La commanderie de VAOUR et MONTRICOUX
( A partir d’extraits du
livre “ Les Templiers dans le Sud-Ouest ” de Jacques DUBOURG )
En 1127, le fondateur de l’ordre des Templiers, Hugues de Payns, se rend en Occident afin d’obtenir la reconnaissance officielle de son ordre par le pape. Il avait fondé à Jérusalem en 1118 l’ordre des “ Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ” sur les principes de la règle de Saint Augustin pour assurer la police des routes qui menaient vers les lieux saints. Dans le prolongement de cette initiative, il vient créer en Europe des commanderies susceptibles de soutenir son action en Orient et d’assurer une protection sur les grandes voies de communication dont il percevrait des droits.
Très vite des dons sous forme de fiefs, de maisons,
de terres furent attribués à l’ordre.
En 1132 Roger de Béziers permet aux templiers de
s’installer sur son territoire. C’est à cette époque que les seigneurs de PENNE
ont les premiers contacts avec les représentants de cet ordre.
En 1139 les moine-soldats s’installent à Vaour et
créent une commanderie parmi les toutes premières en cette première moitié du
XII ème siècle. VAOUR a été choisi à partir du site religieux de Saint Salvy de
l’Herm (ermitage) qui dépendait du prieuré d’Ambialet.
Il y aura dans le Sud-Ouest au début du XIIIème
siècle plus d’une centaine de commanderie pour cinq cents en France.
Vers 1143, les chevaliers de PENNE semblent avoir
rejeté le serment de fidélité à Roger de Béziers sous la pression des vicomtes
de Saint Antonin. C’est ainsi que différents seigneurs et ordres religieux
implantés de part et d’autre de l’Aveyron entre Saint Antonin et Penne vont
s’associer. ( Zone sous le contrôle des vicomtes de Saint-Antonin et des Comtes
de Toulouse).
Les fondateurs et bienfaiteurs du Temple de VAOUR
ont été les chevaliers de PENNE, les chevaliers de MONTAGUT ( possédaient un
puissant château à côté de Gaillac), les
Vicomtes de Saint Antonin, les religieux de Septfonds dans le Quercy, de la
Chancelade dans le Périgord et d’Aurillac en Auvergne ainsi que les chanoines
de Saint Antonin et l’église de Saint Paul de Mamiac.
On trouve parmi les donations des chanoines les
sites comme : Saint Benoît de Castres dans le Quercy où il existait
un castel, Saint Laurent du Maynet, Roussergue, Montricoux.
On trouve aussi les sites de Tréban, la Combe des
Albys en Quercy avec son prieuré de Sainte Marie, Saint Pantaléon, Saint
Julien, Sainte Cécile de Cayrou et Saint Paul de Mamiac.
Vaour a alors comme dépendance Montricoux (1181),
Cahors, Le Bastit, La Capelle-Livron, La ville Dieu et le village de Labastide
du Temple.
En 1175 le temple de Vaour acquiert une vigne à l’Auriol, commune de Penne.
En 1179 le comte Raymond V abandonne ses droits sur
Castres et les environs.
En 1181, Etienne, prieur
de Saint Antonin et tous les chanoines bénédictins de Saint Antonin font une
donation le 14 mai d’une terre et d’une seigneurie sur Montricoux avec le
moulin. Ils y resteront jusqu’en 1307. Un
autre moulin, celui de Guiraudenc, fut attribué par les moines aux templiers de
Vaour. Le comte de Saint Gilles abandonna aux templiers de Vaour tous ses
droits sur Montricoux. Un autre moulin leur fut attribué par d’autres
chevaliers, celui de l’Auriol sur l’Aveyron commune de Penne. Les terres de
Périlhac en bordure de Grésigne sont cédées aux Templiers.
En 1184, Sicard, vicomte de Saint-Antonin cède au
Temple de Vaour les droits qu’il avait sur la vila de Castres, sur les hommes
et les femmes, les terres et leurs dépendances.
A Cahors, les Templiers s’installèrent dans un
premier temps dans plusieurs maisons léguées par les sires de Vayrols,
aujourd’hui rue du temple.
En 1273, Audiguier de Penne cédait la dîme des
Anglars.
Outre les donations des souverains et grands
personnages, c’est surtout la petite noblesse qui enrichit l’ordre. Les
donateurs agissaient souvent pour gagner le salut de leur âme. Ils semblaient
vouloir racheter ainsi les fautes qu’ils avaient pu commettre en ce monde et
assurer leur salut éternel..
La richesse procurée par les dons, legs et
acquisitions apparaissent de façon évidente dans le cartulaire de la
commanderie de Vaour. Les biens donnés ou acquis se trouvaient sur les cantons
de Vaour, Montmirail, Lisle et Gaillac, Saint Antonin, Caylus, Nègrepelisse. A
partir de 1192 les Templiers de VAOUR vont chercher à se développer vers la
vallée de La Vère. Ils créeront une étape sur la route d’ALBI à LINTIN.
Leur domaine était généralement constitué par des
bois, des pâturages, des droits divers, des cens, des dîmes, mais il y avait
aussi des hommes et des femmes travaillant sur les terres. Ceux-ci étaient
donnés au même titre que les immeubles. Ce fut le cas en 1177 pour Etienne de
Frauceilles et de sa fille, puis en 1182 pour Estève de Fracella et sa fille,
qui furent cédés au Temple de Vaour par Aigline et Arnaud Raimond.
Tout d’abord, les Templiers exploitèrent leurs
domaines situés autour des commanderies, aidés dans leur tâche par une main
d’œuvre extérieure. En fait, il semble qu’ils aient personnellement peu
participé aux travaux de la vie rurale comme le faisaient les moines à cette
époque de grand défrichement. Ils se comportaient en véritables seigneurs
fonciers.
Les templiers semblent avoir été pour leur époque à
la pointe du progrès en poussant leurs tenanciers à utiliser des méthodes
performantes comme l’assolement quadriennal. L’irrigation était également
pratiquée.
Les chevaliers du Temple ont toujours recherché le
rendement dans le secteur agricole. Le profit était un peu le moteur de leurs
activités. Ils devaient en effet produire pour envoyer en Terre Sainte du blé,
des chevaux, de la viande et des peaux. Mais il leur fallait aussi beaucoup
vendre pour pouvoir acheter des armes, du fer et gagner de l’argent. Leur
principale mission était celle de recruter auprès des familles seigneuriales et
d’agrandir leur domaine.
Les
commandeurs :
Ils étaient de condition noble. Organisateurs et
gestionnaires de leurs établissements, il leur arrivait d’être à la tête de
plusieurs commanderies à la fois. En 1185, Fort Sans était le maître de Vaour,
Saint Benoît de Castres et Saint Laurent du Maynet ou de Marsa; trois
établissements formant une seule unité administrative. En 1248, le même
commandeur administre simultanément Vaour, Montricoux et Lacapelle-Livron.
Commandeurs de Vaour - Montricoux - Lacapelle:
1143
Pierre HUMBERT
1173-1179 FORT SANZ
1179
Jean de NOUGAYROLS
1180
DURAND-OEILLER
1181
Pierre de la CASE
1184
Bertrand BONAFOS
1185
Pierre de TUDELLE
1191
Arnaud de BOS, DOAT DAHAS,
1196
Daïdé de Sainte CROIX
1259
Raymond de POSQUIERES
Le commandeur avait sous ses ordres des chevaliers
de condition noble. Ils portaient la cape blanche.
Les chevaliers avaient comme subordonné directs des
sergents d’origine plus modeste et portaient un manteau brun.
Les aumôniers portaient l’habit noir.
Tous avaient la croix rouge du Temple définie par le
pape Eugène III et représentait le symbole de la profession. Ils la portaient
sur la poitrine et dans le dos.
D’autres frères du Temple étaient les donats et prononçaient les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.
Tous ces membres n’étaient pas forcément originaires
du lieu et ils s’engageaient à une certaine mobilité quand ils entraient dans
l’ordre.
Ainsi, dans les établissements templiers, des
personnes appartenant à des catégories bien différentes, allant du chevalier
jusqu’au serf, participaient à la bonne marche de la maison. Elles avaient une
place bien précise au sein de la hiérarchie, laquelle semblait avoir pour base
l’élection.
A la dissolution de l’ordre en 1307, il n’y avait en
France que 1500 templiers pour 500 établissements.
Commandeurs de l’Ordre Souverain de Saint Jean de
Jérusalem :
1394 – 1407
Amalric de SANHAC
1417 Jean
de FOS, commandeur de Saint Hugues (Puylaroque) et Vaour
14xx Durand
MALIAN commandeur des hospitaliers de Drulhe et Vaour
1425 Guillaume
de CASTELPERS chevalier, précepteur de la commanderie
1451 – 1465
Pierre de RAFIN
1506 Charles
d’ALAMAN de ROCHECHOUARD
1533
Philippe de LASAGNE
1538 – 1551 Eynard
de MONTORSI
1552 – 1560 Jean-Pierre
de BAULAC-TREBONS
1567 Antoine
de RONDES dit de MONTALQUE
1574 Jean de LA VALETTE de CORNUSSON - Frère du Sénéchal.
Estant de MILHAN
Enard de MONTARY
1597-1610 Guillaume de CASTELPERS
1615 – 1617
Pierre de BLANCARD-NAITOS ou BALNCHARD NEAULES
Jean de VIDOS
1624 – 1626 Richard
de NIHI-CLARET
1638 – 1644 Louis
de BAGARIES
1647 François
Paul des MASSIERES-CASAULX
Antoine de
GLANDEVES-CASTELET
1678 – 1686 Jean
de VILLENEUVE-VILLEVIEILLE
1689 – 1707 Gaspard
de PONTEVE-BARGEMME
1759 N.
de CHATEAUNEUF
Mgr Paul ALPHERAN de BUSSAN
(évêque de MALTE)
1763 – 1767 Charles-Philippe
de CRUCY-MARCILHAC
Le
BAILY de BELESTA
1782 –1789 Pierre-Antoine
de RAYMOND d’EAULX
La
règle et le secret:
Les moine-soldats étaient tenus d’observer la Règle
qui constituait l’ossature de leur ordre. Etablie en 1128 par Saint Bernard
d’après les prescriptions du pape Honorius II et remise au grand maître de
l’Ordre, elle s’inspirait des commandements religieux et exigeait leur mise en
pratique.
Les membres faisaient vœu de chasteté et
d’obéissance. Les frères et chevaliers se donnaient à vie au Temple. Le secret
des chapitres était respecté et aucune information sur le fonctionnement de la
commanderie ne devait être diffusée à l’extérieur. Ces dispositions de secret
en faisaient leur force mais ont renforcé le phénomène d’enfermement que
pouvaient ressentir ses membres. Elles ont, par la suite entraîné les plus
folles suppositions.
Les chapelles font figure d’élément constant dans
les commanderies. Parfois situées dans l’aile septentrionale des bâtiments,
elles se trouvaient le plus souvent au sud et étaient fréquemment désignées
sous le vocable de Notre Dame. En dehors des éléments permanents tels que
fortifications, bâtiments agricoles, chapelle, la commanderie pouvait abriter
d’autres installations telles que des bâtiments d’accueil ou des hostelleries
destinées à recevoir les voyageurs.
La
finance :
Les maisons templières ont rempli diverses fonctions
bancaires. Tout d’abord les templiers recevaient les dépôts que les voyageurs
(surtout avant de partir sur les lieux saints) et les commerçants (surtout pour
la transmission d’argent à distance) ne voulaient emporter dans leur
déplacement. Les chevaliers du Temple assuraient eux-mêmes les transferts de
fonds même pour le roi. Des prêts ont été aussi consentis tels, que celui en
1176 que Riquier de Penne obtient du Temple de Vaour pour 30 sous de Melgueil
en contre partie des 12 deniers de cens annuel qui lui sont dus par le Temple
pour le domaine de Périllac.
De nombreux emprunteurs, bien que solvables,
faisaient œuvre de générosité en renonçant à reprendre les biens laissés en
gage et les cédaient aux Templiers en toute propriété.
A Montricoux, des familles dont le patrimoine avait
été en grande partie transféré au Temple à l’occasion de donations taxèrent les
chevaliers d’hérésie, de sorcellerie ou de dépravation.
A partir de 1280 une crise économique toucha toute
la population et la richesse des Templiers s’opposa à la pauvreté grandissante
dans toutes les couches sociales et religieuses.
La
dissolution :
Les dernières places fortes tombèrent en Orient vers
1291 et les Templiers commencèrent à se replier vers l’Occident.
A partir de 1305, l’ordre des Templiers commença à
subir des infamies afin de le déstabiliser.
( Reniement
de Jésus au cours de la réception dans l’ordre ; baisers obscènes échangés
entre chevaliers ; homosexualité entre frères ; idôlatrie accordée en
particulier à une tête barbue ; omission de la consécration au cours des
messes ;) Les lieux saints avaient été perdus et l’ordre des Templiers
n’exerçait plus rien en Orient. Il disposait alors en France de nombreuses
richesses. Le roi de France Philipe le Bel s’empara de ces rumeurs et désirant
combler le déficit de l’Etat, convoitait les richesses des Templiers. Il
proposa à Jacques de MOLLAY de régler la fusion de l’ordre du Temple qu’il
présidait avec celui des hospitaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem.
Cette fusion devait aussi relancer une nouvelle croisade.
Mais arguant des mœurs douteuses des Templiers et désirant par ailleurs donner un coup à l’institution papale qui lui portait ombrage (Clément V est pape à Avignon) , Philippe le Bel décida le 13 septembre 1307 de l’arrestation des frères du Temple. Le vendredi 13 octobre 1307 tous les Templiers de France furent arrêtés dans leurs commanderies (il y avait alors 2000 installations templières en France ; 4 chevaliers à VAOUR où des souterrains auraient purent être utilisés pour la fuite d’autres membres de l’ordre ; Othon de Salvanhac Commandeur à LACAPELLE). Ce fut le cas pour la maison des Templiers de Montricoux où le sénéchal du Quercy, Jean d’Arreblay envahit au point du jour et conduisit tous les chevaliers dans les prisons de Cahors. Il eut soin avant de partir de mettre les biens sous séquestre et d’en nommer un curateur : Géraud de Salvagnac. En 1308 le pape Clément V, chef suprême des Templiers, se rallie à la cause du Roi, lui laissant la voie qui conduira à la suppression de l’ordre et à la dévolution des biens aux Hospitaliers le 22 mars 1312 au cours du concile de Vienne avec un millier d’ecclésiastiques. Une nouvelle inquisition naquit et les Dominicains furent de nouveau chargés de débusquer et faire avouer les prétendants à l’ordre du Temple. Ceux qui se rétractaient après avoir avouer sous la torture étaient brûlés. 250 personnes environs en furent victimes.
Le Pape écrit à tous les Rois d’Europe pour faire arrêter les Templiers en place sur leur territoire ; aucun d’entre eux ne procèdera à des arrestations…
En 1312 Philippe le Bel donna une partie de la commanderie de Montricoux qui rapportait 1100 livres tournois, au dénonciateur Esquieu de Floyrac. L’autre partie revint aux Hospitaliers. En 1332, ils la rétrocédèrent à Pierre DUEZE et Arnaud frère et neveu du pape Jean XXII en échange de terres en Languedoc.
En mars 1314, Jacques de Mollay est arrêté, avoue puis se rétracte. Il est brûlé vif à Paris et prononce une malédiction contre le Pape et le Roi leur annonçant un proche jugement devant Dieu. Le Pape décèdera en avril et le Roi en novembre…
Jean XXII successeur de Clément V confirmera la bulle de ce dernier sur la dissolution de l’ordre des Templiers mais confirmera les vœux de ceux qui continuèrent sous l’ordre souverain de Saint Jean de Jérusalem ; cet ordre se perpétue aujourd’hui sous l’ordre de Malte.
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Armoiries de la communauté de VAOUR selon l’édit de novembre 1696.
Blason gironné en pointillé jaune et en hachuré azur.
Jean-Paul MARION
Avril 2008
Sources : - Les Templiers dans le Sud Ouest – Jacques DUBOURG – Editions SUD OUEST – 2001
- Paul le Marchant de Trigon – Revue du TARN
- GAZELWEB – VAOUR 1998
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Templarium
N°6 – Août Septembre 2003 – Templiers à Montricoux.
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Christine
KUDLIDOWSKI – étude du cartulaire de VAOUR 1146-1204.