisionnement actuel et un autre projet pour une amenée d’eau plus abondante
et traitée provenant de la Rouquarié….Le besoin d’approvisionnement en eau des
maisons de Milhars avec le développement des piscines privées devient
problématique pendant la saison estivale.
Décembre 2006
Bibliographie et
remerciements.
-
l’Abbaye N.D. de BELLOC à URT dans les Pyrénées
Atlantiques
-
Aux archives diocésaines d’Angers
-
Aux archives diocésaines de Malines - Bruxelles
-
A l’institut catholique de Paris
-
A l’I.G.N. pour sa carte série bleue 2240 – Ouest
-
Au service culturel de la mairie de Gand.
-
A la découverte de la vallée de Bonnan – 2ème partie
– Chap. 5 sur l’histoire de Milhars
-
Le Rouergue au tournant de l’an Mil – Frédéric de
GOURNAY
-
Chanoine Firmin GALABERT – Les vicomtes de Saint
Antonin
-
Edmond CABIE - Revue du Tarn 1908 Sur les limites de
Nord-Ouest de l’Albigeois.
-
Les Cahiers Tarnais N°6 de 1980 et N°7 de 1981